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CERCLE
D'ETUDE ET DE REFLEXION SUR L'AUTONOMIE DE LA KABYLIE
Conférence-débat
organisée par le C.E.R.A.K. à la Maison des Associations
de Paris 12e.
6 novembre 2005
La situation
en Kabylie à la veille des élections locales partielles
du 24/11/2005 : perspectives immédiates et lointaines
Animation : Hacène
HIRECHE,
Professeur à l'université de Paris VIII et membre
du C.E.R.A.K..
Hacène H.
:
L'ouverture, la flexibilité, l'échange, c'est ce
qui permet de progresser. Echanger dans la transparence et surtout
dans la bienveillance.
Thème : Perspectives
à court et à long terme.
Pour parler de perspectives,
un mot de nos préoccupations passées, de ce qui
a fait le présent, bien que j'insiste sur le fait qu'il
est utile de passer d'une culture politique à une autre
en ce sens que ce ne soit pas uniquement le passé qui détermine
le présent mais aussi le futur. Quand c'est le passé
qui détermine le présent, on a souvent des points
de vue différents, des conflits, des itinéraires
différents, ce qui fait que souvent on se confronte quasi
inutilement sur des points qui ne permettent pas d'avancer. En
revanche, une des préoccupations de beaucoup d'entre nous
consiste à voir l'avenir et à se demander comment
construire le présent en fonction de cet avenir.
Désormais, la Kabylie est une entité spécifique.
Il y a encore quelques réticences à la reconnaître
en tant que telle non seulement chez les kabylophobes mais aussi
parmi certains Kabyles, alors qu'au C.E.R.A.K. nous considérons,
étant donné l'unité historique, culturelle,
linguistique et dans un certain nombre de ses aspirations, que
cette région existe bel et bien.
Il y a eu une polémique sur la notion de peuple kabyle.
Or, en termes de la désignation d'un groupe, d'un individu,
d'un peuple, il y a trois notions principales : celles d'identité
attribuée, instituée, revendiquée. La première
dépend d'où on se place. Du point de vue de pays
extérieurs à l'Algérie, on désignera
les Kabyles comme étant des Arabes ou des arabo-musulmans
ou des musulmans. La seconde est celle qu'on trouve au sein de
la constitution algérienne puisqu'on n'y parle pas de Kabyles
mais d'Algériens, de musulmans. La troisième - elle
est prise en compte par la psychologie sociale - est revendiquée,
notamment depuis les événements de 1980 est l'identité
kabyle. Dans les années 70 et surtout dans les années
80, c'était plus l'ensemble de la Berbérie. Mais
petit à petit on est arrivé en 2005 à une
identité revendiquée qui est spécifiquement
kabyle. Cela ne signifie pas une rupture avec les autres berbères
ou avec les autres algériens, nord-africains ou même
au sein de la région méditerranéenne. Au
contraire, nous pensons qu'en renforçant l'identité
de la Kabylie, nous pourrons contribuer de façon efficace
au développement culturel, linguistique, économique
et politique de l'ensemble méditerranéen. Depuis
l'antiquité, la Kabylie a toujours eu sa spécificité.
Particulièrement au temps de la présence turque,
il y avait une confrontation permanente entre la Régence
turque et la Kabylie puisque cette région insoumise refusait
de payer les impôts et, bon an mal an, la Kabylie avait
le dessus ou au contraire elle était vaincue par les janissaires
et les supplétifs de l'armée turque. Cette identité
s'est renforcée et, à l'entrée de la colonisation
française - la seule à avoir mis véritablement
les pieds dans cette région, en 1857 - elle a même
amplifié cette identité-là alors même
qu'il y a eu une répression qui a frôlé la
catastrophe - je parle de génocide en 1857 et particulièrement
en 1871 - la Kabylie a perdu quasiment la moitié de sa
population avec les morts, les déportés en Nouvelle
Calédonie, en Guyane, mais aussi ceux qui ont gagné
le Constantinois, Tunis ou Damas. Ce fut une période de
transformations radicales, une période de mutations à
plusieurs axes. En 1830, la population de ce qui allait devenir
l'Algérie était à moitié kabyle sans
compter les Chaouis, les Touaregs, les Mozabites et les autres
groupes berbérophones. Ce n'est pas par hasard si parmi
les Français il y avait des pro-kabyles et des pro-arabes.
En effet, il y avait de quoi observer une espèce de balance
au niveau démographique, politique, des rapports de force
etc. La déstabilisation de la Kabylie a amené une
arabisation à grand coefficient d'accélération
de sorte que la Kabylie s'est réduite aux limites de l'ancienne
wilaya III (département): Tizi-Ouzou, Vgayet, Bouira, une
partie de Boumerdés, de Bordj, de Sétif et de Djidjel.
Les caractéristiques de la lutte des Kabyles que ce soit
pour la Kabylie ou pour l'ensemble de l'Algérie, voire
même de l'Afrique du Nord, ont changé. Elles étaient
grosso modo les suivantes:
Au 19ème siècle,
la Kabylie se soulevait en masse (on a parlé de jacquerie
paysanne) contre la colonisation. Le dernier soubresaut s'est
produit en mai 1945 (on oublie souvent que c'est la Kabylie orientale
qui s'est soulevée). Cet événement est en
train d'être récupéré par d'autres.
On est passé de la révolte massive d'essence paysanne
à une révolte beaucoup plus moderne, à engagement
individuel. Peu à peu, ces révoltes individuelles
se raccordent pour aboutir à des révoltes collectives
mais dans un sens plus organisé avec formation de partis
politiques, d'associations. On passe de l'engagement collectif
à l'engagement individuel. A partir de 1980 réapparaît
l'ancienne forme de lutte, collective, massive, où la région
entière s'enflamme pour exprimer sa rébellion contre
le pouvoir central. Dans les années 90, on revient vers
l'engagement individuel dans les partis politiques et les associations.
On aboutit aujourd'hui à une situation où il y a
eu des élections municipales et wilayales dans toute l'Algérie.
Il se trouve que beaucoup d'organisations, de personnalités
ont fait appel au boycott, à l'exception du F.F.S. (Front
des Forces Socialistes). Le boycott a été assez
massif. La participation du F.F.S. a provoqué des polémiques,
à savoir qu'un certain nombre d'élus dans les deux
institutions - A.P.C. (Assemblée Populaire Communale) et
wilayas - l'ont été avec des pourcentages ridicules.
Par exemple, dans mon propre village, même la liste F.F.S.
n'avait pas voté. Dans certaines mairies, des militants,
candidats eux-mêmes, n'ont pas voté. Il y a donc
une crise de légitimité de ces élections.
Des négociations ont eu lieu entre une frange des Ârchs
et le pouvoir politique représenté par Ouyahia,
le chef du gouvernement. On a alors décidé d'organiser
de nouvelles élections communales et wilayales en Kabylie
et elles font à peu près l'unanimité. Au
niveau, non du fond mais de la forme, tous les groupes appellent
à y participer et à barrer la route aux partis de
l'alliance au pouvoir.
La perspective sur laquelle nous allons débattre c'est
celle-là. Comment voit-on ces élections, y a-t-il
lieu de faire quelque chose ? Adhérons-nous à l'appel
récent pour une rencontre, sur l'initiative d'Ali Yahia
Abdenour, qui appelle à voter F.F.S. ou R.C.D. (Rassemblement
pour la Culture et la Démocratie) et à barrer la
route aux autres listes.
Le deuxième
point à débattre concerne les perspectives à
long terme. Chacun de nous voudrait une Kabylie où il ferait
bon vivre. Nous voulons créer un espace où chacun
aura envie d'avoir des projets, de pouvoir les réaliser,
de créer un espace qui lui convienne et de travailler au
niveau, culturel, linguistique, économique, écologique
etc. de façon à créer un environnement favorable.
Le débat actuel consiste à savoir si on peut aller
vers l'union des forces en présence ou pas. Un certain
nombre de Kabyles, dans les partis ou à l'extérieur
des partis, appellent à l'union du R.C.D. du F.F.S., et
éventuellement d'autres forces, le M.A.K. (Mouvement pour
l'Autonomie de la Kabylie), les Ârchs confédérations)
etc. Ces appels sont-ils nécessaires, utiles ? Répondent-ils
à la conjoncture ? Pour ma part, j'estime qu'ils sont dépassés.
Nous sommes dans une conjoncture en 2005 où il faut sauter
le pas ; passer de la culture de l'honneur, voire de l'ego, de
la culture paysanne holiste où l'on vit d'un groupe et
par le groupe à une culture de contrat. C'est la culture
dominante à l'échelle mondiale. C'est dans ce cadre
qu'il y a eu des négociations entre l'Occident représenté
par la Grande Bretagne et la Chine pour la rétrocession
de Hong Kong : la Chine a accepté d'intégrer Hong
Kong avec l'idée de faire un pays, deux systèmes,
soit de ne pas appliquer à Hong Kong la politique de la
Chine communiste. Cette notion d'un pays, deux systèmes
peut-elle être valable pour l'Algérie ? En l'occurrence
un certain nombre de Kabyles appellent à l'autonomie de
la Kabylie ; notamment le C.E.R.A.K. et le M.A.K. mais aussi d'autres
personnes, d'autres pour un système fédéral
ou pour une régionalisation. L'idée centrale est
le transfert de compétences du pouvoir central vers la
région. Ce transfert est perçu différemment
par les uns et les autres. Quelles compétences, jusqu'où
peut-on aller et évidemment, dans ce cas de figure, toutes
les craintes sur ce que peut faire la Kabylie au niveau économique.
Peut-elle être autonome voire indépendante au plan
économique ? En termes clairs, en Kabyle "d acu ara
netc" (qu'allons-nous manger ?) Nous-mêmes, quand nous
parlons d'autonomie, ne parlons pas de ces craintes-là.
Il s'agit donc de mettre
ce débat sur la table.
J'ai constaté
souvent que, nous Kabyles, préférons être
dans les rêves plutôt que dans les projets. Etre dans
les rêves permet d'avoir une échappatoire, de garder
l'estime de soi en se disant : c'est parce qu'on ne me donne pas
les possibilités de faire que je ne fais pas. Or, le projet
demande de l'effort, de l'énergie, de l'organisation. Il
y a une inquiétude, en ce qui me concerne. La question
essentielle est comment sortir du rêve et aller vers le
projet ? C'est autour de ce thème qu'on peut discuter de
l'avenir immédiat et à long terme de la Kabylie.
Malika :
Nous sommes quelques-uns à travailler sur ces thèmes
de façon individuelle ou collective. Dès1996, nous
avons entrepris de réfléchir sur le devenir de la
Kabylie. Une table ronde en 1996 puis le séminaire d'Ecancourt
en 2002 relatif à un projet de société. Il
s'agit, pour nous Kabyles, de voir comment appréhender
le problème de l'autonomie. Le C.E.R.A.K., qui existe officiellement
depuis 2004, doit être une source de production intellectuelle
pour donner un contenu à cette autonomie.
Côté élections locales :
L'atmosphère dans laquelle elles se passent, je suis gênée
par le fait que c'est comme s'il n'y avait pas d'Etat. Le conseil
constitutionnel a validé les dernières élections
non démocratiques, pourtant boycottées en Kabylie
; ensuite il revient dessus.
Du côté kabyle :
Il y a un débat politique à organiser. A présent,
il y a un pouvoir local à prendre mais peut-on parler de
pouvoir local en Algérie en général. Y a-t-il
intérêt à prendre le pouvoir local avec un
Etat fortement centralisé et qui est appelé à
le devenir encore plus avec le nouveau code communal et wilayal.
Ce débat n'a pas eu lieu. Il est vrai qu'il y a un risque
de voir l'Etat prendre le pouvoir local grâce à ses
clientèles. Il faut donc parer au plus pressé. Mais
ce débat n'a pas lieu. On a l'impression qu'au niveau des
partis c'est à qui montrera son implantation dans la région.
Celui qui l'emportera se jugera apte à répondre
de la région face au pouvoir. Notamment c'est le cas du
R.C.D. ; quant au F.F.S., il est sûr de son coup, il est
impérial. Le R.C.D. essaie de tendre la main, c'est un
changement de stratégie qui à mon sens est positif.
C'est à qui prendra le pouvoir local qui, à mon
sens, n'est pas un vrai pouvoir, juste pour montrer qu'il représente
la Kabylie.
Marie :
Sachant que le gouvernement algérien truque systématiquement
les élections, il remplit les urnes avec les noms des candidats
qui lui conviennent (aux présidentielles, des morts se
sont retrouvés avec des bulletins de vote.) Devons-nous
continuer à focaliser notre attention sur le néant
? Ne faut-il pas trouver quelque chose pour aller de l'avant,
nous la diaspora kabyle avec nos compatriotes de Kabylie ? Je
suis toujours pour le concret, essayer d'améliorer leur
sort, leur donner un peu d'espoir, les aider d'une manière
ou d'une autre puisque ça ne sert à rien de voter
et qu'il y a le culte de la personnalité. Ce sont toujours
les mêmes qu'on voit depuis un demi-siècle. Ils sont
là, ils s'accrochent. C'est la reproduction du comportement
de Boumediene et quand quelqu'un est au pouvoir, il ne se soucie
pas de son entourage mais seulement de son état d'esprit.
Au point de vue politique, seul le peuple peut faire quelque chose
en se rebellant d'une manière ou d'une autre.
Salah :
Je viens d'arriver de Kabylie avec Ali Mouzaoui pour la promotion
de son livre.
Quel est le débat politique actuel en Kabylie ? Où
en sommes-nous au regard du projet d'autonomie de la Kabylie?
Dans quel contexte politique et dans quelles perspectives on place
les élections actuelles ? Elles viennent en réponse
à une revendication portée par lârac mais
c'est aussi une réponse ponctuelle à des revendications
politiques de la Kabylie. Le R.C.D et le F.F.S. sont-ils dans
la logique de la prise en compte de tout ce qui se passe en Kabylie
depuis 2001 dans le sens où c'est une région qui
s'affirme de plus en plus, avec le referendum récent, avec
une prise de conscience au niveau de ses structures partisanes
ou non. Faut-il faire en sorte qu'il y ait des élus R.C.D.
et F.F.S. ou bien aller vers une sainte alliance pour empêcher
la clientèle du pouvoir de prendre les mairies et les deux
A.P.W. (Assemblée Populaire de Wilaya) ? Le pouvoir n'a
répondu que pour ces deux institutions à Tizi-Ouzou
et Vgayet. L'U.D.R. (Union pour la Démocratie et la République)
n'a pas pu présenter de listes. Le pouvoir n'a répondu
qu'au sujet des municipalités. Aux Ouadhias, le R.C.D.
n'a même pas pu présenter de liste. Dans certaines
autres communes, les deux partis kabyles n'ont pas pu présenter
de listes. Le F.L.N. en a présenté. En 1991, le
R.C.D. avait plus de 300 militants dans seulement Ouadhias. Certaines
listes indépendantes le sont réellement ? D'autres
sont parrainées par l'U.D.R., notamment aux Ouadhias (Hadj
Smaïl et compagnie.)
En outre, le R.C.D. et le F.F.S. n'ont, à aucun moment
dans leur discours et leurs analyses politiques, tenu compte de
la spécificité kabyle. Ils ont dit que si les gens
n'ont pas voté en masse au dernier referendum (de septembre
2005) c'est parce que le pouvoir ne peut pas frauder en Kabylie.
Donc, la Kabylie a boycotté de même que les autres
régions du pays. Mais là le pouvoir a gonflé
les résultats. A-t-on tiré les leçons des
expériences passées ? Nullement. Le discours reste
toujours national, ce qui sous-entend qu'on ne parle pas du devenir
de la Kabylie en tant qu'entité spécifique portant
des revendications démocratiques, identitaires. Le discours
reste toujours national.
A ce niveau, on se demandera quelle est la force du M.A.K., des
autonomistes en général. Je dirai qu'à ce
niveau notre apport est assez limité. Lârac (Ârches)
sont hors du coup. Le jeu de Bouteflika et d'Ouyahia a porté
un grand coup notamment du côté de Bélaïd
Abrika. Les autres ne se sont pas exprimés par rapport
à ces questions. Certains continuent à dire : pas
d'élections tant que la plate-forme d'El Kseur ne sera
pas satisfaite. Bélaïd Abrika a dit qu'on laisse les
Kabyles libres de décider à ce sujet.
La question fondamentale est comment faire en sorte que le débat
sur le devenir de la Kabylie en tant qu'entité spécifique
puisse avoir un prolongement concret au niveau du discours politique
? Ces élections en l'état actuel des textes sur
les collectivités locales qui datent de 1990 et de ceux
qui sont appelés à les modifier, donnent peu de
pouvoirs à ces collectivités. Il y a des communes
qui comprennent une quinzaine de villages dont certains ne sont
pas du tout représentés au sein de l'A.P.C.. Cela
entraîne des divergences, des tiraillements, parfois des
accusations mutuelles.
On avait parlé dans la dynamique de 2001, de l'organisation
d'un séminaire en Kabylie dans le prolongement du séminaire
d'Ecancourt qui est porteur d'espérance.
Le M.A.K. avait engagé le débat entre 2001 et 2002.
Il y a eu des débats dans un grand nombre de municipalités
qui ont été très positifs. A Michelet par
exemple. C'était le fief du F.F.S.. Le R.C.D., au faîte
de sa puissance, n'arrivait pas à réunir une cinquantaine
de personnes. Le M.A.K. avait réussi à réunir
plus de 300 personnes. Ce qu'on en a fait, c'est autre chose dont
il faudra parler un jour.
Le débat proposé ici par Hacène n'a pas de
prolongement dans le discours politique actuel concernant cette
parenthèse électorale. Il doit porter sur les appels
lancés par certains responsables, comme Saïd Sadi,
Ali Yahia Abdenour et certains de ses amis. Les prochaines élections
locales n'entraînent aucun débat sur le devenir de
la Kabylie en tant qu'entité spécifique. Or ce débat
est indispensable.
Tassadit :
Je rentre d'un séjour en Kabylie. Les gens ne m'ont pas
paru préoccupés par ces élections. Vont-elles
changer quelque chose à la situation des Kabyles ? J'ai
entendu des gens dire : il vaut mieux que les partis du pouvoir
gagnent ces élections, ça ne changera rien mais
au moins il y aura de l'argent.
Hacène :
On vit une période où on propose une autonomie à
des personnes qui sont dans une société où
l'autonomie individuelle n'existe pas. Une société
où les plus jeunes, vivent soit aux dépens des plus
vieux grâce aux pensions des moudjahidine, des veuves de
chahids, des émigrés, soit dépendent au plan
professionnel des structures de l'Etat. Il n'y a pas d'emploi
important au niveau de l'entreprise privée. L'essentiel
de l'emploi dépend de l'Etat, en Kabylie comme dans toute
l'Algérie. L'autonomie n'existe pas non plus au niveau
familial, architectural. Les familles qui ont de l'argent construisent
des maisons avec des appartements pour l'ensemble de la fratrie.
Donc au niveau structurel, politique, économique, affectif,
tout concourt à aller à l'encontre du projet autonomiste.
Dans ce domaine, on soulève des peurs, on suscite des interrogations.
On sait ce qu'on risque de quitter mais pas ce qu'on peut espérer
avoir. Dès lors, on imagine davantage les inconvénients
que les avantages. C'est le propre de tout changement. La psychologie
moderne met en évidence la dépendance de l'individu
vis à vis du groupe et cette peur du changement. Toutes
les situations qui amènent l'individu à changer
font naître un certain nombre de blocages parce que nous
avons vécu au niveau familial etc. Nous transposons cette
peur au niveau politique.
Madjid :
L'analyse des élections passées et ceux à
venir qui se tiendront seulement qu'en Kabylie sont pour moi un
argument supplémentaire pour dire que c'est très
important pour comprendre cette région.
En remontant dans le passé, en analysant les statistiques
des élections en Kabylie, seuls les partis que je qualifie
de partis kabyles (F.F.S. - R.C.D.) l'ont emporté, ils
n'ont eu dans d'autres régions que 1 à 2 % des suffrages.
Ces partis qui se prétendent nationaux ne le sont pas réellement
même si le projet de société qu'ils prônent
est national.
Cette fois-ci, l'expérience est encore plus intéressante.
La confrontation se produira seulement en Kabylie entre tous les
partis politiques. Ces élections s'insérant naturellement
dans une logique de reproduction du système qui opposera
les partis de l'alliance présidentielle aux autres. Elles
tendront à normaliser la situation.
Supposons que la Kabylie vote en majorité. La confirmation
va se faire pour les partis que je qualifie de kabyles, bien qu'ils
n'aiment pas trop ce qualificatif. Si la Kabylie ne vote pas,
le rejet signifie encore la confirmation d'un réflexe identitaire
régional. Dans tous les cas, la problématique de
l'autonomie va être une vérité incontournable.
Hacène :
On peut aussi se demander pourquoi les élites ne s'impliquent
pas dans les élections locales. En France, les chefs de
partis politiques se présentent dans les régions.
En Kabylie les élites politiques ne se présentent
pas aux élections locales. Est-ce parce que ces partis
se disent nationaux et non pas régionaux ? C'est comme
si elles n'étaient pas à notre hauteur. C'est comme
si cet espace ne répondait pas à l'estime de nous-mêmes.
Masin :
Je ne suis pas membre du C.E.R.A.K. mais la question de l'autonomie
m'intéresse.
Je m'inquiète de la position du R.C.D.. et du F.F.S. vis
à vis de l'appel d'Ali Yahia.
Ont-ils intérêt à se mettre ensemble pour
aller aux élections. Pour moi il y a un problème.
Normalement on ne doit pas se poser cette question. J'ai toujours
compris que ce sont toujours ces partis qui gagnent les élections
en Kabylie. Tant mieux d'ailleurs. Heureusement que les Kabyles
votent pour eux quels que soient leurs problèmes. Ils se
disent partis nationaux alors qu'ils ne le sont pas. Ils ont du
mal à former des listes. Alors que d'autres partis ont
formé des listes. C'est aussi catastrophique. C'est inimaginable
en Kabylie.
En Kabylie, il y a une coupure entre l'élite politique
et la population. Si cette élite politique ne pose pas
les véritables questions, si en Kabylie aujourd'hui on
ne peut pas parler de l'avenir de la Kabylie, comme on le fait
en ce moment au C.E.R.A.K., cela ne mènera à rien.
C'est pourquoi je me demande pourquoi les gens vont voter. Là
encore, je l'apprends c'est juste pour 18 mois.
Les Kabyles ont vu les partis régionaux à l'uvre
; ils n'ont pas fait mieux que le F.L.N. (Front de Libération
Nationale). Nous Kabyles, devons trouver le projet qui nous convient,
se poser les questions qui concernent la seule Kabylie. Si les
Kabyles pensent déjà à eux et si les autres
viennent, il n'y a pas de problème.
Je voudrais bien savoir ce que font le M.A.K. et les autonomistes
dans la crise actuelle. C'est là qu'on doit agir pour donner
un espoir aux gens.
Yidir :
Chaque événement concernant la Kabylie, me rend
de plus en plus optimiste malgré le pessimisme ambiant.
Il ressort de la bouche de tout le monde que ces élections
ne servent à rien. Apparemment dans leur majorité
les Kabyles ne s'y intéressent pas. Si on observe le comportement
des Kabyles par rapport à la politique, on constate qu'à
chaque phénomène nouveau, il y a une adhésion
massive. Mais on se rend compte après coup, qu'au au niveau
des partis, des associations, des mouvements, il y a un déficit
flagrant de démocratie interne, alors la masse est déçue
et une désadhésion se produit. Je parle des partis
kabyles, les autres ne m'intéressent pas. A tout prendre,
le F.L.N. fonctionne au plan interne, de manière plus démocratique
que les partis kabyles. Aït Ahmed, par exemple est depuis
50 ans à la tête du F.F.S. d'où personne ne
peut le déboulonner, ça m'inquiète. Saïd
Sadi est encore à la tête du R.C.D. depuis 1989 ;
il n'a été élu qu'une seule fois aux élections
législatives en 1991, il n'a été que quatrième
à Tizi-Ouzou. La moindre des choses eut été
qu'il démissionnât de la présidence du R.C.D..
Je lui avais posé la question à ce sujet. IL m'a
répondu : chez nous, nous n'avons pas la culture de la
démission.
Quelqu'un avait parlé
de clientélisme. Qu'est ce qui a motivé le F.F.S
à voter en 2002 alors que la Kabylie a dit non ? Pourquoi
par la suite le R.C.D. a-t-il appelé au vote alors que
la Kabylie a dit non ? Donc ce sont des relais comme tous les
autres.
Pourquoi la direction du F.F.S. se permet-elle d'avoir un comportement
dictatorial ? Parce que simplement il y a la culture du "ça
ne me plaît pas je quitte". Combien de personnes ici
présentes avaient appartenu au F.F.S., quand elles ont
subi cette dictature, elles ont quitté ou on les a fait
démissionner. Au R.C.D. également, tous ces gens
qui avaient le sens démocratique ont été
soit éjectés, soit partis d'eux-mêmes.
Pourquoi suis-je optimiste maintenant ? Parce qu'un parti qui
se dit kabyle, en l'occurrence le M.A.K., ne suit pas le chemin
suivi par les autres. Ainsi, il aura toutes les chances de régner
sur la Kabylie. En Kabylie il aura une adhésion totale
à condition que son fonctionnement soit démocratique.
Il faut faire confiance aux Kabyles parce que tout le temps nous
dit ceci : ils pardonnent en quittant le mouvement plutôt
que de le casser. Je suis d'accord avec Hacène pour dire
qu'il faut passer à la culture du projet. Il n'y a pas
de honte à voir ce qui se passe ailleurs. Je ne pense pas
que ce soit le moi profond des leaders des partis politiques qui
les pousse à ne pas se présenter aux élections
locales, c'est parce qu'ils ont peur de l'échec. On l'a
vu. Sinon qu'est-ce qui empêcherait Aït Ahmed de se
présenter à Azouza et Saïd Sadi à Aghriv.
? Il risque d'être battu même chez lui. Le réalisateur
égyptien Youcef Chahine a dit : j'ai projeté mon
film " New York " dans une grande salle, il y avait
7 personnes, les membres de ma famille et des gens de l'ambassade
d'Egypte.
Hacène répond
que ce point de vue est intéressant, il est à approfondir.
Hocine :
Je parlais simplement des A.P.C.. et des A.P.W.. Le problème
qui est à la base, c'est la distorsion énorme entre
les responsabilités de ces assemblées locales et
leurs moyens. En fait, elles ont la charge du personnel communal,
de l'état civil et aussi de l'entretien des écoles,
des routes, de l'enlèvement des ordures ménagères,
etc. Ce sont donc leurs prérogatives, c'est à dire
que ce qu'elles sont tenues de faire excède leurs moyens.
Généralement ce sont des A.P.C. pauvres. Il y a
bien au niveau national le Fonds commun des collectivités
locales qui subventionne quelque peu ces assemblées. J'ai
eu l'occasion d'en parler avec un président d'A.P.C. Le
budget ne suffit même pas à payer le personnel communal
courant.
Ces élections vont avoir lieu. Le parti qui les gagnera,
que ce soit le R.C.D., le F.F.S., le F.L.N. ou autre sera absolument
incapable de résoudre les problèmes qui se posent
à la population. Donc ça va aggraver le ressentiment
de la population kabyle envers ses élus surtout si certains
continuent à travailler dans cette ambiance générale
de favoritisme et de corruption. Donc ça va se traduire
même à court terme par un rejet de l'Etat.
Alors, nous, autonomistes, nous aurons un rôle déterminant
à jouer pour l'avenir de la Kabylie, c'est d'une part de
nous efforcer de répondre aux questions essentielles comme
certains l'ont dit : ils vous disent si on devient autonome ou
indépendant : acu ara netc ? Il faut déjà
apporter des réponses concrètes à ce sujet
là. On a commencé déjà un peu avec
le séminaire d'Ecancourt mais la réflexion est à
peine ébauchée. Là, je fais appel à
tous les membres ici présents qu'ils soient du C.E.R.A.K.
ou pas pour apporter leurs idées et leurs contributions.
Si nous arrivons à répondre, nous leur donnons donc
un espoir. Espoir qui dépendra, bien sûr de leur
comportement et de leur action.
La deuxième phase est notre organisation sur le terrain,
pas seulement ici dans l'émigration mais aussi dans les
profondeurs de la société kabyle. Il faut que les
autonomistes puissent dialoguer avec la base pour lui faire voir
comment on doit s'organiser, par exemple de lancer tout de suite
le thème de la recherche de l'autonomie alimentaire sans
l'attendre de l'Etat, même sans avoir tout de suite l'autonomie,
entre autres la prise en charge de la terre (nous savons malheureusement
tous qu'elle est abandonnée.) Et là, au bout d'un
temps dont la durée dépendra de noter efficacité
sur le terrain, à ce moment-là passer à l'action
pour poser au niveau algérien le problème de l'autonomie.
Nous sommes tous pour la voie pacifique mais ça doit être
réfléchi. Là aussi il faut que nous sachions
que faire lorsque le moment sera venu et que la population kabyle
aura vraiment pris conscience du fait que l'autonomie est la seule
solution.
Il y a aussi quelque chose dont Marie avait parlé qui sera
extrêmement important mais qui nécessitera quand
même une dépense d'énergie et de moyens. Au
niveau des villages, faire quelque chose pour montrer que les
autonomistes ont apporté ceci et cela. Ca peut être
des livres, des ordinateurs, des médicaments, des vêtements,
etc. Ce n'est pas facile de collecter en France des médicaments
et des livres pour les faire parvenir en Algérie. Il y
a le problème du coût de transport. Nous avons assisté
hier à une réunion des associations où des
gens ont réglé astucieusement ce problème.
Nous pourrions nous en inspirer.
Hacène :
1 - Par rapport
aux élections actuelles, est ce que ça sert à
quelque chose ou pas. En ce qui me concerne, on peut politiquement
s'en servir pour le moyen et le long terme. Cela peut servir au
moins à constituer une carte électorale qui peut
aller dans le sens aussi bien de l'intérêt des partis
en présence que dans celui des personnes qui sont en dehors
des partis.
En ce sens puisque les partis aujourd'hui prennent conscience
que même la Kabylie, leur bastion, leur échappe quelque
peu. En tout cas il y aura un constat quelque part il y a une
perte de terrain. Donc à nous de négocier, de travailler
, de positiver et de faire en sorte que les résultats de
ces élections servent pour les prochaines alliances. Les
vraies élections c'est dans deux ans. De façon que
les partis présents en Kabylie puissent être en concurrence
dans les communes et les wilayas où ils sont sûrs
de l'emporter en étant concurrents. Et faire des listes
communes dans les circonscriptions où ils ne sont pas sûrs
de l'emporter. Ils peuvent faire ces listes communes proportionnellement
aux résultats qu'ils auront eus selon cette carte électorale
concrète qui sera un
sondage à l'échelle de la réalité.
2 - S'il y a
des problèmes au niveau des partis politiques, de l'intelligentsia,
des associations etc. si on peut nous traiter de tous les noms
et si on peut désigner la Kabylie d'une façon absolument
négative - on a entendu le discours de Bouteflika - mais
aussi on a assisté au pire, il y a même un député,
il y a quelques années, qui a demandé que Aït
Ahmed soit déchu de sa nationalité, si on en est
arrivé là parce que quelqu'un comme Saïd Sadi
a dit qu'Aît Ahmed c'est 40 ans de tourisme politique. A
partir du moment où nous nous insultons mutuellement, les
autres s'autorisent à nous insulter. A partir du moment
où nous nous disqualifions mutuellement, les autres ne
se gênent plus pour nous disqualifier. Si nous nous minorons
mutuellement, les autres le font aussi etc. C'est pour cette raison
que je dis que nous devons passer de la revendication de l'union
à une politique de l'alliance qui est la politique du contrat.
Cette schizophrénie politique que vous avez tous relevée
fait qu'effectivement les candidats aux mairies et aux A.P.W.
présentent des programmes pour être élus.
Or comme le disait Hocine ; au bout du compte il n'y a pas d'argent.
Je ne suis pas d'accord. Il y a de l'argent deux points le prouvent.
Ces dernières années, la vente du pétrole
a fortement augmenté. Plus on dit aux Kabyles : vous devez
vous occuper de vos champs, vous pouvez vous autosuffisant plus
ils auront peur. Il faut dire aux Kabyles qu'il y a de l'argent
à profusion, sauf que la Kabylie n'a pas sa part. Donc,
l'autonomie, c'est réclamer la part due à la Kabylie
d'une part. D'autre part, cet argent il faut qu'il aille aux élus
et non pas dans l'administration, les walis et les sous-préfets.
Même le peu d'argent disponible s'il était géré
par nos élus ils réussiraient tous les
projets dont nous venons de parler.
Si l'enveloppe accordée aux walis était entre les
mains du président de l'A.P.W. ou de l'A.P.C., il y aurait
suffisamment d'argent pour qu'ils puissent réaliser nos
projets. Cet argent est distribué dans les réseaux
de l'Etat. Il ne sert pas la société.
3 - Il faut
insister, avec la mondialisation, sur la coopération décentralisée.
Ca me semble vital. Tous les pays recherchent des investisseurs
mais dans notre cas c'est l'Etat qui va attirer les investisseurs
et désigner les régions attractives, ce ne sont
pas les régions elles-mêmes. Dans la situation de
confrontation avec l'Etat, la Kabylie ne sera jamais présentée
comme une région attractive pour les investisseurs. Il
nous appartient de montrer que la Kabylie l'est. C'est à
nous de trouver d'autres formes de lutte comme Malika l'avait
dit à BRTV. Arracher nos droits par rapport à ce
qui existe, à sortir de cette schizophrénie qui
fait que nous élisons des gens auxquels nous ne conférons
aucun pouvoir.
X (inaudible) :
Par rapport à la notion de réalité, j'ai
l'impression que c'est une région complètement éloignée
à la fois des projets et des idées. J'étais
au M.A.K. pendant quelque temps, je me suis retiré quand
j'ai vu qu'il y a eu des événements importants,
les gens du M.A.K. devaient être là, ils n'y étaient
pas. Je me dis que ça ressemble à un parcours qui
n'a jamais abouti.
Pour revenir à ces élections, c'est une prolongation
d'un match que la Kabylie n'a jamais joué. Ils nous convient
à la prolongation. Parler des partis existants en Kabylie,
on admet qu'ils sont des partis kabyles. A présent, un
Kabyle au sein de l'Etat est un Kabyle bien dilué. La Kabylie
est "autonomisée" et régionalisée
par le pouvoir.
L'argent indispensable pour toute région, ne peut être
donné que par dossier, il faut renoncer à cela
Ali :
A présent la Kabylie est dans une situation de précarité.
Il ne faut pas oublier qu'à ce jour, malgré qu'il
y ait le barrage de Taksebt, nous connaissons des familles qui
vivent d'un jerrican d'eau par semaine. En certains endroits,
un écolier n'a pas droit à un repas chaud pendant
une année scolaire. Ou il y a une Kabylie qui va réagir
comme un tout, comme dans le passé ou bien on va se dire
qu'il n'y a pas de raison qu'il n'ait pas d'autres sensibilités
politiques.
Pour tous les élus du R.C.D. et du F.F.S. on leur a fermé
les caisses. Mais si vous êtes du F.L.N., vous aurez beaucoup
d'argent. Le ministère de la Culture va sortir incessamment
trois cent milliards (centimes de dinars) pour Alger capitale
de la culture arabe, Tamazight n'est pas concernée ou bien
d'une façon figurative.
Ceux qui prônent l'autonomie sont-ils en mesure d'aller
vers la population. On a remis des carnets de cartes d'adhésion,
les gens les ont remplies mais les éléments du M.A.K.
ne les ont pas récupérées. On comprend qu'il
y a adhésion à l'idée d'autonomie, encore
faut-il que les militants y répondent. A la question de
savoir ce qu'on va manger si on devient autonome, je réponds
: est-ce qu'actuellement vous mangez suffisamment ?
Il est donc indispensable d'être en contact suivi avec la
population. Si on n'est pas dans le bain on ne peut pas connaître
la température.
Farid :
Autonomie ou régionalisation peu importe le mot. Le problème
de terminologie s'est posé en 89 entre les termes laïcité
et sécularisation, le problème est le même.
Régionalisation ou autonomie c'est la même chose
du moment qu'au sein de la base du R.C.D. le débat existe.
Il faut l'encourager. Au R.C.D., on parle de quelque chose qui
ressemble à l'autonomie.
Intervention dans la
salle : Ce n'est pas le commentaire officiel de Sadi.
Réponse de
Farid :
Nous ne sommes pas dans un parti totalitaire. Je considère
qu'un militant de base doit imposer des idées. Moi je suis
d'avis de changer de cap. Nous devons dialoguer, aller vers quelque
chose d'autre que ce que nous avons vécu pendant 43 ans.
Ce n'est pas le R.C.D. qui a échoué mais c'est ainsi.
L'histoire a échoué. Il ne faut pas exclure ceux
qui sont pour le débat.
Malika :
Le C.E.R.A.K. est là pour entendre les idées des
militants.
Farid :
Il faut encourager le débat d'une manière intelligente.
Mais déjà s'il y a quelque chose qui est rentré
dans la tête des gens, ce n'est plus tabou. Ca c'est encourageant.
Le moment est venu de faire quelque chose tous ensemble. Le pouvoir
est là, il nous attend tous au virage sans distinction.
Hacène :
Une anecdote. Un juge recevait un couple. Il dit à l'un
: comment aimerais-tu que l'autre fasse pour que ça se
passe bien ? Je voudrais bien que l'autre soit gentil quand il
me parle et qu'il le fasse avec respect. Et si d'aventure il te
parle comme ça, toi-même comment réagirais-tu
? A ce moment-là je serai poli, je lui répondrai
normalement. A ton avis qu'est ce que ça va déclencher
sur l'autre ? Si je lui parle ainsi, il sera gentil avec moi.
Il leur a montré qu'il y a un rapport systémique
entre les deux. C'est comme un roulement à bille qu'on
graisse. Le problème est qui va commencer. Comme disent
les Kabyles : qui accrochera la sonnette au chat ?
IL est très important de réfléchir à
la manière.
Hacène :
L'Europe a accordé 3 millions d'euros pour pacifier la
Kabylie. Le général major Boustella, commandant
de la gendarmerie, après les événements du
printemps noir a été invité par le commandant
de la gendarmerie française accompagné d'une délégation
pour une visite de travail du 9 au 29 janvier 2005. C'est vous
dire le poids que la Kabylie représente sur l'échiquier
politique. Vous allez me dire que les enjeux sont différents.
Entre ce qui se passe pour l'assassinat de Hariri et ce qui s'est
passé sur celui de Boudiaf, il y a deux poids et deux mesures.
Salah :
Le pouvoir, dans le passé, a utilisé la Kabylie
de façon détournée. A présent, il
a un relais qui s'assume. C'est l'U.D.R. d'Amara Benyounès.
Il propose de l'argent, des projets. Il ne faut pas perdre de
vue la situation sociale et économique et, par extension,
ce qu'elle pourrait engendrer. Les gens qui servaient le pouvoir
rasaient les murs. A présent ils s'affichent.
Le R.C.D. a participé aux élections présidentielles
sur la base d'une analyse qui lui est propre, le F.F.S. a fait
de même. L'évolution se situe au niveau de l'Arac,
côté Abrika. Ils ne pouvaient pas faire autrement
dès lors qu'ils étaient dans une logique de négociation
avec le pouvoir. Même quand Bouteflika avait dit à
Constantine que Tamazight ne sera jamais officielle ; ils ont
dit que c'était peut-être une pirouette politique.
Ils ont dit qu'on laisse les gens choisir leur camp. Ils espèrent
qu'il y a un appel du pied pour poursuivre le dialogue. On est
en train de négocier. Tant que les ponts ne sont pas rompus,
il faut poursuivre la politique de l'apaisement. Pour ce qui est
des autonomistes, la question se pose. Je ne parlerai pas du MAK
en tant que structure mais des autonomistes globalement. S'il
y a un terreau c'est local. Au niveau des élections régionales
pourquoi ne pas susciter de listes indépendantes autonomistes
? C'est un débat qui aurait dû avoir lieu. Le débat
concerne le F.F.S. et le R.C.D. pour des raisons politiques bien
déterminées. Mais les deux se rejoignent sur une
base, qu'il faudra essayer de reprendre le dessus par rapport
à l'Arac. Il y a un
flottement au niveau de la Kabylie..
Ces élections ne sont pas une échéance qui
suscite un réel engouement politique. Je ne serai pas surpris
qu'il y ait des pourcentages assez symboliques de participation.
Là où le R.C.D. et le F.F.S. ont réussi à
faire capter les candidatures, ce ne sont pas des candidatures
lourdes. Le R.C.D. a perdu de sa sève. J'ai quitté
ce parti quand il a applaudi Bouteflika. Les électeurs
ne se reconnaissent pas dans les listes en présence. Il
ne faut pas oublier que le F.L.N. a présenté des
gens du village. Si par exemple je me présentais au nom
du F.L.N., les gens seraient surpris.
Dans le débat, les autonomistes sont "out". Par
rapport à la réaction qui aurait dû se produire
vis à vis du referendum, les autonomistes ont été
hors du coup.
Malika :
La Kabylie a toujours voté. Est-ce que cela a changé
la situation de la Kabylie ? Non ! Parce que la politique menée
par ces partis-là s'est voulue nationale. Pour moi, ce
n'et pas très grave si le F.L.N. gère les communes.
Par contre si on n'allait pas à ces élections -
je n'ai pas osé le dire à la télé
mais j'aurais du le faire - ne votez pas ! Cela aurait poussé
le F.F.S. à faire tomber sa superbe. Le R.C.D. pourquoi
vient-il au débat ? C'est parce qu'il est en perte de vitesse.
Alors il cherche à discuter. Tant mieux. Que le F.F.S.
aussi reçoive un coup. Peut-être remettra-t-on les
compteurs à zéro. Alors on se concentrerait sur
la Kabylie. La population ne s'est jamais trompée. Les
partis politiques se sont toujours gourés.
Marie :
Pour moi, je préfère qu'on fasse du concret. Parler
d'élections, ça me passe à des milliards
d'années lumière. Pour la bonne raison que les urnes
sont toujours bourrées. Peut-être que si nous essayons
de donner une image différente de nous, et que la diaspora
kabyle s'implique. Je veux qu'on me reconnaisse ma qualité
de Kabyle, je l'ai toujours crié haut et fort. Il n'y a
aucune raison pour qu'on me donne une appellation qui n'est ni
la mienne ni celle de mes ancêtres.
Nous devons faire en sorte que partout soit reconnue notre spécifié
kabyle. Faisons en sorte d'être reconnus internationalement
en tant que Kabyles avec un nom.
Faire un tas de choses pour aider les Kabyles de Kabylie. Faire
un pont pour envoyer des médicaments, des vêtements
ou des livres pour aider les villages en Kabylie. J'ai vu des
enfants marcher en tong dans la neige pour aller à l'école
alors que nous vivons dans une société de consommation.
Quels que soient les moyens financiers, en France on peut toujours
s'habiller et se nourrir. Ce n'est pas le cas en Kabylie. Je pense
qu'il faut commencer par trouver des chefs de villages ou des
personnes qui puissent faire passer ce qu'on peut donner. Même
si chacun de nous donne un euro par mois et par famille, ce sera
utile pour aider les gens en difficulté.
Malika :
En Kabylie il en a été toujours ainsi. Il y aura
une révolution parce que c'est un membre du FFS qui aura
été élu ? Pendant des années, il y
avait le F.F.S. ou R.C.D., est ce que cela a changé vraiment
le devenir de la politique menée par ces partis. Même
si c'est le F.L.N. qui gère ces communes, ça ne
me dérangera pas.
J'ai envie de dire
n'y allons pas. Justement ça va pousser le F.F.S. à
perdre de sa superbe. Le F.F.S. trouvera qu'il y a problème.
Le R.C.D. pourquoi vient-il au débat ? Quand il était
au faîte de sa gloire, pour lui tout cela c'est du mépris
par rapport à tout ce qui se passe. Maintenant qu'il est
tombé, il cherche à discuter, tant mieux. Il faut
prendre ce qui est positif, il faut discuter. Que le F.F.S. aussi
reçoive un coup! Ainsi il comprendra et il remettra les
compteurs à zéro. On se concentrera peut-être
sur la Kabylie.
On vient juste de passer un referendum, on voit que la Kabylie
sait ce qu'elle veut. La population ne s'est jamais trompée.
Les partis politiques se sont toujours gourés mais le peuple
kabyle, quand il vote, il vote bien. J'espère que cette
fois-ci il fera autant.
Hocine :
Tout à l'heure je crois que je me suis mal exprimé.
Ca arrive.
Je suis tout à ait d'accord quand Hacène a dit qu'il
faut exiger de l'Etat beaucoup plus de moyens. Pour la Kabylie.
Elle n'est pas encore autonome mais l'Etat ne donne pas suffisamment
pour notre région. Dans la situation actuelle le budget
de chaque wilaya est voté par l'APW dans la limite de ce
que l'Etat lui a accordé globalement mais c'est la répartition
des crédits sur les différents projets qui dépend
du vote de l'assemblée. Mais ce sont les fonctionnaires
de la wilaya qui exécutent.
A mon sens la question importante qui se pose, le constat que
fait Hacène, c'est que nous Kabyles avons été
infantilisés par 43 ans de pouvoir F.L.N.. Nous dépendons
notamment de nos parents, de l'émigration etc. Faut-il
continuer dans cette voie ou, au contraire, faut-il immédiatement
dire aux Kabyles, notamment à la jeune génération,
vous devez faire des efforts, vous prendre en charge dès
maintenant pour préparer l'avenir. Lorsque l'autonomie
sera obtenue, il faudra qu'elle soit viable au niveau du terrain.
Voilà la question que je pose.
Malek : (
Début inaudible)
Dans les villages kabyles on vit en parfaite harmonie malgré
l'existence des clans. S'il y avait un conflit entre quartiers,
on arrivait à le résoudre. Nous avons connu la démocratie
bien avant l'Occident. On respectait la propriété
privée. C'est sur ce fond-là que nous fonctionnons.
Comment parler d'un projet de société pour les Kabyles
sans risquer de les tromper ? Forcément on va les tromper
quelque part parce qu'on parle des idéologies acquises.
Un projet de société n'est pas un projet de faire
du commerce. On travaille sur la personne humaine et le devenir
des hommes. On doit faire des monographies régionales,
complètes.
Certains disent que le F.L.N. va apporter une manne financière.
De quelle manne financière et pour quoi faire ?
Hacène :
On a pas épuisé
le débat. L'intérêt est de partir sans avoir
épuisé le débat.
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