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Le
plan du Pouvoir pour briser la Kabylie
Contrairement aux autres
régions d'Algérie où les populations sont
dociles en raison de plusieurs facteurs dont leur inculture dans
le domaine des droits de l'homme, leur croyance exagérée
en la fatalité et leur résignation absolue, la Kabylie
a de tous les temps suscité l'inquiétude et la méfiance
du Pouvoir algérien, car elle a toujours été
revendicatrice. Ainsi, pour éviter que la conscience des
Kabyles contamine les autres populations, ce qui ébranlera
certainement les fondements du totalitarisme dans notre pays,
le régime algérien s'est engagé à
la fois dans plusieurs batailles contre la Kabylie. Dans l'une,
il exerce un blocus multidimensionnel sur la région ; dans
l'autre, il mène une campagne de diabolisation contre elle
à l'échelle nationale et internationale ; dans l'autre,
il oeuvre pour sa déstabilisation et sa dislocation à
l'intérieur ; et dans l'autre encore, il s'active pour
la vider de ses élites. Voici en détail le plan
destiné à briser la Kabylie, comme établi
par ceux qui ont érigé la division, la dissension,
la corruption, le pourrissement, l'intimidation, la violence et
le meurtre en mode de gouvernance.
1. Incitation à
la violence et à la perversion.
On se rappelle très
bien qu'après l'assassinat du jeune Guermah dans les locaux
de la gendarmerie, le ministre de l'Intérieur, M. Zerhouni,
au lieu de calmer les esprits, a jeté de l'huile sur le
feu en déclarant la victime comme un vulgaire voyou. Puis
comme si les émeutes et les morts provoqués par
cette déclaration irresponsable n'ont pas assouvi la haine
que porte le Pouvoir pour la Kabylie, le premier magistrat du
pays, M. Bouteflika, vient à Tizi-Ouzou pour dire "
niet " à l'officialisation de tamazight et devant
des figures emblématiques de la cause berbère qui,
sans doute, étaient piégées. La réponse
à cette provocation qui porte en elle le germe de la division
est immédiate : la Kabylie s'embrase de nouveau et le chantre
Aït Menguellet subit la colère des Kabyles pour avoir
assisté au discours insultant du Chef de l'Etat. Celui-ci,
fidèle à sa politique divisionniste, revient à
la charge quelques années plus tard, c'est-à-dire
récemment dans son meeting à Constantine, et confirme
son opposition à l'officialisation de la langue mère
des millions d'Algériens. Par ses propos provocateurs,
il espérait sans doute pousser la Kabylie vers le chaos
pour avoir refusé de cautionner la charte de la honte qu'il
a confectionnée afin de protéger son régime
et ses alliés islamistes contre les victimes du terrorisme
dont le mouvement ne cesse de s'amplifier et de mieux s'organiser.
Dieu merci, son espoir est vain cette fois-ci !
Sur un autre front,
le Pouvoir s'engage dans une autre batail déstabilisatrice;
il s'agit pour lui de créer un faux problème qui
puisse provoquer la haine et la violence parmi les citoyens de
la Kabylie et entre ceux-ci et leurs élus locaux, afin
de se frayer le chemin vers le contrôle de la région,
lequel contrôle est depuis l'avènement du pluralisme
en Algérie est entre les mains de deux partis, à
savoir le FFS (Front des Forces Socialistes) et le RCD(Rassemblement
pour la Culture et la Démocratie). Ainsi, le représentant
du Pouvoir, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, un originaire
de Kabylie, s'accorde avec l'aile dialoguiste du mouvement citoyen
mené par Abrika pour révoquer les élus locaux
(majoritairement du FFS et du RCD) considérés depuis
comme indus. Dans cette combine, le Pouvoir s'est appuyé
entièrement sur ses hôtes, novices en politique dois-je
préciser, qu'il a aveuglés avec l'officialisation
illusoire de tamazight afin d'accepter de dresser la population
kabyle contre ses élus. Ce plan diabolique a réussi
à envenimer les relations entre les militants du mouvement
citoyen et ceux du FFS et du RCD, autrement dit entre les Kabyles
et leurs frères kabyles, jusqu'au jour où, depuis
Constantine, comme pour signer la fin de la mission des dialoguistes,
le Président de la république a brisé le
charme entretenu par le Chef du gouvernement sur Abrika et ses
compagnons. Ceux-ci sont enfin conscients de la grande farce dont
ils sont victimes, mais ils se trouvent dans l'impossibilité
de changer les choses ; tamazight n'est pas officialisée
et les élections partielles auront bien lieu dans le courant
de cette année, à la grande joie du Pouvoir qui
se prépare dès maintenant pour l'envahissement de
la Kabylie qu'il compte mettre à genou à tout prix.
Une autre méthode
que le Pouvoir est entrain d'employer contre la Kabylie est la
création d'un climat d'insécurité. Les forces
de l'ordre (police, gendarmerie, armée) ferment les yeux,
voire encouragent tout ce qui peut nuire à la région
: culture de plants et vente de la drogue, alcoolisme, débauche,
racket, vol et agression. On voit bien parfois les déplacements
des convois de l'ANP (Armée Nationale Populaire) et les
interventions bruyantes de la gendarmerie, mais ce ne sont en
fait que des manuvres destinées à tromper
la population locale. Des preuves ne manquent pas : premièrement,
non seulement les narcotiques se vendent partout par des personnes
connues des services de sécurité en raison des plaintes
et dénonciation des citoyens, mais se cultivent aussi sans
aucune appréhension de la loi qui n'autorise pas ce genre
de culture. Selon les dires du leader du RCD, lors de sa campagne
anti-référendaire, il existe en Kabylie 17 parcelles
de terrain destinées pour la production de la drogue. Deuxièmement,
on voit en Kabylie une prolifération alarmante des lieux
de débauche et d'enivrement. Et comme si bars et cabarets,
employant d'ailleurs toutes sortes de personnes " dites de
moeurs légères " susceptibles de transmettre
des maladies sexuelles, ne suffisent pas pour la perversion programmée
des citoyens kabyles, les autorités ferment les yeux sur
l'installation illégale, le long des routes nationales
et à l'entrée et sortie des villes et villages,
de cabanes qui servent de l'alcool à tout venant, y compris
aux adolescents. Ainsi, sous l'effet des stupéfiants et
de l'alcool, nos jeunes se bagarrent entre eux et commettent d'autres
méfaits plus graves comme le vol à main armée,
le tapage nocturne, la provocation extrême des filles non
accompagnées, la destruction des biens publiques, etc.
Même notre environnement est désormais défiguré
par des milliers de bouteilles de bière que jettent nuit
et jour les ivrognes fabriqués par le régime.
La Kabylie ressemble en cela à une véritable réserve
indienne où les habitants sont abandonnés à
leur propre sort. Troisièmement, on a remarqué ces
dernières années la multiplication, dans la région,
de " vrais faux " barrages destinés à
racketter les citoyens. Le plus étonnant est que ces barrages,
bien qu'ils soient si réguliers dans leur fréquence
et leur place, n'attirent jamais l'attention des forces de sécurité
au bon moment. Les bandits font leur sale besogne en toute quiétude
et l'armée intervient quelques jours après en bombardant
à tort et à travers les maquis, brûlant nos
forêts et disséminant les troupeaux de nos bergers.
2. Isolement de
la Kabylie
Cet isolement se manifeste
sous plusieurs formes. Tout d'abord, pour inciter les Algériens
des autres régions à diaboliser les Kabyles et à
ne pas se solidariser avec eux lors de leurs révoltes contre
le régime en place et les descentes punitives des forces
dites de l'ordre qui s'ensuivent, le Pouvoir leur décrit
la Kabylie comme une région sécessionniste, athée
et dépourvue de tout esprit patriotique. Qui ne se souvient
des attaques, lors du semblant de débat de l'APN (Assemblée
Populaire Nationale) sur les événements de Kabylie,
de certains partis acquis au Pouvoir contre le FFS dont le leader,
Hocine Aït Ahmed, est accusé de haute trahison pour
avoir réclamé une enquête internationale sur
les dépassements des forces dites de sécurité
? Je me rappelle aussi que lors de la grandiose marche du 14 juin
2001 sur la capitale, les capturés parmi les manifestants
ont été contraints par les agents de la CNS (Compagnie
Nationale de Sécurité) de se déclarer juifs
en contrepartie de leur libération ! En fait, les esprits
des Arabes algériens (à inclure aussi une bonne
partie de Berbères) ont été de tout temps
minés par de pires idées contre les Kabyles et on
ne peut les énumérer toutes ici.
L'isolement de la Kabylie est apparent également dans le
maigre investissement de l'Etat dans la région. L'Etat
n'attribuant des budgets qu'en fonction de la docilité,
voire d'assujettissement d'une région, la Kabylie, connue
pour sa rébellion, se voit ainsi privée presque
de toute assistance de l'Etat et ne survit - heureusement ! -
que grâce à l'argent des immigrés. Il y a
un autre aspect de l'isolement imposé par le Pouvoir sur
la Kabylie. À chaque scrutin boycotté par les Kabyles
en raison des pratiques anti-démocratiques du régime
(manque de transparence, ralliement par corruption et intimidation,
bourrages des urnes, etc.), les résultats finaux sont gonflés
à l'extrême afin de signaler aux Kabyles l'insignifiance
de leur poids à l'échelle nationale. Par cette astuce,
le Pouvoir vise la vexation des Kabyles pour les faire taire et
ne pas servir d'exemple de militants pour la liberté et
la démocratie pour le reste des Algériens.
3. Organisation
de campagnes anti-kabyles
Pour souiller l'image
des Kabyles trop gênants, le régime algérien
met en uvre d'autres moyens plus efficaces comme les médias.
L'ENTV (chaîne publique de la télévision algérienne),
fermée à l'opposition et diffusant tout sauf la
vérité, bat le record dans l'insulte et la manipulation
des esprits des Algériens contre la Kabylie et ses habitants.
On se souvient très bien de la couverture de cette "
machine à mentir " des événements du
Printemps Noir, en particulier la grandiose marche du 14 juin
2001. Comme on ne peut oublier les propos insultants et mensongers
de certains parlementaires lors des débats de l'APN sur
les événements en questions, lesquels débats
ont été transmis en direct par cette maudite chaîne.
Même l'ex-chef de l'AIS (Armée Islamiste du Salut),
Madani Merzag, (ex-chef terroriste repenti) a eu récemment
la permission de l'Etat de s'exprimer sur les places publiques
ou dans les colonnes de certains journaux anti-kabyles à
la solde du régime, comme le quotidien arabophone "
ech-chourouk ", pour jeter son venin sur toute la Kabylie.
4. Emploi de la
triade " exil, emprisonnement, assassinat "
Pour vider la Kabylie
de sa substance vitale qui la meut, le Pouvoir procède
de plusieurs façons dont, plus efficace, la pratique de
l'exil forcé, l'incarcération et l'assassinat. Les
premiers Kabyles à être expulsés de l'Algérie
dès l'Indépendance, et ce pour avoir été
opposants aux visées panarabistes du régime d'alors,
sont sans doute le chanteur Slimane Azem et le politicien Hocine
Aït Ahmed, leader du FFS. Quelques années plus tard,
c'est-à-dire durant la période qui s'étale
de 1970 à 1980, une autre génération "
de sécessionnistes, de marginaux et de fauteurs de trouble
", selon les termes de la presse gouvernementale de cette
période-là, apparaît et subit l'emprisonnement
et tout ce qui s'ensuit de pire comme torture et humiliation.
Les chanteurs Ferhat Mhenni et Lounis Aït Menguellet, les
militants de la revendication amazighe dont Djamal Zennati, Mohamed
Haroun, Lehsene Bahbouh, le président du quotidien pro-kabyle
" Le Matin " Mohamed Benchicou, le caricaturiste Dilem
Ali, et j'en passe, ont tous connus les geôles pour avoir
refusé la politique assimilationniste et d'assujettissement
prônée par le Pouvoir à l'égard des
Kabyles. Puis comme ces pratiques se sont avérées
inefficaces, le régime est soupçonné, voire
impliqué par la vox populi d'avoir recouru à des
assassinats masqués de différentes manières.
Ainsi, l'écrivain Mouloud Mammeri, juste après les
événements d'octobre 88 qui ont inauguré
une nouvelle ère pour l'Algérie, une ère
de multipartisme, de liberté d'expression et d'association,
a trouvé la mort " accidentellement " avec sa
voiture sur la route de Aïn Defla en rentrant du Maroc où
il a participé à une rencontre de berbérisant.
Aujourd'hui, personne en Kabylie ne croit à un simple accident
de roulage. Le motif de sa liquidation est bien clair : certains
effrayés de ce qu'un intellectuel de la trempe de Mammeri
peut faire dans le domaine des libertés linguistique et
culturelle dans le nouveau contexte n'ont pas hésité
à " arranger " un dérapage. Le meurtre
commis sur la personne de ce chercheur et écrivain talentueux
marque, dans l'Algérie post-indépendance bien entendu,
le début d'une série d'assassinat de valeureux Kabyles.
Tahar Djaout, Smaïl Yefseh, Saïd Makbel, Lounas Matoub,
ont tous été, d'une façon ou d'une autre,
éliminés directement ou indirectement par les services
occultes autour du Pouvoir et à chaque fois celui-ci attribue
le meurtre, interrogatoire filmé par l'ENTV à l'appui,
aux terroristes islamistes.
La guerre que mène
le régime totalitaire algérien contre la Kabylie
depuis le soi-disant recouvrement de la souveraineté nationale
n'a pas encore atteint tous ses objectifs, mais il faut quand
même avouer que la région a subit de graves dégâts
qui hypothèquent son avenir : les investisseurs locaux
la désertent, les nationaux et les étrangers s'en
méfient, les jeunes qui souffrent du chômage sombrent
dans l'alcoolisme, la drogue et autres vices.
Enfin tous les ingrédients
d'une bombe qui déchiquetterait un jour le corps fragilisé
de la société kabyle sont là. Il est donc
urgent que les Kabyles abandonnent leurs querelles partisanes,
qui réjouissent le Pouvoir, et s'unissent pour la sauvegarde
de leur région.
Par Messaoudi Djaafar
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