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Association culturelle N'Imazighen

Bruxelles

Rédaction

 

 

Le combat kabyle

L'éveil culturel de la Kabylie fut l'œuvre d'un groupe de lettrés berbérophones issu de l'école française, vers la fin du 19e siècle.
Les travaux de ces précurseurs se sont concentrés principalement sur la réalisation et l'édition de petits ouvrages comme les dictionnaires, l'élaboration de fascicules de cours de langue kabyle ainsi que quelques recueils de poésies. Mais le plus important fut l'initiation du passage à l'écrit de la langue berbère. Voir DBK (Dictionnaire Biographique de la Kabylie), " Hommes et Femmes de Kabylie, sous la direction de Salem Chaker, page 119 : Boulifa Si Amar-ou-Saïd, 1865-1931 : le grand précurseur berbérisant.

Aujourd'hui, il est permis de dire que ces pionniers avaient témoigné d'une plus grande clairvoyance et par-là même posé un acte de militantisme avant l'heure, que nous qualifierons de révolutionnaire. En effet, comment s'y prendre concrètement pour sauvegarder une langue, une culture jusque-là demeurées au stade oral, si ce n'est en passant à l'écrit ? Nos ancêtres les Berbères n'ayant rien laissé comme documents écrits ou si peu, il était urgent, avant la disparition de nos bibliothèques vivantes, de recueillir et de saisir noir sur blanc ce qui pouvait l'être encore.

Cependant, limitée au stade du strictement culturel, cette première prise de conscience n'avait que superficiellement atteint les couches populaires pour pérenniser et assurer le développement de la langue kabyle. Il n'empêche que l'ouvrage mis sur le chantier par cette génération, est important et les archives léguées constituent une source d'informations inestimable.

Rappelons brièvement que ce fut au cours de l'année 1936 au sein de l'ENA (Etoile Nord Africaine), mouvement nationaliste fondé à Paris en 1926 par un noyau de personnes ne regroupant que des Kabyles, à savoir : Imache, Si Djilali, Aït Toudert, Banoune et bien d'autres encore que (re) naquit, sous forme d'un clivage politique, l'idée berbériste pour s'opposer à l'arabo-islamisme prôné pas Messali Hadj fraîchement converti au pan-arabisme par Arslan lors de leur première rencontre en Suisse.

L'idée berbériste fit vite son chemin et gagna rapidement la quasi-totalité des militants nationalistes kabyles qui ne tardèrent pas à poser clairement au sein des partis politiques la question de la berbérité-algérianité. Voici les chants patriotiques qu'ils composèrent en langue kabyle :

- Kker a Mmi-s Umazi$ par Muêend u Yidir Aït Amrane (Debout fils de Berbère !)-1945
- Ay Ilmeéyen Kkret fell-awen par Laïmeche Ali (Relevez-vous les Jeunes !)-1945
- Tura Qriv a Nenna$ par Aïit Aêmed-1945 (Bientôt nous nous battrons)
- Etc…

En 1948, une motion défendant le principe de " l'Algérie algérienne " et dénonçant, en même temps, le mythe d'une Algérie arabo-islamique, déclenche la fameuse crise dite " berbériste " au sein du PPA-MTLD en France. La dissolution de la Fédération de France du MTLD suivie directement de l'exclusion des cadres kabyles, dénoncés comme étant des " Berbéro-matérialistes ", des instances du parti mit fin à cette crise. Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur cette crise qui devait en toute logique porter ce nom plus indiqué à savoir : " complot arabo-islamisme contre la Kabylie ", fermons la parenthèse car ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. L'arabo-islamisme triompha !

Les derniers soubresauts des berbéristes se sont manifestés en 1954 par la création à Paris de l'une des premières associations berbères dénommée : " Tiwizi i tmazight " (Entraide à la langue berbère). Cependant, le déclenchement de la guerre de libération en novembre 1954 en Algérie mit en veilleuse les sentiments berbéristes. Les tenants de l'arabo-islamisme trouvèrent dans cette guerre un moyen (tombé du ciel … grâce à l'aide de Kabyles) d'en finir une fois pour toute avec les " Berbéro-matérialistes ".

En effet, de 1956 à 1958, plusieurs militants berbéristes, en pleine lutte armée contre le colonialisme français, furent assassinés avec la bénédiction et complicité de grands chefs kabyles. Pendant que les Kabyles se battaient contre les troupes françaises, les tenants de l'arabo-islamisme complotaient et organisaient la liquidation physique de militants berbéristes.

Citons quelques uns de ces hommes nobles tombés pour la langue kabyle : Ali Tmazirt, Aït Menguellat M., Bennaï Si Ouali, Ali Ou Mahmoud, Oul Hamouda Amar, assassinés par le FLN (Front de Libération National). Bessaoud Muhend Aarav disait : " à partir de 1956, la liquidation était totale, le berbérisme avait cessé d'exister. En 1962, se dire berbériste, c'est mourir " , voir le bulletin Tiziri n° 5 - 1e trimestre 1996. Il était l'une des rares voix, peut être la seule d'ailleurs, parmi la classe politique et les intellectuels à protester contre cette politique d'étouffement et d'oppression annoncée par Ben Bella.
Dda Muhend Aarav, maquisard et officier de l'ALN (Armée de Libération Nationale) a été celui qui a eu le courage et l'audace de poser le problème du devenir de la berbérité au lendemain de l'indépendance, notamment dans son livre : " Heureux les martyrs qui n'ont rien vu ".

La révolte kabyle de 1963 ne réanima pas la flamme, contrairement aux attentes des berbéristes. Après l'échec du FFS, Bessaoud Muhend A. se réfugia en France où, avec l'aide de quelques amis, il créa l'Académie Berbère, qui grâce à la diffusion de ses bulletins " Imazighene " et tracts d'informations réalisa un travail considérable au sein de la communauté kabyle de France ainsi qu'à travers les pays d'Afrique du Nord. Encouragés par les actions de l'Académie Berbère, de jeunes kabyles se mirent alors à la création militante et intellectuelle : poésies, chansons, revues et bulletins fleurissaient à tour de bras. La chanson moderne des années 1970, véhiculée par la radio, média plus présent dans les foyers en Kabylie, a servi de support pour asseoir les idées berbéristes.
Les supporters de l'équipe de foot de la JSK (Jeunesse Sportive de Kabylie) ne demeurèrent pas en reste pour avoir, au stade du 5 juillet à Alger, conspué le dictateur Boumedienne un mois de juin 1977, lors de la finale de la coupe d'Algérie.

Ce travail fantastique de vulgarisation de Bessaoud Muhend Aarav au sein de l'Académie Berbère, conjugué à celui de ce grand écrivain kabyle qu'est Mouloud Mammeri, notamment par ses cours de langue berbère assurés à la Faculté d'Alger, ainsi que ses recherches inestimables réalisées dans le domaine berbère, ont crée une synergie qui a abouti aux événements du mois d'avril 1980, dénommé le " Printemps berbère ", qui a vu la revendication de l'identité berbère éclater en plein jour.

Le MCB (Mouvement Culturel Berbère) venait ainsi de naître, capable de drainer des centaines de milliers de personnes par son aspect fédérateur, sa crédibilité et son dynamisme à mener le combat pour l'amazighité, fondement de la véritable identité nord-africaine.

Ensuite, le MCB politisé par les uns, soumis aux manœuvres dilatoires par les autres finit par exploser en plusieurs tendances inféodées aux partis politiques. La devise bien connue " diviser pour régner " était entrée dans ses rangs, le frère de combat d'hier s'est mué en adversaire, voire même en ennemi du jour au bénéfice de l'arabo-islamisme. La grève du cartable de l'année scolaire 1994/95, suivi par un million d'élèves de Kabylie, a remis de nouveau au grand jour les divisions et les discordes politiques du MCB contrôlés par les partis politiques FFS et RCD. Le système algérien, contraint par la mobilisation kabyle a fini, cependant, par concéder quelque chose à tamazight en créant le HCA (Haut Commissariat à l'Amazighité), un nom ronflant pour si peu de choses produites, mais le combat ne s'est pas arrêté pour autant.

La tragédie des événements du mois d'avril 2001, dénommée le " Printemps noir ", et son cortège funèbre de 125 jeunes, morts assassinés par la gendarmerie, a donné naissance aux Aarc, une structure citoyenne pour s'interposer entre les manifestants et les forces de répression afin de mettre fin à l'effusion de sang. Cette organisation qui s'est structurée suivant les règles traditionnelles villageoises kabyles a donné un nouveau souffle à la révolte et a mobilisé plus de trois millions de personnes le 14 juin 2001 lors d'une manifestation sur Alger. Ce jour-là, le pouvoir algérien a eu la plus grande peur de sa vie ! Les Aruc ont élaboré une " Plate-forme " de revendications à El-Kseur - Bougie, dont le point 8 exige la reconnaissance de la langue amazighe en tant que langue nationale et officielle. Il est vrai qu'entre-temps, le pouvoir toujours méprisant envers la Kabylie, sournois et calculateur, a daigné reconnaître tamazight en tant que langue nationale, comme si les Kabyles ne le savaient pas encore !

Cependant, ce qui était à craindre finit par arriver, les Aruc à leur tour se sont divisés en deux parties, les dialoguistes et les non-dialoguistes. Les premiers mènent des négociations avec le pouvoir dans le secret absolu sur l'application de la plate-forme d'El-Kseur, contrairement aux règles de transparence dont la structure se réclamait auparavant. Les Aruc en se divisant entraînent inévitablement des dissensions au sein du mouvement citoyen qui ne se reconnaît plus très bien parmi les tendances et délégués.

Aujourd'hui, le mouvement citoyen n'a que faire de l'aile dialoguiste ou de celle de non-dialoguiste, il n'a que faire de ces querelles de chapelle. Il exige que les délégués se rencontrent pour régler définitivement leur conflit. Leur obligation est de ne former qu'une seule aile et leur responsabilité les condamne à réussir. Dans le cas contraire les citoyens de Kabylie ne pardonneront jamais le sang versé pour une manipulation.

Le combat continue.

Imazighen

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