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Association culturelle N'Imazighen

Bruxelles

Rédaction

 

 

Avril 1980, avril 2005

Un quart de siècle déjà ! Un quart de siècle que la violence institutionnelle s'exerce d'une façon ouverte sur une Kabylie en proie à la discrimination depuis l'assassinat d'Abane Ramdane fin 1957, en plein conflit pour l'indépendance. Les Boumédiéno-boussoufistes, à la solde du Nassérisme, voulaient empêcher que les Kabyles incarnent un mouvement de libération dont la portée politique et psychologique est mondiale.

La violence de l'Etat est restée permanente à l'égard de la Kabylie et elle peut " redoubler de férocité " dès lors que les Kabyles baissent la garde ou s'emploient à leurs chicaneries habituelles " de temps de paix " ! Arrestations, emprisonnements, assassinats directs ou voilés restent des options toujours ouvertes. La nouveauté est l'organisation de faillites économiques de certains acteurs via le fisc et la justice ou l'envoi à la retraite anticipée de certains gêneurs.

Ces pratiques ont montré et montrent encore une face déshonorante de l'Algérie et entament largement sa crédibilité à l'échelle internationale. Pour justifier la cruauté exercée à l'égard de la Kabylie, celle-ci est présentée dans les années 1980 comme un foyer de division dans lequel agissait la main de l'étranger ! Dans les années 2000, lors du printemps noir, la Kabylie devient un repère de voyous. Assassiné par un gendarme au sein d'une gendarmerie à Béni Douala, le jeune Guermah Massinissa est présenté ainsi par Zerhouni, ministre de l'intérieur ! Un de ses commissaires a même reproché aux Algérois, à la télévision d'état, de n'avoir pas défendu leur ville contre les hordes kabyles du 14 juin 2001 ! Sous d'autres cieux ça s'appellerait " incitation au crime et à la haine raciale ". En Algérie cela est resté impuni et il s'en est suivi 125 morts, abattus froidement et par calcul par des gendarmes, un des corps d'élite de l'armée algérienne.

Alors dans ces conditions, faut-il instaurer un climat de dialogue avec le pouvoir ? Pour y répondre, il faut d'abord rappeler les faits. En 1980 nous avons profité de l'accalmie estivale pour nous retrouver un certain nombre de militants à Yakouren (Azazga) et mener une réflexion autour de nos revendications. Il en est sorti la plate-forme de Yakouren que nous avons essayé de soumettre au débat du comité central du FLN de la même année. La réponse a été clairement une fin de non recevoir. En 2001, lors de la manifestation historique du 14 juin, les Archs ont tenté de remettre la plate-forme d'El Kseur à la présidence de la république. La même surdité a conduit également à la même fin de non recevoir. Ce que je veux dire par là, c'est que les discussions actuellement en cours avec une frange des Archs ne sont pas une offre de dialogue du pouvoir comme le suggèrent la presse et un certain nombre d'acteurs. Elles sont une réponse du pouvoir à l'offre de dialogue que la Kabylie pacifique a toujours voulu ouvrir et instaurer. Est- ce à dire que tout est résolu ? Certainement pas ! Des calculs politiciens sont toujours possibles. Mais la paranoïa n'est pas de mise pour nous qui avons toujours joué cartes sur tables. Ces calculs, s'ils sont avérés et ne sont pas une simple lecture de pensée de la part des septiques, il faut les repérer, les démontrer et les démonter.

Une négociation n'est pas une reddition. C'une procédure de discussion en vue de concilier des positions opposées. Il y a négociation lorsque l'accord ne coule pas de source et lorsqu'on ne veut pas d'une solution unilatérale. La négociation peut même porter uniquement sur comment pouvons-nous procéder pour dialoguer comme cela a été le cas entre les archs et Ouyahia sur les incidences. La négociation peut même être utilisée pour simplement garder contact et montrer notre bonne volonté dès lors que l'écoute est possible. C'est un acte de bonne foi et c'est la lecture que je fais des pourparlers en cours en Kabylie.

Ceci étant posé, il ne s'agit pas de déjuger les éléments des Archs qui disent non à toute discussion. A leur corps défendant, ces éléments exercent une pression sur les partenaires du dialogue pour montrer qu'il n'est pas possible de transiger sur l'essentiel. Ainsi les positions contradictoires des différents camps des Archs permet d'avoir une attitude générale de rigidité dans la souplesse. C'est une attitude positive à condition que l'un et l'autre camp cessent de se disqualifier et de s'accuser mutuellement de traîtrise et de tous les maux ! On y gagnerait à ce que chacun repère d'abord chez l'autre des points positifs aussi minimes soient-ils. Noircir entièrement le tableau lorsqu'il s'agit de l'autre est un aveu de faiblesse voire d'irresponsabilité.

Dans cette partie de bras de fer, comment peut-on interpréter le dépôt d'une gerbe de fleurs par Ouyahia sur la tombe de Guermah Massinissa ? En réalité, ce n'est ni une victoire, ni une trahison. Nous pouvons y déceler un geste de bonne volonté tout en insistant sur son caractère insuffisant. Comme disent les instituteurs, " peut mieux faire ". Si dans un premier temps ce geste peut permettre à certaines familles de défunts d'y voir un geste de reconnaissance et un moyen de faire leur deuil, ça serait déjà un petit pas de fait vers nos revendications. Une révolte n'a de sens que si elle entrevoit des pistes de règlement de conflit. Considérer la révolte dans l'absolu, c'est courir le risque d'en faire un caprice à l'échelle sociale. Se distinguer par la négative, c'est quand même recourir à un moyen déguisé de distinction et de tenter une attitude inconsciente de domination. En effet, qualifier l'autre de traître, c'est exercer sur lui une violence symbolique comme le décrit Bourdieu afin de le mettre dans une position d'inférieur, de disqualifier ses faits et gestes et de se considérer soi-même comme autorité légitime. Bourdieu précise qu' " en Kabylie, où la domination s'appuie avant tout sur les relations entre les personnes plutôt que sur les institutions, la violence symbolique apparaît comme un moyen aussi nécessaire qu'efficace d'exercer le pouvoir " .

Cette leçon de notre sociologue peut-elle nous servir à réfléchir sur l'urgence de bâtir des institutions en Kabylie et de les construire de manière à assurer le maximum de compétences à la région ? Visiblement ce que nous propose le pouvoir algérien ne marche pas, d'autant plus qu'il n'a fait que reprendre le système institutionnel colonial jacobin ! Un gouvernorat en Kabylie n'est pas dans le domaine des chimères. L'idée chinoise d'un pays deux systèmes mérite d'être débattue. Mais pour mettre tous ces problèmes à plat, les acteurs kabyles doivent cesser de confondre opinion et vérité et de se rendre à l'évidence qu'avoir des raisons ne signifie pas avoir raison !

Par Hacène HIRECHE
Enseignant Université de Paris 8.

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