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Association culturelle N'Imazighen

Bruxelles

Rédaction

 

 

Un quart de siècle … et toujours rien.

Un quart de siècle depuis le mois d'avril 1980, que l'émergence de l'identité berbère a pointé son nez publiquement en Kabylie, pour défier le pouvoir arabo-baâthiste. Celui-là même qui a confisqué l'indépendance nationale en se drapant d'une légitimité fabriquée. C'est finalement peu, comparé à plus de deux mille ans d'absence de mémoire, d'occultation volontaire et d'oubli de l'identité et de la langue berbères dans l'histoire de l'Afrique du Nord. Tout au long de ce mois d'avril 2005, les associations berbères d'Afrique du Nord et de la diaspora ont commémoré cet événement majeur qui a vu l'explosion au grand jour de la renaissance amazighe. Cependant, alors que les " autres " se préparent à célébrer la fête de la Jeunesse et de l'Indépendance en Algérie, les Kabyles, citoyens de seconde classe, se retrouvent exclus. En attendant des jours meilleurs, ils continueront de rendre hommage, d'évoquer leurs martyrs et s'incliner devant le nombre sans cesse croissant de victimes tombées sous les balles du pouvoir assassin, au champ d'honneur de la cause amazighe.

Ainsi, a eu lieu en mai une évocation de l'assassinat (26 / 05/ 1993) de Tahar Djaout, enlevé aux siens par l'intégrisme, cette excroissance la plus hideuse d'un système où l'incompétence, l'irresponsabilité et la bêtise humaine sont érigées en valeurs sûres. C'était lui, Tahar Djaout, qui constatait dans " Ruptures " : le rêve de culture et d'élévation du pays s'est englué dans une immense bouffe ; qu'il s'est noyé dans une kermesse stomacale. Un pays en forme de bouche vorace et de boyau interminable, sans horizon et sans rêves ".

Ensuite, c'est ce dimanche 19 juin 2005 qu'une délégation de l'association culturelle n'Imazighen s'est rendue à Paris, en réponse à l'appel lancé par " AKMAM " (Association Kabyle et Mémoire Améziane Mehenni), pour déposer une gerbe de fleurs en commémoration de l'assassinat d'Améziane Mehenni. Cela fait exactement un an que les criminels courent toujours alors que l'enquête n'a pas avancé d'un pouce. Quel bel hommage, plein de sincérité, émouvant que celui témoigné ce jour à ce jeune homme arraché à sa famille à la fleur de l'âge par cette foule nombreuse venue de tous les coins de France et d'Europe.

Il en sera de même au cours de la semaine prochaine pour une autre cérémonie à la mémoire du " Rebelle ", Matoub Lounès, ce chantre de la chanson, langue, culture berbères et l'icône de la jeunesse kabyle. C'est le lot de toutes les bonnes volontés engagées dans ce noble combat.
Il en sera ainsi jusqu'à ce que l'officialisation de la langue amazighe soit consacrée et la liberté recouvrée par le peuple kabyle.

La grande manifestation du Printemps berbère, née en Kabylie, organisée par les étudiants de l'université de Tizi-Ouzou, suite à une interdiction d'une conférence de feu Mouloud Mammeri, était l'une des premières de cette importance jamais vue auparavant en Algérie.

La résurrection amazighe était née, présente, précise, encadrée par un mouvement d'essence démocratique aspirant à l'édification d'une société moderne plus juste, libre et égalitaire en droits pour tous et toutes. Les revendications étaient claires et sans ambiguïté : tamazight langue nationale et officielle, liberté d'association, de création, de presse et respect des droits de l'homme. Le Printemps berbère de 1980 n'a pas été seulement un coup de tonnerre dans un ciel arabiste serein mais aussi et surtout un gigantesque coup de pied dans la fourmilière qui a ébranlé irrémédiablement le système du parti unique, Etat dans l'Etat, et combien inique algérien. L'onde de choc, de cette révolution pacifique née en Kabylie, a dépassé de loin les frontières linguistiques et naturelles de cette région, son écho s'est répandu à travers les monts, vallées et montagnes, de l'Afrique du Nord jusqu'aux Iles Canaries.

Cependant, il serait candide de croire que tout ceci est arrivé uniquement par le fait qu'un écrivain d'origine kabyle, aussi savant et éminent soit-il, ait déclenché à lui tout seul un mouvement d'une telle ampleur à la suite d'une conférence annulée. Le genre humain dispose d'une mémoire sélective, il est ainsi fait, pour ne retenir souvent que les événements jugés utiles pour son travail en oubliant parfois de nous rapporter l'essentiel.
En effet, il est tout à fait indéniable que sans le travail important accompli par l'Académie berbère dans la sensibilisation et l'éveil de la conscience berbériste, il n'y aurait jamais eu de Printemps berbère en Kabylie. L'Académie berbère a connu un grand succès, important et efficace qui a affolé les régimes algérien et marocain de l'époque. Dès lors, il est tout à fait incompréhensible de ne lire que rarement, à quelques exceptions près, le nom de cette cheville ouvrière qu'est M. Bessaoud Muhend-Aarav /Jacques Bénet, que l'association culturelle n'Imazighen considère comme le véritable " père spirituel " de ce combat identitaire berbère. C'est le souhait de Dda Muhend Aarav de voir le nom de M. Jacques Bénet, ancien député, un grand ami dévoué à la cause amazighe, hier comme aujourd'hui, associé au sien dans toute citation le concernant.

Rappelons juste deux événements parmi tant d'autres, en rapport avec le travail de l'Académie berbère.

- En juin 1974, Larbaa Nat Yiraten (ex-Fort National) en Kabylie : la Fête des cerises avait connu ses premiers incidents. En effet, les forces de répression chargent 6.000 spectateurs kabyles qui ne voulaient plus entendre dans leur propre fête de chanteurs arabophones.

- En juin 1977, lors de la finale de coupe de football d'Algérie disputée sur le stade du " 5 juillet " à Alger entre l'équipe J.S.K. (Jeunesse Sportive Kabylie) et le N.A.H.D. (équipe algéroise), le président Boumediene avait été abondamment conspué à la tribune d'honneur par les supporters kabyles et l'hymne national défié. Ensuite, après le match, les supporters kabyles s'étaient répandus dans le centre de la capitale où ils manifestèrent toute la nuit, sans réaction de la police, endommageant des symboles de célébrités arabisantes.

- En avril 1980, arriva cet événement dénommé le " Printemps berbère ".

Sans cet éveilleur de conscience berbériste qu'était M. Bessaoud Muhend Aarav, nous n'aurions jamais connu de mouvement culturel berbère.

Hamdis Chérif
Juin 2005
Bruxelles - Belgique

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