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Tous les médias internationaux ont fait le choix de leur personnalité de l'année.
C'est une très belle tradition qui fait annuellement la lumière sur les
actions positives ou négatives d'un homme ou d'une femme. Cette année par
exemple, Time's magazine a décidé de couronner un pronom personnel "you ",
toi en anglais. Que représente ce choix pour le moins original, mais ô
combien pertinent ? L'internaute, le blogueur et autre surfeur qui ont
révolutionné l'information et sa circulation dans le cyberespace.
Quid de nos pauvres imazighen qui viennent d'accueillir leur nouvelle année
? Qui peut bien être leur homme de l'année ? Ce ne sera en aucun cas un
quelconque internaute. Malheureusement, ils n'ont pas encore accès
majoritairement à cette technologie. Seule une frange, qui doit s'estimer
privilégiée, en a la possibilité. Même si Internet est devenu, par la force
des choses, un refuge où l'amazighité s'est salutairement réfugiée. Avec
bonheur. Car elle peut y être promue dans une liberté presque totale, loin
du racisme abjecte qui prime encore et toujours dans les médias marocains.
Il est clair qu'il reste encore plusieurs années et beaucoup d'efforts à
faire avant d'atteindre le niveau des pays développés concernant l'accès à
Internet. En fait, chez nous, la fracture technologique prend tout son sens.
Et pour cause. Les nôtres n'ont nullement les moyens pour se permettre d'avoir
une connexion Internet et participer massivement à cette révolution
numérique qui a cours sous nos yeux. Peut-être un jour l'internaute amazigh
va être primé ! En tous les cas, on l'espère !
Pour autant, ce ne sera pas de sitôt lorsqu'on sait que les Amazighs meurent
encore de froid et de maladies bénignes. Dans le silence le plus total.
Manque de bol, ils ne sont pas arabes. Est-ce que vous vous rappelez les
Libanais lors de leur dernière guerre avec les Israéliens ? Touché au plus
profond de lui-même, le régime marocain n'a pas hésité à débloquer, avec une
célérité déconcertante, la bagatelle de 5 millions de dollars pour les
aider.
Certains Libanais, chanceux il faut le dire, ont même été rapatriés au Maroc
pour être hébergés et soignés gratis. Même les médecins et les pharmaciens
marocains y sont allés avec leur couplet. Dans un élan de solidarité
impressionnant, ils ont constitué dans la foulée un collectif pour aller
soigner leurs frères arabes. Et les enfants et les femmes amazighs d'Anfgou,
Tounfit et tout le Moyen-Atlas, qu'ils crèvent donc ! Bon débarras, doivent
se dire tous les Amazighophobes notoires haut bien placés ! Et alors comment
expliquer leur totale inaction face à la mort qui sévit chez les descendants
de Moha ou Hemmou Azayyi ?
En fait, si on revient à nos moutons après cette mise au point plus que
nécessaire, l'homme de l'année ne peut être que la femme amazighe.
Surprenant, n'est-ce pas ? En fait pas tant que cela. Si vous y réfléchissez
un tantinet soit peu, je suis intimement sûr que vous, lecteurs, vous
partagerez volontiers ce choix. Malgré toutes les exclusions et toutes les
injustices dont elle est continuellement victime, la femme amazighe est
toujours là, vivante, patiente, debout...
Vous n'êtes pas sans savoir que son sort est terriblement difficile. Car
elle n'est pas seulement dominée par son conjoint, son frère, son époux et
toute sa parenté masculine. Elle l'est aussi par l'homme arabe, qui est
comme vous le savez le maître absolu du pays. Rien ne peut se faire sans son
feu vert. Il est le mâle dominant qui décide et impose ce que bon lui
semble.
Ensuite, il y a la femme arabe, dominée elle-même par l'homme arabe, qui
donne un sens exclusivement arabe à ses actions militantes. Chauvine à l'extrême,
on n'entend qu'elle. Car elle monopolise jalousement la parole sans jamaisévoquer un tant soit peu la situation catastrophique de la femme amazighe.
Conditionnée pendant des décennies à avoir le regard rivé sur le
Moyen-Orient, pour qu'elle change, il faudra attendre peut-être la fin des
temps.
En fait, même si elles habitent le même pays- les femmes arabe et amazighe-,
l'une et l'autre évoluent dans deux mondes irréconciliables. Jugeons-en :
ces derniers temps, la femme arabe parle de problématiques qui sont à des
années lumières des préoccupations quotidiennes de la femme amazighe : le
débat sur la nationalité des enfants illustre parfaitement ce hiatus
abyssal. Interrogez à ce propos n'importe quelle femme des hauteurs
miséreuses de l'Atlas ou des montagnes chauves du Rif ou des vallées en voie
de désertification rapide du Souss ou des plateaux désespérément nus du
Sud-Est, et vous aurez en guise de réponse un sourire plus qu'ironique !
Au Maroc, et pour schématiser un peu, la domination fonctionne à plein
régime. Comme toutes les dominations, elle a une forme pyramidale. Bien sûr
l'homme arabe est au sommet, suivi par la femme arabe. Après, c'est l'homme
amazigh et en bas de l'échelle, c'est la femme amazighe. En fait, comme vous
pouvez le constater, elle est triplement dominée. On peut donc aisément
penser qu'elle se plaint tout le temps. Oh que nenni ! Il n'en est
absolument rien. On ne l'entend même pas. Comme si elle n'avait pas de
problèmes. Par moment, on s'interrogeait si elle est encore du monde des
vivants. Tellement elle brille par sa discrétion. On ne le sait qu'assez,
les grandes douleurs sont toujours tues.
En fait, son premier souci est de manger et faire manger ses enfants, se
soigner et soigner sa progéniture, c'est la pluie et la sécheresse.... Que
dire, que du terre-à-terre ! On parle ici des enfants lorsqu'elle a la
chance inouïe de se marier. Il faut savoir que nos montagnes et nos plaines
se sont petit à petit vidées de leurs populations masculines. Devant les
horizons continuellement sombres, une bonne partie de nos jeunes ont choisi
de prendre le large. Il y en a qui partent légalement, mais il y en a aussi
qui choisissent la manière radicale : " brûler " quitte à se brûler. Une
véritable hémorragie qui n'inquiète presque personne.
A son corps défendant, le Détroit, qui a vu à une autre époque plus
glorieuse les guerriers amazighs de Tarek le traverser fièrement, est devenu
une nécropole aquatique qui a englouti beaucoup de vies et autant de rêves.
Un vrai suicide collectif qui n'émeut que quelques spécimens rares pourvus
encore d'une once d'humanité.
L'émigration, qui n'est qu'une résultante des politiques sans queue ni tête
du régime marocain, a irrémédiablement installé un déséquilibre
démographique dangereux et compromis irrémédiablement l'avenir de la société
amazighe. Sans vouloir jouer bêtement aux Cassandre, à terme, son existence
même est menacée. Le renouvellement de générations est loin d'être assuré.
Car beaucoup de nos jeunes filles n'auront jamais droit à un mari. Il faut
savoir que pour elles, le mariage apparaît comme la seule possibilité d'exister
socialement.
Mais lorsqu'on sait, à titre d'exemple, que certains villages du Souss- c'est
sans doute le cas dans les autres régions amazighes- sont exclusivement
féminins avec quelques vieillards et quelques infirmes, ce n'est vraiment
pas demain que notre jeune fille va croiser son prince charmant. Car les
garçons ne rêvent que de partir si déjà ils ne sont pas partis. Certains
pour toujours. Laissant, seule, notre femme amazighe à ses souffrances.
Mais cela ne l'empêche jamais de toujours sourire...tristement.
Lahsen Oulhadj
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