ACCUEIL Activités associatives Toute notre actualité Brèves Liens

 

Contact :

Association culturelle N'Imazighen

Bruxelles

Rédaction

 

 

J'accuse…!

(voir le communiqué en fin d'article)

par Fatima Alahyan
Asif n Dades, Warzazat, Maroc
Etudiante résidente à Rennes, France

J'accuse l'Etat marocain d'exterminer mon peuple, d'effacer mon histoire et
de brûler ma culture.

J'accuse l'Etat marocain de détruire l'amazighité, de vouloir assassiner les
militants les plus acharnés qui se battent pour la liberté et la dignité de
leur peuple, de les jeter en prison et de les corriger quand ils osent
revendiquer leurs droits les plus naturels sur leur propre terre.
J'accuse l'Etat marocain, état panarabiste, amazighophobe et menteur par
excellence, d'enterrer ma culture, d'enraciner mes racines, mon histoire au
profit d'une doctrine xénophobe conforme à une conception erronée du vrai
islam, au profit d'une race qui veut aveuglement s'imposer aux autres races,
au profit d'une mentalité complètement sournoise, d'un imaginaire arabesque
au milles et unes bagatelles.

J'accuse l'Etat marocain de discriminer les Imazighen aussi bien dans le
sens négatif que dans le sens positif, de placer à la tête de quelques
institutions amazighophobes par nature, des marionnettes amazighes, traîtres
arabisés, pour faire croire aux Marocains que non seulement les Imazighens
sont très bien intégrés dans la société marocaine mais en plus de cela, ils
nous gouvernent !

J'accuse cet Etat raciste de mentir à ses citoyens et de leur avoir fait
croire, grâce à une propagande bien organisée, que le Maroc est un pays, on
ne peut plus, arabe et qu' il fait partie de cet ensemble illusoire qu'est
le Grand Maghreb Arabe.

J'accuse le Roi du Maroc de se taire, de négliger mon amazighité comme
l'amazighité de tout un peuple et de participer à l'arabisation du pays.
J'accuse le Commandeur des Croyants, Amir Al Muminine, d'avoir donné le feu
vert, avec son silence actuel, aux panarabistes pour anéantir ma culture.
J'accuse tous ceux qui participent à l'enterrement de ma culture, à sa
destruction massive et au développement d'une idéologie destructrice qu'est
le panarabisme, une idéologie qui risque, un jour, de subir une
contre-attaque amazighe sanglante et sans précédent.

J'accuse tous les vices de cette énorme machine qui a pour seul objectif de
rayer toute trâce de l' amazighité sur la carte marocaine.
J'accuse, et j'accuserai sans cesse, l'Etat marocain et ses ministres, ses
marionnettes, ses pions de service, ses espions, ses vautours, ses traîtres
et ses pigeons sans cervelle de contribuer au développement de
l'amazighophobie, d'égorger mon peuple, de le mutiler et de le fouetter
jusqu' à sa mort. Et je pèse mes mots.

J'accuse l'Etat marocain de me priver de la liberté de m'exprimer avec ma
langue, langue maternelle de la majorité des Marocains, car ne pas
reconnaître cette langue qui est dans le coeur de 75 % de Marocains, c'est,
bien sûr, leur imposer de ne parler que l' arabe.

J'accuse l'Etat marocain de ne pas reconnaître officiellement mon existence!
J'accuse l'Etat marocain de m'interdire d'appeler mes futurs enfants comme
je le souhaite, avec des prénoms typiquement amazighs. J'accuse l'Etat
marocain dès maintenant de vouloir arabiser des milliers d'enfants dès leur
naissance, avant même de leur laisser le temps de respirer et d'exprimer
leurs premiers cris et pleurs.

J'accuse l'Etat marocain de refuser d'admettre que je suis TAMAZIGHTE et non
ARABE, de vouloir faire de moi une prostituée pour le compte de l'arabisme
et de vouloir me transformer en danseuse de ventre pour assouvir les
plaisirs de ces racistes.

J'accuse l'Etat marocain de me dénuder en exterminant mon amazighité.
J'accuse l'Etat marocain de vouloir faire du Maroc le pays de Sindbad le
Marin et de mollarder sur les Imazighens.
J'accuse l'Etat marocain de mentir, encore une fois, aux citoyens en payant
des enseignants d'Histoire, non pas pour une mission d'éducation et
d'instruction, mais pour faire absorber aux étudiants l'Histoire du Maroc,
une fable erronée et minutieusement falsifiée, et liquider le terme"amazigh"
de leurs programmes officiels.

J'accuse, je continue à accuser et je ne cesserai d'accuser, l'Etat marocain
de cracher sur mon histoire, sur mes ancêtres, de blesser au quotidien mes
frères et soeurs dans leur amour propre, Imazighens qu'on ne respecte pas et
vivant sans aucune dignité depuis leur naissance.
J'accuse l'Etat marocain, et il ne me privera jamais de le vociférer, de
canonner l'amazighité sur la terre que nos ancêtres ont cultivé de leurs
propres mains, autochtones de toute l'Afrique du Nord.

J'accuse cet Etat despote de réduire ma civilisation à néant, de priver mon
peuple de ses droits à cause de sa race et de lui laisser qu'une seule
liberté : cette de choisir entre l'acceptation de l'arabisation ou l'exil.
J'accuse ces autocrates qui nous gouvernent de crime contre l'humanité!
Crime contre des milliers d'êtres humains qui ne demandent qu'à vivre
dignement. Car détruire un Amazigh, c'est lui arracher son coeur!
J'accuse l'Etat marocain d'occuper tous les secteurs qui touchent
directement ou indirectement à la vie du citoyen marocain, d' y envoyer des
espions pour l'endoctriner pour le compte du panarabisme, bien évidemment
Faire de chaque victime un amazighophobe de plus.

J'accuse l'Etat marocain, comme les Etats concernés par ce problème byzantin
qu'est la "question amazighe", (un peu à l'image de la "question juive" au
quelle il faut trouver, le plus rapidement possible, une "solution finale"
et on sait tous que le Zyklon B a fait ses preuves...) de pondre, chaque
jour, des amazighophobes prêts à défendre l'arabisme, involontairement et
inconsciemment.

J'accuse les amazighophobes de réduire l'amazighité à un tribalisme sauvage.
J'accuse ces manipulateurs de nous décrédibiliser sans cesse, de nous
amoindrir, de nous affaiblir et de nous dévaloriser en permanence dans le
but de nous faire résigner. Mais en vain.
Enfin, j'accuse, je ne cesserais de le crier haut et fort, dans la sphère
privée comme dans la sphère publique, l'Etat marocain de vouloir obtusément
DYNAMITER l'amazighité.

Accusons, dénonçons, crions au scandale et exprimons notre exaspération,
notre ras-le-bol, sans cesse et sans lassitude, de cette situation aberrante
dans laquelle les Imazighens sont depuis des siècles!
Car se montrer passif, c'est donner le feu vert aux panarabistes.
Pis : se taire, c'est les applaudir.

Communiqué :

Par Fatima Alahyan

Je soussignée Fatima Alahyan, étudiante et domiciliée à Rennes, affirme avoir fait l'objet d'intimidation et de surveillance par certains individus, sans aucun doute des agents des services secrets marocains, juste après avoir fait publier sur le site Internet Amazighworld.com un texte dont je suis l'auteur « J'accuse », par conséquent à cause de mon militantisme pour une cause noble et légitime qu'est la cause amazighe.

J'ai été intimidée et surveillée plusieurs fois en une semaine, c'est à dire du Vendredi 10 au Vendredi 17 novembre. Ces personnes ont cessé de me surveiller, du moins, elles ne sont plus dans mon champ de vision, après avoir publié un communiqué détaillant les propos du texte « J'accuse » afin qu'ils ne soient pas interprétés dans un sens qu'ils les arrangeraient…

Pendant cette semaine et c'est toujours le cas, j'ai dû éviter de sortir seule et de

m' accompagner d' une tierce personne afin de ne pas être persécutée par ces hommes dépourvus de respect envers ma personne étant donné ma vie privée et mon intimité atteintes. Ils ont pris du plaisir à me suivre, à marcher derrière moi, à me jeter des regards froids, à me faire des signes et à m'espionner de loin etc …

Le premier jour, un homme, portant un costume digne de celui d' un agent des services secrets, est venu me voir dans la salle informatique (salle équipée d'un système de vidéosurveillance ) et a osé se faire passer pour un « étudiant en master », mais quel master ? Généralement, on étudie une discipline et non pas un diplôme … ). Ayant un accent typiquement marocain, il m'a dit qu' il était perdu et qu'il avait besoin d'aide. Je lui ai répondu, bien que j'ai compris ses propos. Extrêmement surprise par sa demande rapide de faire ma connaissance avec des questions comme « Qui es-tu ? », « Tu viens d'où ? », « Tu fais quoi dans la vie ? », « Tu es de quelle origine ? ».

Bien que j'ai bien compris ses propos, je lui ai répondu que « Je ne comprends pas

l'arabe et que je ne suis pas Arabe », que je refusais de le connaître, qu'un accueil efficace était réservé aux étudiants étrangers et que les fonctionnaires justement étaient payés pour l' aider. Il a insisté en s'approchant davantage de moi et en me regardant dans les yeux mais j'ai persisté. Il m'a souhaité bon courage en dirigeant ses yeux vers l'ordinateur (bon courage pour d'éventuels futurs articles en fait …), avec une grande hésitation, et m'a salué. Je pensais qu'il était parti mais il s'est installé à quelques mètres de moi, tenant un téléphone mobile atypique et

m'observant sans cesse pendant une bonne demi-heure. Je ne pouvais donc sortir seule de la salle car je m'attendais à ce qu'il m'attende à l'extérieur. J'ai donc envoyé deux étudiantes pour aller voir si cet homme était bien parti et elles sont revenues angoissées en me disant qu'une voiture atypique aussi, noire, aux vitres cintrées, étaient garées devant l'université. Il faisait nuit, j'ai prévenu l'administration, la police et je suis rentrée chez moi accompagnée. Accompagnée les jours suivants également car des hommes (typiquement marocains ) me suivaient en permanence jusqu'à avoir fait publier un communiqué expliquant certains propos de « J'accuse » sur le site Yafelman. L'intimidation, moyen inefficace pour faire taire une personne défendant une juste cause, a duré une semaine.

Je précise bien que je n'ai été agressée ni verbalement ni physiquement mais j'estime avoir été agressée psychologiquement car non habituée à une telle barbarie dans une terre des droits de l'homme.

Une chose est sûre : ils ne pourront jamais ôter Tamazight de mon cśur.

Fait le 23-11-2006 – Rennes - France

Alahyan Fatima.

Asif n Dade -Wrazazat - Sud-Est - Maroc

Agenda