ACCUEIL Activités associatives Toute notre actualité Brèves Liens

 

Contact :

Association culturelle N'Imazighen

Bruxelles

Rédaction

 

 

Entretien avec Boudjema Agraw

La fête du printemps berbère à Bruxelles (Tafsut), pleinement réussie, s'est déroulée en présence d'un convive de marque, Boudjema Agraw, chanteur et délégué du "Mouvement citoyen".

 

monde-berbere.net : quels sont les points réglés de la plate forme d'El-Kseur et ceux qui sont en discussion ?

Boudjema Agraw : nous avons un pouvoir qui marche comme une tortue. Pour le moment, on s'occupe plus des victimes, des blessés car des personnes ne sont pas encore guéries et d'autres doivent encore faire des opérations. Nous nous occupons également des gens concernés par le statut de martyr, le statut de blessé. Des points ont déjà été réglés tels que les élections, les impôts, le plan spécial pour la Kabylie. Tous les points ont déjà été discutés. Reste la signature du protocole et passer à l'action en mettant sur pied des commissions de suivi pour réaliser ce qui a été discuté et réaliser les points de la plate-forme d'El-Kseur. Cela va doucement, espérons que cela aille sûrement !

Le dialogue actuel avec le gouvernement se passe donc bien ?

Tous les points ont été discutés et seront réalisés sauf le problème de Tamazight qui va être discuté le 25 avril 2006. Il y a déjà eu des discussions à ce sujet, le mot "officielle" pour Tamazight n'est pas encore clair mais des choses concrètes vont s'élaborer : un centre de formation, une académie, une télévision et des moyens pour que Tamazight soit officielle d'elle-même dans peu de temps.

Quelles sont les raisons de la division du mouvement citoyen ?

Tout le monde sait que la division est venue des partis politiques. Ils n'ont pas aimé qu'une nouvelle génération émerge. C'est à partir de là qu'ils ont eu peur pour leur parti, pour leur place (une quinzaine de personnes au RCD et FFS). Le pouvoir a aussi participé à la division. Quand on mène un combat pacifique depuis 5 ans, on voit l'essoufflement des citoyens.

Que se passe t-il si le pouvoir continue à faire la sourde oreille aux points non réglés de la plate-forme d'El-Kseur ?

Le combat continue jusqu'à l'aboutissement de tous les points. Nous sommes inscrits dans la durée, avec un combat pacifique jusqu'à satisfaction totale de la plate-forme.

Donnez-nous votre impression sur l'évolution depuis 2001 des droits de l'homme et ceux de la femme. Pour chacun, se sont-ils améliorés, ont-ils stagnés ou ont-ils régressés. A votre avis, pourquoi ?

Tout le monde le sait, dans un pays du tiers-monde, la démocratie est une démocratie de façade. On dit qu'on est un pays démocrate mais finalement, le pouvoir fait ce qu'il veut. On stagne, même s'il y a quelques ouvertures, y compris dans le code de la famille. La femme reste toujours opprimée et les citoyens les plus pauvres sont toujours dans la même situation qu'il y a 20 ans. Tant que le sac de semoule coûte 3000 dinars, qu'un sachet de lait coûte 25 dinars et qu'un simple ouvrier touche 10.000 dinars, on ne peut pas vivre avec 10.000 dinars ! C'est à partir du moment où le simple citoyen peut vivre décemment qu'on peut parler d'évolution. On nous dit que l'Algérie est riche mais on ne le voit pas, nous, simples citoyens. Le jour où tous les produits de première nécessité seront à la portée du tous, nous pourrons dire qu'il y a une évolution.

Que pensez-vous de l'avertissement depuis quelques temps d'une Kabylie qui s'islamise peu à peu ?

C'est vrai qu'il y a un problème d'islamisation en ce moment mais la Kabylie a toujours été d'avant-garde. C'est peut-être un phénomène passager qui est dû à la démobilisation du citoyen en Kabylie. Je ne pense pas que la Kabylie pliera à cet intégrisme qui est peut-être dû au manque d'action. Les gens sont fatigués. Il y a eu 130 morts et des milliers de blessés, d'handicapés. La Kabylie reprend son souffle, je suis persuadé que ce phénomène ne se développera pas en Kabylie.

Pourquoi, après avoir résisté autant de temps à cette radicalisation, la Kabylie plie t-elle ?

Je ne pense pas que ce soit la Kabylie qui ait plié. C'est le pouvoir qui a plié. Nous sommes un mouvement de citoyens, nous défendons l'intérêt de tous les Algériens mais malheureusement, il n'y a que la Kabylie qui bouge. Nous avons mené le combat pendant 5 ans, jusqu'au jour où le pouvoir nous a appelé pour la mise en œuvre. Les négociations font aussi partie du combat pacifique. Ou on négocie ou on fait la guerre. Il y a eu des manifs, il y a eu de la casse, il y a eu des morts. On a su donner un sens à ce combat de façon à ce qu'il soit politique et pacifique parce que les pertes humaines et même matérielles ne font que démunir encore la Kabylie. Quand on fait ce genre de combat, il arrive un jour où on se radicalise et on fait la guerre ou on négocie. Nous avons préféré négocier parce que le dialogue et les négociations font aussi partie de la société civilisée. Et puis, il faut aussi réfléchir aux conséquences. Des investisseurs ont peur d'investir en Kabylie car il y a des problèmes. Ils savent qu'ils peuvent faire confiance aux Kabyles. Ils sont travailleurs, intelligents, ils ont un penchant pour l'Occident plutôt que pour l'Orient. A Vgayet (Bougie), il y a un port, un aéroport, tous les moyens sont là pour que les investisseurs réussissent. Ils vont venir et ils ne regretteront rien. Ils savent que nous ne sommes pas des casseurs. Ils savent que nous sommes sortis dans la rue pour demander un minimum de démocratie. Et un pouvoir civilisé qui travaille dans l'intérêt de sa population ne peut qu'être d'accord avec ça. Mouloud Mammeri disait : on fait ce qu'on peut mais on ne fait pas ce qu'on veut. On fera toujours en Kabylie ce qu'on peut.

On a un pouvoir central en Algérie. Tout vient d'Alger. Il existe des voix qui appellent à une gestion régionale, à l'autonomie. Croyez-vous que ce soit une solution ?


Tous les problèmes ont des solutions. Et toute solution qui peut arranger la Kabylie est la bienvenue. Si demain en Kabylie, les citoyens décident de se diriger vers l'autonomie, je les suivrai bien sûr. Mais cette décision doit venir du peuple kabyle. Le mouvement des citoyens ne décide rien. Il fait ce que la population lui dit de faire.

Un message d'encouragement aux Kabyles ?

L'espoir fait vivre et nous n'avons pas d'autre solution que d'espérer et de travailler. Il faut s'unir. Nous sommes une génération de sacrifiés, nous devons nous sacrifier pour nos enfants qu'au moins eux ne vivent pas la misère que nous vivons actuellement.

Allez vous sortir un nouvel album ?

Un petit rappel : fin des années 70, c'était très difficile de s'exprimer autrement que par la chanson. On a donc choisi la chanson pour pouvoir s'exprimer et même là, c'était difficile. On a eu la chance de pouvoir dire ce que les gens pensent tout bas. On a pu tout dire devant des foules, c'est une chance qu'on a eue. On a pu s'exprimer sur la démocratie, sur Tamazight, sur les droits de l'homme et de la femme. On pensait plus à ça que d'être chanteur. Au bout de 10-15 ans, c'est devenu un métier, on n'avait pas d'autre métier. On continue grâce aux CD de crier à haute voix ce que pensent les gens. Je suis en train de faire un CD qui sortira au mois de juin en Algérie et entre juillet et septembre en France. Je tiens à ajouter un grand merci à tous les Belges et aux compatriotes en Belgique qui nous soutiennent.

Propos recueillis par Laurence D. et R. Belharet

Agenda