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monde-berbere.net
: quels sont les points réglés de la plate forme
d'El-Kseur et ceux qui sont en discussion ?
Boudjema Agraw :
nous avons un pouvoir qui marche comme une tortue. Pour le moment,
on s'occupe plus des victimes, des blessés car des personnes
ne sont pas encore guéries et d'autres doivent encore faire
des opérations. Nous nous occupons également des
gens concernés par le statut de martyr, le statut de blessé.
Des points ont déjà été réglés
tels que les élections, les impôts, le plan spécial
pour la Kabylie. Tous les points ont déjà été
discutés. Reste la signature du protocole et passer à
l'action en mettant sur pied des commissions de suivi pour réaliser
ce qui a été discuté et réaliser les
points de la plate-forme d'El-Kseur. Cela va doucement, espérons
que cela aille sûrement !
Le dialogue actuel
avec le gouvernement se passe donc bien ?
Tous les points ont
été discutés et seront réalisés
sauf le problème de Tamazight qui va être discuté
le 25 avril 2006. Il y a déjà eu des discussions
à ce sujet, le mot "officielle" pour Tamazight
n'est pas encore clair mais des choses concrètes vont s'élaborer
: un centre de formation, une académie, une télévision
et des moyens pour que Tamazight soit officielle d'elle-même
dans peu de temps.

Quelles sont
les raisons de la division du mouvement citoyen ?
Tout le monde sait
que la division est venue des partis politiques. Ils n'ont pas
aimé qu'une nouvelle génération émerge.
C'est à partir de là qu'ils ont eu peur pour leur
parti, pour leur place (une quinzaine de personnes au RCD et FFS).
Le pouvoir a aussi participé à la division. Quand
on mène un combat pacifique depuis 5 ans, on voit l'essoufflement
des citoyens.
Que se passe
t-il si le pouvoir continue à faire la sourde oreille aux
points non réglés de la plate-forme d'El-Kseur ?
Le combat continue
jusqu'à l'aboutissement de tous les points. Nous sommes
inscrits dans la durée, avec un combat pacifique jusqu'à
satisfaction totale de la plate-forme.
Donnez-nous votre
impression sur l'évolution depuis 2001 des droits de l'homme
et ceux de la femme. Pour chacun, se sont-ils améliorés,
ont-ils stagnés ou ont-ils régressés. A votre
avis, pourquoi ?
Tout le monde le sait,
dans un pays du tiers-monde, la démocratie est une démocratie
de façade. On dit qu'on est un pays démocrate mais
finalement, le pouvoir fait ce qu'il veut. On stagne, même
s'il y a quelques ouvertures, y compris dans le code de la famille.
La femme reste toujours opprimée et les citoyens les plus
pauvres sont toujours dans la même situation qu'il y a 20
ans. Tant que le sac de semoule coûte 3000 dinars, qu'un
sachet de lait coûte 25 dinars et qu'un simple ouvrier touche
10.000 dinars, on ne peut pas vivre avec 10.000 dinars ! C'est
à partir du moment où le simple citoyen peut vivre
décemment qu'on peut parler d'évolution. On nous
dit que l'Algérie est riche mais on ne le voit pas, nous,
simples citoyens. Le jour où tous les produits de première
nécessité seront à la portée du tous,
nous pourrons dire qu'il y a une évolution.

Que pensez-vous
de l'avertissement depuis quelques temps d'une Kabylie qui s'islamise
peu à peu ?
C'est vrai qu'il y
a un problème d'islamisation en ce moment mais la Kabylie
a toujours été d'avant-garde. C'est peut-être
un phénomène passager qui est dû à
la démobilisation du citoyen en Kabylie. Je ne pense pas
que la Kabylie pliera à cet intégrisme qui est peut-être
dû au manque d'action. Les gens sont fatigués. Il
y a eu 130 morts et des milliers de blessés, d'handicapés.
La Kabylie reprend son souffle, je suis persuadé que ce
phénomène ne se développera pas en Kabylie.
Pourquoi, après
avoir résisté autant de temps à cette radicalisation,
la Kabylie plie t-elle ?
Je ne pense pas que
ce soit la Kabylie qui ait plié. C'est le pouvoir qui a
plié. Nous sommes un mouvement de citoyens, nous défendons
l'intérêt de tous les Algériens mais malheureusement,
il n'y a que la Kabylie qui bouge. Nous avons mené le combat
pendant 5 ans, jusqu'au jour où le pouvoir nous a appelé
pour la mise en uvre. Les négociations font aussi
partie du combat pacifique. Ou on négocie ou on fait la
guerre. Il y a eu des manifs, il y a eu de la casse, il y a eu
des morts. On a su donner un sens à ce combat de façon
à ce qu'il soit politique et pacifique parce que les pertes
humaines et même matérielles ne font que démunir
encore la Kabylie. Quand on fait ce genre de combat, il arrive
un jour où on se radicalise et on fait la guerre ou on
négocie. Nous avons préféré négocier
parce que le dialogue et les négociations font aussi partie
de la société civilisée. Et puis, il faut
aussi réfléchir aux conséquences. Des investisseurs
ont peur d'investir en Kabylie car il y a des problèmes.
Ils savent qu'ils peuvent faire confiance aux Kabyles. Ils sont
travailleurs, intelligents, ils ont un penchant pour l'Occident
plutôt que pour l'Orient. A Vgayet (Bougie), il y a un port,
un aéroport, tous les moyens sont là pour que les
investisseurs réussissent. Ils vont venir et ils ne regretteront
rien. Ils savent que nous ne sommes pas des casseurs. Ils savent
que nous sommes sortis dans la rue pour demander un minimum de
démocratie. Et un pouvoir civilisé qui travaille
dans l'intérêt de sa population ne peut qu'être
d'accord avec ça. Mouloud Mammeri disait : on fait ce qu'on
peut mais on ne fait pas ce qu'on veut. On fera toujours en Kabylie
ce qu'on peut.
On a un pouvoir
central en Algérie. Tout vient d'Alger. Il existe des voix
qui appellent à une gestion régionale, à
l'autonomie. Croyez-vous que ce soit une solution ?
Tous les problèmes ont des solutions. Et toute solution
qui peut arranger la Kabylie est la bienvenue. Si demain en Kabylie,
les citoyens décident de se diriger vers l'autonomie, je
les suivrai bien sûr. Mais cette décision doit venir
du peuple kabyle. Le mouvement des citoyens ne décide rien.
Il fait ce que la population lui dit de faire.
Un message d'encouragement
aux Kabyles ?
L'espoir fait vivre
et nous n'avons pas d'autre solution que d'espérer et de
travailler. Il faut s'unir. Nous sommes une génération
de sacrifiés, nous devons nous sacrifier pour nos enfants
qu'au moins eux ne vivent pas la misère que nous vivons
actuellement.
Allez vous sortir
un nouvel album ?
Un petit rappel : fin
des années 70, c'était très difficile de
s'exprimer autrement que par la chanson. On a donc choisi la chanson
pour pouvoir s'exprimer et même là, c'était
difficile. On a eu la chance de pouvoir dire ce que les gens pensent
tout bas. On a pu tout dire devant des foules, c'est une chance
qu'on a eue. On a pu s'exprimer sur la démocratie, sur
Tamazight, sur les droits de l'homme et de la femme. On pensait
plus à ça que d'être chanteur. Au bout de
10-15 ans, c'est devenu un métier, on n'avait pas d'autre
métier. On continue grâce aux CD de crier à
haute voix ce que pensent les gens. Je suis en train de faire
un CD qui sortira au mois de juin en Algérie et entre juillet
et septembre en France. Je tiens à ajouter un grand merci
à tous les Belges et aux compatriotes en Belgique qui nous
soutiennent.
Propos recueillis
par Laurence D. et R. Belharet
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