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La réunion que
les cadres du M.A.K viennent de tenir à Marghna (commune
d'Illoula ou Malou) vendredi 10/03/06 a débuté après
le dépôt d'une gerbe de fleurs sur la tombe d'Ameziane
Mehenni. Ses travaux ont porté sur l'analyse de la situation
de l'Algérie en général et de la Kabylie
en particulier. Les conclusions qui en sont tirées sont
particulièrement alarmantes pour notre région martyre.
Depuis près
de cinq ans en effet, la Kabylie, plus qu'aucune autre partie
du pays, est livrée, à un climat d'insécurité
qui gangrène le quotidien des citoyens. Après les
massacres du " printemps noir " la région subit
la loi de toutes sortes de banditisme, du racket et des kidnappings
opérés par les groupes terroristes salafistes ou
mafieux. Il ne se passe presque plus de jour sans que l'on y enregistre
un meurtre crapuleux. Il est évident que l'Etat a les moyens
d'y mettre un terme. Tout porte à croire qu'il s'y refuse
obstinément en représailles contre le départ
des gendarmes de quelques localités où leurs brigades
évacuées ont été détruites
après leurs crimes de 2001-2003.
La drogue et la prostitution y constituent des fléaux sur
lesquels les services de sécurité auraient reçu
l'ordre de fermer les yeux.
Sur le plan économique,
les 2 milliards de dollars annoncés pour la reconstruction
de la région, après cinq ans de troubles, sont pour
le moment invisibles. Il est inadmissible que seuls les Walis
qui ne sont pas élus aient le monopole de leur affectation.
Nous suggérons qu'une commission de contrôle de la
destination des fonds soit créée au sein de chaque
APW (Conseil régional) pour en suivre et contrôler
la consommation et la réalité des dépenses.
Il est inadmissible encore que les décisions de ces instances
élues soient soumises au veto du Wali qui en fait ce qu'il
veut.
Par ailleurs, la fermeture de l'aéroport de Vgayet pour
cause de réfection de sa piste d'atterrissage, à
partir de septembre 2006, ne serait qu'un prétexte pour
y supprimer les vols internationaux au profit de l'aéroport
de Sétif. Ce qui serait une autre preuve flagrante de discrimination
contre la Kabylie.
Sur le plan culturel, seule une clientèle acquise au pouvoir
bénéficie de quelques miettes comme prix d'humiliation
de sa région. Heureusement que Berbère-tv existe
en France pour l'expression des talents de la liberté.
L'offensive que mène
le pouvoir algérien contre le Droit, à l'échelle
de l'ensemble du pays, se caractérise d'un côté
par les atteintes à la liberté de la presse, et
de l'autre par la mise en uvre de la loi portant application
de la " charte pour la réconciliation nationale ".
La libération, en vertu de cette loi, de milliers de terroristes
contraste avec l'emprisonnement des journalistes. Ceux-ci sont,
Mohamed Benchicou à leur tête, les derniers prisonniers
politiques du pays.
Quant à la remise en liberté de criminels de sang
au motif qu'ils avaient tué au nom d'une idéologie
islamiste ne manquera pas de ramener l'Algérie à
1991-92 et probablement à une nouvelle déstabilisation
des fondements de l'Etat qui, déjà, se plie à
la " charia ". Les appels à la prière
par toutes les radios et toutes les télévisions
cinq fois par jour, décidée récemment, sont
un gage du pouvoir donné à l'intégrisme et
une volonté affichée de se conformer au dictat des
terroristes. L'Algérie s'éloigne ainsi plus que
jamais de la perspective d'une réelle démocratie
et risque, même à court terme, de faire peser sur
les Etats de la Méditerranée de graves menaces terroristes.
L'Algérie vient de transformer la défaite militaire
des salafistes en leur victoire politique totale. Et c'est bombant
le torse et chantonnant " aliha nahia, aliha namut "
(c'est pour l'Etat islamique nous vivons, pour lui nous mourrons)
que les libérées sont rentrés chez eux où
ils sont accueillis en héros. L'Etat islamiste est déjà
là. La Kabylie qui, selon les résultats officiels
du referendum du 29/09/05, a boycotté à près
de 90% ladite consultation, met en garde contre toute dérive
restreignant les libertés démocratiques en Algérie
en général et chez elle en particulier. Le MAK qui
condamne toute violence politique est une fois de plus, par la
tournure que prennent les événements et les perspectives
politiques dangereuses du pays, conforté dans la justesse
de son combat pacifique et démocratique pour l'autonomie
de la Kabylie. Il plaide en faveur de la raison et du sens des
responsabilités pour une évolution ordonnée
vers la mise en place d'un Etat régional local.
La fermeture des écoles
privées à partir de la fin de l'année scolaire
en cours est un coup porté à la qualité de
l'enseignement que l'on ampute d'un élément de comparaison
et d'émulation, comme on ampute la Kabylie de la possibilité
de développer des compétences et des cadres de valeur
internationale formés dans des langues et des culture de
la science et de la rationalité. Le pouvoir est mal inspiré
de revenir aux réflexes des années de dictature
pendant lesquelles il était obnubilé par sa soif
de tout arabiser, de tout islamiser et d'effacer toute trace de
kabyle, de tamazight ou de français chez nous. C'est ce
qui a mené le pays aux années de terrorisme islamiste
dont, par ailleurs, il n'est pas près de sortir ; surtout
depuis (et surtout à cause de) l'amnistie en faveur des
sanguinaires du GIA et du GSPC.
Nous saisissons cette
opportunité pour, également, interpeller les élus
kabyles, eux qui ont pris le risque d'aller gérer la misère
de nos municipalités et de nos départements, sur
leurs intentions réelles et leurs projets de développements
socio-économiques et culturels. Peuvent-ils informer régulièrement
leurs électeurs sur les moyens dont ils disposent pour
réaliser leurs objectifs ? Peuvent-ils communiquer sur
les blocages administratifs qu'ils rencontrent devant les commis
de l'Etat qui les contrôlent et les limitent dans leurs
projets ?
Malgré toute
cette situation alarmante, le peuple kabyle ne doit pas céder
au désespoir. Le MAK sera toujours là pour exprimer
ses aspirations à l'existence, à la dignité
et à ses propres institutions dans le cadre d'une Algérie
plurielle.
Abordant le volet organique,
les cadres du MAK ont décidé d'accentuer la structuration
de leur organisation et de faire du 5 juin prochain, 5e anniversaire
de la revendication autonomiste, un pré-congrès
en vue de la tenue de ses assises avant la fin de l'année,
dans la mesure du possible. Les intellectuels de la région
sont invités à y apporter leurs réflexions.
Il a été aussi décidé de marcher le
20 avril prochain. De préférence avec d'autres,
mais seul s'il le faut.
Enfin, le MAK alerte l'opinion sur les poursuites engagées
à l'Université de Tizi-Ouzou contre trois de ses
militants soumis encore à un contrôle judiciaire.
Tizi-Ouzou le 12/03/06
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