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Il n'est pas si loin
le temps où son Président, Abdelaziz Bouteflika,
battait le pavé bruxellois dans l'espoir de décrocher
des fonds auprès de l'Europe, pour combattre et circonscrire
la plaie islamiste qui détruisait l'Algérie. On
peut se demander quel a été son discours lors de
cette journée. A-t-il évoqué la future libération
des assassins quelques années plus tard ? Que pense le
citoyen européen de l'aboutissement de son investissement
contre le terrorisme ?
Lors de son journal
parlé de 8h00, la radio belge " La Première
" a évoqué le sujet. Nous en retranscrivons
ci-dessous fidèlement le débat.
Il est cependant à
remarquer qu'il n'a pas été fait allusion aux réactions
éventuelles de la classe politique belge à ce sujet
(y en a-t-il une d'ailleurs ?). Aucune référence
non plus aux dizaines de journalistes harcelés, emprisonnés,
persécutés.
Pourtant, c'est le
monde à l'envers depuis quelques temps en Algérie.
Les assassins sont libérés sans procès alors
que des journalistes, qui n'ont utilisé que leur plume,
sont eux, jugés, emprisonnés voire plus
Et c'est tout juste si les terroristes n'ont pas été
libérés avant les militants du Mouvement citoyen
qui avaient osé manifester et revendiquer le droit d'être
Berbère, tout cela dans un mouvement des plus pacifiste
!
Retenons également
que dans sa grande bonté, l'Etat algérien accorde,
à chaque terroriste libéré, une " prime
mensuelle " qui lui permettra de " vivre ", s'il
répond à certaines conditions. Cette prime se situe
entre 150 et 200 euros par mois.
Avec cette loi, on
ne fait que piétiner une deuxième fois la douleur
des victimes ou des parents de victime. En effet, on les soumet
à une loi par laquelle, ils ne pourront plus tenter de
retrouver l'assassin de leurs enfants, de leurs parents. Ils n'ont
qu'à avaler leurs larmes, leurs souffrances, leur solitude
On imagine 200.000 fantômes errer la nuit dans le
pays tout entier.
RTBF
- La Première - journal parlé de 8h00 du 6 mars
2006.
L'Algérie où
les autorités ont commencé à libérer
plusieurs milliers d'islamistes qui avaient été
arrêtés pour fait de terrorisme. Il faut savoir qu'une
loi d'amnistie avait été adoptée après
un référendum populaire. Cette loi sans cerner la
réconciliation nationale après 14 ans d'une guerre
civile atroce prévoit l'amnistie à tout combattant
qui se rendra dans les six mois mais aussi l'absence de poursuite
envers des militaires. Pour Amnesty International et d'autres
ligues des droits de l'homme, cette loi est une prime à
l'impunité. Françoise Wolmack a interrogé
Pascal Fenaux d'Amnesty International, spécialiste de l'Algérie.
Pascal Fenaux :
Cette loi d'amnistie, amnistie des crimes ou des crimes supposés
qui n'ont jamais été jugés, c'est un problème,
on ne peut amnistier que des crimes qui ont fait l'objet d'un
jugement. Le deuxième problème est que l'amnistie
apporte l'impunité non seulement aux groupes armés
qui se sont rendus coupable de toute une série d'exactions,
de crimes contre l'humanité envers les populations civiles
mais que cette loi d'amnistie présuppose et prévoit
également que les citoyens algériens qui ont perdus
des proches ou dont les proches ont disparus s'engagent à
ne plus porter plainte contre des bandes des forces de sécurité.
C'est vraiment une loi qui accorde l'impunité.
Françoise
Wolmack :
Est-ce que ce n'est
pas une manière de remettre les compteurs à zéro
et d'éviter une haine fratricide et une radicalisation
des islamistes ?
Pascal Fenaux :
Nous avons tendance
à considérer que les islamistes ne sont pas les
seuls à s'être rendus coupable d'une série
de crimes contre l'humanité et nous aurions même
tendance à penser que ces cas d'amnistie visent principalement
les membres des forces de sécurité ou des groupes
de légitimes défense, des sortes de ligues villageoises
armées, également appelées " milices
patriotiques " et qui travaillaient donc pour le compte de
l'Etat et le gouvernement de l'époque. Cette loi est également
une façon de protéger des groupes armés qui,
eux, travaillaient pour le compte de l'Etat.
Mais pour Amnesty International et d'autres organismes de défense
des droits de l'homme, une amnistie qui équivaut à
une amnésie n'est pas du tout un gage de stabilité
pour l'avenir. Tant que les gens ne sauront pas pourquoi leurs
proches sont morts, où ils sont morts et où se trouve
leur dépouille, ils n'auront de cesse que de retrouver
leur trace et de demander des comptes. Et donc la seule façon
de remettre les compteurs à zéro c'est d'emblée
d'avoir jugé et instruit les crimes. L'enjeu c'est de permettre
à la société algérienne de se réconcilier
avec elle-même et tant que les victimes des uns et des autres
auront l'impression que les criminels et les bourreaux supposés
des uns et des autres n'auront pas été jugé,
les gens vivront avec un sentiment d'injustice et alors, on a
tendance à faire justice soi-même.
Françoise
Wolmack :
Pourtant cette loi
d'amnistie a été votée à la suite
d'un référendum populaire ?
Pascal Fenaux :
Oui mais un référendum
populaire dont les résultats avoisinent les 97% est franchement
sujet à caution. C'est un référendum qui
a été organisé dans une société
qui est fatiguée de la guerre civile, d'une boucherie qui
a laissé sur le carreau 200.000 personnes qui ont perdu
la vie, essentiellement des civils.
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