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Association culturelle N'Imazighen

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Rédaction

 

 

La Kabylie qui résiste *

Entretien avec Belaïd Abrika

Belaïd Abrika et quelques délégués

TIZIRI : Quelles sont les raisons de la division du Mouvement citoyen ?

Belaïd Abrika : les citoyens de la Kabylie et d'Algérie n'ont jamais été aussi unis que durant la naissance du Mouvement citoyen et son existence depuis 2001. Pour une fois, la Kabylie a retrouvé l'union et la fraternité que ses citoyens recherchaient éperdument depuis des décennies et que le pouvoir craignait fortement. Le Mouvement citoyen a soudé les rangs de tous les militants des causes justes ici en Kabylie et partout en Algérie en les ralliant à la plate-forme de revendication d'El-Kseur qui reflète les aspirations réelles de la population.

A propos plus précisément de votre question, les délégués authentiques du Mouvement citoyen préfèrent parler de décantation et d'assainissement de leurs rangs. Il n'y a pas de division du Mouvement citoyen. Pour ainsi dire, le Mouvement citoyen s'est doté dès les premières semaines de son existence en 2001 de deux importants textes de fonctionnement et de conduite morale qui le prémunit de toute dérive possible et imaginable. Il s'agit des principes directeurs et du code d'honneur. Parmi les points des deux textes, l'interdiction faite au délégué d'utiliser son statut en tant que membre du Mouvement citoyen pour servir et le pouvoir et les organisations politiques et l'abstention de se porter candidat aux élections. Or, des délégués ont fait le choix de s'aligner sur la position du FFS de prendre part aux élections locales du 10 Octobre 2002 que nous avons rejeté et ont de fait tronqué leur mandat de délégué contre celui d'indu élu. Plus tard, en avril 2004, à l'occasion des élections présidentielles rejetées par l'inter wilayas du Mouvement, à la suite de la rupture du premier dialogue Gouvernement - Mouvement citoyen butant sur le choix entêté du représentant du pouvoir de soumettre à referendum la langue amazighe pour la hisser au rang de langue officielle, une autre petite vague de délégués, encore dans le giron du RCD dont le chef s'y était porté candidat désespéré, a opté d'aller aux urnes au détriment de son engagement dans le Mouvement dont l'un des principes tactiques est le rejet de toute échéance électorale avant la satisfaction de la plate-forme d'El-Kseur. Ceci dit, c'est donc consécutif au retrait de ces délégués partisans que des chapelles politiques et les relais du pouvoir ont commencé à jeter le discrédit sur nous et parlent ainsi de division. Certes, nous sommes amoindris par les coups de butoir d'adversaires divers aux moyens étatiques d'intox et de propagande mais les citoyens demeurent unis autour de leurs délégués et des revendications de la plate-forme d'El-Kseur.

A vrai dire le Mouvement citoyen des Aarchs a réussi la où les autres ont échoué. Si l'on revient à l'avant 2001 la population avait tant rêvé de réaliser un rassemblement des forces citoyennes. Beaucoup de sang a coulé, nous avons enregistré malheureusement des pertes humaines qui se chiffrent en plusieurs dizaines de martyrs et des centaines de blessés. Cette union sacralisée, attendue depuis l'indépendance, a gêné les tenant du statut quo. Il y a lieu de retenir une chose importante c'est que cette force de protestation qui constitue une alternative pour l'édification d'un Etat de droit et d'une république démocratique n'arrangeait pas les affaires du monde politique local et national.
Le Mouvement citoyen des Archs est porteur des germes de la liberté et des valeurs démocratiques. Cette dynamique citoyenne dérange énormément, elle est venue remettre en cause les intérêts des uns et des autres, qui font partie du système mafieux et corrompu et qui sont à la fois dans les organisations de l'appareil du pouvoir dont font partie les partis de l'alliance présidentielle et ceux qui se déclarent comme étant dans l'opposition à l'instar des partis de la région de Kabylie.
En réalité le mouvement citoyen des Archs pose des questions de fonds et ces rentiers ne sont pas prêts à lâcher du lest. Bien au contraire, ils sont allés jusqu' à contracter des alliances contre-nature afin de préserver des privilèges divers au vu et su de tous les citoyens.
Le Mouvement citoyen qui s'est définit comme une organisation transpartisane autonome et indépendante des partis politiques et refuse toute allégeance aux pouvoirs publiques est devenu la cible privilégié de tout ce monde. Nous sommes en train de payer pour notre autonomie et le refus de la caporalisation.
Ayant compris la nature du régime totalitaire, le mouvement citoyen des Archs s'est inscrit dès le début dans la durée, car il s'agit d'un changement radical qui implique à la fois l'émancipation des citoyens à travers la vulgarisation et la promotion des valeurs de la citoyenneté, et aussi l'instauration de nouveaux textes constitutionnels et institutionnels.

Aussi étant conscient de cette mission historique de longue haleine, le mouvement citoyen des Archs continue de semer les graines de la citoyenneté; c'est un combat de générations qu'il ne faudra surtout pas brader sachant qu'il engage à la fois l'avenir de nos citoyens et le devenir d'un Etat. L'histoire retiendra les positions de tout un chacun.

Quels sont les points réglés de la Plate forme d'El Kseur ? D'autres à discuter…

Comme vous l'avez certainement appris par le biais de la télévision et de la radio; nous avons signé un accord global portant sur la mise en œuvre de la Plate forme d'El Kseur avec le représentant de l'Etat le 15 janvier 2005 à Alger après quelques jours de la relance du dialogue. Le document paraphé par les deux parties signifie clairement que les institutions de l'Etat se sont engagées à régler dans leur intégralité tous les points de Plate forme d'El Kseur. Cela veut dire aussi que sur le principe nos revendications sont totalement acceptées reste seulement à définir le cadre et l'échéance de leur concrétisation. Sans omettre de noter la prise en charge des six incidences du Printemps noir 2001 telles la réintégration des travailleurs licenciés pour leur adhésion au Mouvement, l'arrêt des poursuites judiciaires à l'encontre des délègues et des citoyens et le départ des indus élus issus des élections législatives du 30 mai 2002 et locales du 10 octobre de la même année, la défiscalisation pour la région de Kabylie pour la période 2001-2003, la libération des détenus (reste Mohamed BECHICOU, journaliste détenu arbitrairement depuis le 14 juin) et la prise en charge du contentieux des factures d'électricité non payées durant la période 2001 à 2004. A présent mis à part la revendication d'officialisation de la langue amazighe qui n'a pas trouvé d'écho franchement favorable dans les termes voulus par la délégation du Mouvement, le reste des points est considéré comme réglé sous réserve de la signature du document final.
Cela dit, certains points ont déjà connu un début d'application comme la prise en charge des indemnités dues aux familles des martyrs et des blessés du printemps noir dotées aussi d'un statut particulier.
Mais la mise en application des revendications de la plate-forme exige beaucoup de temps. Certaines revendications nécessitent plusieurs années. Des chantiers devraient être lancés pour aboutir à la satisfaction des revendication de la plate-forme d'El-Kseur, tel l'exemple du plan d'urgence pour la région de Kabylie, la charte citoyenne, la loi sur les collectivités locales, l'indépendance de la justice….

Il est évident que le mouvement s'est refusé l'autosatisfaction, autrement dit, on aurait pu s'arrêter après la signature de l'accord global du 15 janvier 2005, comme les textes du mouvement citoyen des Archs stipulent que nous devons être partie prenante de la mise en œuvre de la Plate forme d'El Kseur, nous avons arrêté un mécanisme commun avec les représentants de l'Etat pour définir les modalités de cette mise en œuvre.
Nous avons eu six mois de discussion dans le cadre du comité de mise en œuvre et tenu cinq comités de suivi. A présent il nous reste à consigner les résultats de ces comités dans le document final, qu'il faudra par la suite mettre en application. Le Mouvement citoyen des Archs ne se contente pas des engagements politiques.
Nous ne pouvons nous satisfaire des promesses.

Est-ce que l'officialisation de la langue amazighe après la déclaration de Bouteflika à Constantine est définitivement remis en cause ?

Le Mouvement maintient l'officialisation de tamazight comme point nodal du règlement de la crise de Kabylie et de la crise identitaire nationale. Il s'agit de la réparation d'une injustice qui a frappé un élément essentiel de la composante linguistique algérienne qu'est la langue amazighe. Ceci dit, le Mouvement a immédiatement réagi à la déclaration provocatrice et déplacée de Bouteflika qui excluait la revendication d'officialisation de notre langue. Dans une déclaration rendue publique quelques heures après, nous avons dénoncé cette façon de faire de Bouteflika et réaffirmé notre inaliénable attachement à ce point de la Plate forme d'El Kseur tout en prenant à témoin l'opinion nationale et internationale devant une telle volte-face à ce niveau de responsabilité. Aussi, pour nous, il ne saurait y avoir de règlement de quoi que ce soit ni la signature de quelque document de fin de la crise sans la satisfaction de cette revendication. Dans le cadre de ce dialogue nous avons nos arguments à faire valoir et il ne s'agit nullement d'un entêtement de notre part. C'est un serment aux martyrs de la révolution algérienne et à ceux du printemps noir.

Il y a lieu de signaler que si les représentants de l'Etat mettent en application les résultats des discussions menées dans le cadre du dialogue, nous aboutirons à l'officialisation de la langue amazighe et à la satisfaction de la totalité des dimensions de la revendication amazighe notamment à travers la reconnaissance de l'identité amazighe du peuple algérien (dimension identitaire), l'intégration de Yennayer dans la loi portant sur les fêtes nationales comme journée chômée et payée (dimension civilisationnelle), et l'installation des différentes instances tel le haut conseil chargé de la promotion et du développement de la langue et la culture amazighe (dimension culturelle). Ainsi qu'une chaîne de TV amazigh et d'une académie amazighe… qui permettront la réappropriation de l'algérianité.

Parlez-nous de la situation actuelle du Mouvement Citoyen !

Le Mouvement citoyen est en pleine phase de dialogue. Phase dite de partenariat avec les représentants de l'Etat après plusieurs années de protestation de rue et d'actions d'envergures. Nous avons accepté de nous mettre autour de la table des négociations suite aux garanties publiques du chef de l'Etat quant à la prise en charge de la Plate forme d'El Kseur. Grosso modo, la dynamique est entrée dans ses différentes expressions dans une phase de reflux depuis un peu plus d'une année. Ce temps a permis aux structures de base à travers leurs délégués de mûrir la réflexion sur le processus du dialogue en cours, ses résultats et le traitement des questions en suspens. Des cercles libres de discussion et de débat se sont aussi spontanément formés à la lueur de cette phase au sein des permanences du Mouvement dans plusieurs régions du pays sur des sujets d'actualité tels l'avenir du Mouvement en rapports avec la problématique des élections, les nouvelles formes d'organisation des Mouvements de masse, l'actualisation des formes de lutte…etc.

En fait, le Mouvement vit actuellement d'échange d'idées dans l'attente de la signature de l'accord final.

Que se passera-t-il si le pouvoir continue de faire la sourde oreille en ce qui concerne les points non réglés de la Plate forme d'El Kseur ?

Le mouvement citoyen des Archs est d'abord une force de protestation avant qu'il ne se dote du texte de la Plate forme d'El Kseur comme alternative pour la sortie de crise. Nous sommes engagés avec les citoyens pour faire aboutir les revendications de cette plate-forme, nous allons continuer à faire des concertations avec la base citoyenne pour arrêter les voies et les moyens qui nous permettront de faire aboutir nos revendications justes et légitimes.
Pour le moment, nous nous en tenons jusqu'à preuve du contraire aux engagements publics des plus hautes autorités du pays à savoir le chef de l'Etat et son chef du Gouvernement qui ont à mainte fois réitéré la légitimité de nos revendications et l'engagement de l'Etat à les mettre en œuvre à travers un dialogue sérieux et franc avec les délégués dûment mandatés du Mouvement citoyen. L'accord global du 15 janvier 2005 en est l'illustration.

Quant à l'éventualité d'une trahison de la part du pouvoir, nous n'oublierons jamais notre serment de faire aboutir nos droits, les droits du peuple algérien à la liberté et à la prospérité avec tous les moyens pacifiques et quel que soit le prix à payer. Nous sommes un Mouvement né dans la rue et nous n'hésiterons pas à y retourner en cas de nécessité tout en privilégiant la réflexion pour mieux faire valoir les revendications pressantes des citoyens.

La remise en cause du processus du règlement de la crise dite de Kabylie renforcera le déficit du manque de confiance des citoyens envers les détenteurs du pouvoir décisionnel. Pour nous, nous considérons le dialogue comme un moyen d'action et non pas comme une fin en soi.
Le combat continue, même si le chemin est truffé d'embûches.

Un dernier mot pour les lecteurs de la revue TIZIRI ?

Par le biais de la revue TIZIRI que j'ai eu le plaisir d'apprécier même si je n'ai pas eu l'occasion de lire son contenu depuis les douloureux événements du printemps noir, je voudrais dire que nous sommes armés de conviction et déterminés à aller jusqu'au bout de notre engagement.
Je tiens particulièrement à rendre un grand hommage aux générations qui ont précédé, à leur tête Mouloud MAMERI, MATOUB et Da Mouh Amazigh BESSAOUD. Ce dernier j'ai eu la chance de le côtoyer et de connaître à travers ses œuvres et particulièrement l'ouvrage :
" DE PETITES GENS POUR UNE GRANDE CAUSE ou L'HISTOIRE DE L'ACADEMIE BERBERE " qui nous renseigne sur la nature des Berbères et plus précisément la capacité de nuisance de certains cercles Kabylo - Kabyle.

Aux lecteurs de TIZIRI je dirai qu'importent nos différences et nos divergences, l'essentiel c'est de ne pas se tromper d'ennemi. Il n'y a que le pouvoir qui tire profit des tiraillements et seule notre population paye les conséquences accumulées pour l'aboutissement de notre combat.

Je vous remercie pour cet espace que vous m'avez accordez dans votre revue qui s'intéresse de près à l'actualité en Kabylie et dans tout le pays. J'invite par la même occasion vos lecteurs à contribuer par leurs suggestions et remarques au rayonnement de leur revue TIZIRI.

Merci d'avoir bien voulu répondre à nos questions ainsi que pour votre accueil !

TANNEMIRT ! MERCI !

Propos recueillis à Tizi-Ouzou au siège de la CADC par : Ali Selmani et Chérif Hamdis

(*) Titre d'un livre réalisé par Saïd Kaced et Méziane Ourad - Casbah éditions - Algérie 2002

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