| Par
Messaoudi Djaafar
voù l'intelligence semble bien déborder des crânes néandertaliens
de nos responsables, qui se vantent de surcroît d'être les promoteurs
par excellence de la démocratie, on s'ingénie à inventer
des lois afin d'entraver la vie des citoyens et d'empêcher la dénonciation
des dérives de nos responsables ! Qui peut oublier la fameuse
loi d'Ouyahia, votée il y a quelques années de cela, et destinée
à museler la presse indépendante qui, pourtant, contribue à
l'ancrage de la vraie démocratie dans notre société et ce
en promouvant la diversité d'opinion et en exerçant un contrôle
sur nos dirigeants toujours tentés par la corruption ? Et comme si cette
loi n'avait pas atteint parfaitement son objectif, monsieur le Ministre récidive
quelques années après et rédige un brouillon de loi qui pénalise
encore plus lourdement les délits de presse. Résultat : beaucoup
de journalistes (Ghoul, Benchicou, etc.) ont été condamnés
depuis à de lourdes amendes ou à de lourdes peines de prison.
Et lorsque les travailleurs de certains secteurs lésés, comme
l'enseignement, commencent à se mobiliser pour reconquérir leurs
droits les plus légitimes, le duo Louh-Benbouzid s'entendent pour bloquer
l'agrément des syndicats autonomes (CNAPEST et CLA) sous prétexte
que ces deux syndicats n'ont pas respecté certains articles de la loi algérienne.
Ensuite, comme pour faire reculer toute initiative allant dans le sens de la revendication
des droits des travailleurs, le génie M. Louh brandit l'arme de la dépermanisation
des postes de travail. Son message est très clair. Il voulait tout simplement
dire aux travailleurs : " Gare à vous, dans le futur très proche
on vous licenciera à la moindre agitation ! Ce ne sont pas les motifs qui
manquent en cette ère de la mondialisation ". Et plus récemment,
après la mise en pratique de ce qui conviendrait d'appeler la charte pour
la constitutionnalisation de l'impunité, la loi est encore une fois dégainée
par nos braves gouvernants pour cogner plus fort sur la tête de tous ceux
qui osent refuser de tendre la main aux sanguinaires que le régime lui-même
a fabriqués à des fins inavouées. Ceci dit, on
n'aura donc pas tort de penser que la loi algérienne est, d'un côté,
étalée sous les pieds de nos responsables comme un tapis rouge qui
mène vers le podium des privilèges et des richesses, et d'un autre
côté, suspendue au-dessus des têtes des simples citoyens comme
l'épée de Damoclès, qui menace de tomber à chaque
faux mouvement. Ce qui nous pousse alors à nous demander si vraiment cette
loi est digne du moindre respect. (1) Ali André Mecili : ancien
officier du MALG. A rejoint le maquis du FFS (1963-65) alors qu'il était
cadre de la SM. Il fut exécuté en plein Paris le 7 avril 1987 par
les services algériens. Extraits
du code pénal voté par l'A.P.N. (Assemblée Populaire Algérienne)
en 2001. (in LIBERTE, 22.04.2001) Article 144 bis : "Est
puni d'emprisonnement de un à trois ans et d'une amende de 100.000 à
1.000.000 de dinars ou de l'une de ces deux peines seulement toute personne qui
offense le président de la République par une expression outrageante,
injurieuse ou diffamatoire, que ce soit par voie d'écrit, de dessin, de
déclaration ou de tout autre support de la parole ou de l'image ou que
ce soit par tout autre support électronique, informatique ou informationnel."
Article 144 bis 1 :
"Lorsque le délit
mentionne dans l'article 144 bis est commis à travers une publication quotidienne
ou hebdomadaire ou mensuelle ou autre, la poursuite judiciaire est engagée
à l'encontre de l'auteur du délit, des responsables de la publication
et de sa rédaction ainsi que centre la publication elle-même. Dans
ce cas, l'auteur du délit est condamné à une peine de prison
allant d'une année à trois ans et d'une amende de 100.000 à
1.000.000 de dinars ou l'une des deux peines. La publication est condamnée
automatiquement de 500.000 à 5.000.000 de dinars. Les pouvoirs publics
engagent automatiquement la procédure des poursuites judiciaires et en
cas de récidive, les peines de prison et d'amende précitées
vont doubler." Article
146 : "Si l'humiliation,
l'insulte à la diffamation portées par le biais des moyens cités
dans les articles 144 bis et 144 bis 1 sont dirigées à l'encontre
du Parlement ou l'une de ses Chambres, contre les cours de justice ou les tribunaux,
l'ANP ou toute institution publique ou tout autre corps constitué, les
mêmes peines citées dans les articles précédents sont
appliquées. En cas de récidive, les peines de prison et d'amende
sont doublées."
Article 298 : "Pour
une diffamation dirigée à l'encontre des individus, la condamnation
est d'une peine de prison allant de cinq jours à six mois et d'une amende
de 5.000 à 50.000 dinars ou de l'une des deux peines. Pour diffamation
dirigée à l'encontre d'une personne ou plus appartenant à
un groupe racial ou doctrinal ou à une religion quelconque, la condamnation
est d'une peine de prison allant d'un mois à une année et d'une
amende de 10.000 à 100.000 dinars ou de l'une des deux peines s'il y a
une volonté d'incitation à l'intolérance entre les citoyens
ou les populations. "
Commentaires :
Par Messaoudi Djaafar À l'instar de tous les régimes
totalitaires dans les pays musulmans et arabes, le pouvoir algérien légifère
et vote dans un simulacre de débat public des lois qui le protègent
contre la critique et la dénonciation des simples citoyens qui prennent
chaque jour conscience de la véritable source de leur mal. Et le plus révoltant
encore est que ces lois sont quotidiennement violées par leurs propres
auteurs sans qu'il y ait la moindre réaction de la part de l'institution
judiciaire sensée veiller sur le respect des lois de la république.
C'est que la justice est aussi au service du pouvoir dans notre pays.
On n'a pas besoin d'une grande intelligence pour comprendre que les trois premiers
articles susmentionnés ne sont destinés qu'à dissuader les
gouvernés d'exercer leur contrôle sur leurs dirigeants. Car empêcher
les citoyens de dénoncer la mauvaise gestion, la corruption, et toutes
autres dérives de leurs responsables, assure à ceux-ci l'impunité
et surtout la continuation de l'utilisation à des fins personnelles et
la dilapidation des richesses nationales, propriétés de tous les
Algériens. Et si on compare les trois premiers articles au dernier
article, on se rend compte que les peines sont extrêmement lourdes quand
il s'agit d'un délit commis contre les responsables et très légères
quand il s'agit d'un délit commis à l'encontre des gens ordinaires.
On conclue donc qu'Ouyahia (Chef de Gouvernement) - car c'était bien son
projet alors qu'il était ministre de la Justice - entendait détourner
les regards des citoyens de leurs gouvernants et les diriger vers leurs semblables,
les citoyens. Une manière très ingénieuse d'encourager les
dissensions au sein du peuple afin de mieux le contrôler. Voici
maintenant quelques cas qui démontrent clairement que le régime
algérien est un régime hors-la-loi et qu'il ne crée des lois
que pour se protéger de la colère du peuple et assoire durablement
son autorité sur celui-ci :
1. On se rappelle bien que dans sa déclaration qui a suivi l'assassinat
du jeune Guermah Massinissa dans la brigade de la gendarmerie en avril 2001, le
ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a bel et bien traité la
victime de voyou. Or, il s'est avéré après que ce "
voyou " n'est autre qu'un lycéen, et un brillant élève
de surcroît. Une insulte de cette taille et de plus dirigée à
l'encontre d'un individu exécuté injustement par les services dits
de l'ordre, ne mérite-t-elle donc aucune peine ?
2. Et quelques heures après la grandiose marche des Arches sur la capitale
Alger, un certain 14 juin 2001, ce même ministre intervient dans JT de la
chaîne " publique ! " ENTV, pour féliciter les Algérois
imprégnés de civisme et de patriotisme d'avoir prêté
main forte aux agents de la CNS pour protéger " leur " capitale
et repousser ces barbares vers leurs montagnes lointaines. Le contenu de cette
intervention ne constitue-t-il pas une incitation au régionalisme et à
la haine raciale ? Pourquoi ce sinistre ministre n'est-il pas inquiété
par la justice ?
3. Durant les mêmes événements, la gendarmerie nationale s'ingénie
à tourner des scènes burlesques où l'on montre des manifestants
kabyles entrain d'attaquer des agents de sécurité sans que ceux-ci
lèvent le petit doigt pour riposter ! Ou d'autres scènes encore
où l'on voit des gendarmes entrain de secourir des manifestants blessés
! Pourquoi les auteurs de ces vidéo-clips et le responsable de la télévision
(qui a d'ailleurs avoué l'année passée son erreur) qui les
a montrés au public ne sont pas poursuivis pour diffamation et incitation
au racisme ?
4. Enfin, en deux occasions, à Tizi-Ouzou puis à Constantine, le
Président Bouteflika a fait deux déclarations provocantes dont la
première a rallumé le brasier en Kabylie pendant des semaines. Pourquoi
la justice ne s'est-elle pas manifestée pour condamner le Chef de l'Etat
pour ses propos irresponsables ? Pour finir, et même au risque
de me voir condamné pour incitation à la rébellion, je me
sens dans l'obligation de dire que le peuple algérien en général
et les Kabyles en particulier devraient désormais refuser de se plier à
de telles lois. De cette manière, nous contraindrons nos responsables à
revoir les textes de lois qu'ils ont rédigés et contribuerons à
l'instauration d'une véritable justice indépendante.
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