ACCUEIL Activités associatives Toute notre actualité Brèves Liens

 

Contact :

Association culturelle N'Imazighen

Bruxelles

Rédaction

 

 

                                                        - Désinformation à "Kabyle.com"

                                                        - Amitié Flandre-Kabylie  

                                                         - M.A.K. - Diplomatie

                                                        - Autonomie : La seule solution

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

                                                           

 

                           TIMANIT I TMURT N IQVAYLIYEN

                MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE

 

                    CONSEIL UNIVERSITAIRE DE TUVIRETT (Bouïra)

 

      MISE AU POINT À KABYLE.COM  ET M. STEPHANE ARRAMMI

 

Dans votre livraison de jeudi 15 juillet 2010, vous annoncez une prétendue démission collective d’une cinquantaine de militants du Conseil Universitaire MAK de Tuvirett (Bouïra).

J’annonce solennellement à l’opinion publique qu’il n’y a aucune démission du MAK au sein de notre Conseil Universitaire.

La liste que vous vous êtes empressé de présenter comme une démission collective est en fait celle de nos militants qui doivent participer à l’Université d’Été du MAK qui va débuter dans quelques jours.

 

M. Stéphane Arrami, votre malveillance maladive à l’égard de notre Mouvement vous fait piétiner les règles les plus élémentaires de la déontologie inhérente à la noble mission de journalisme.

 

De ce point de vue, vos confrères auront certainement à cœur d’apprécier vos méthodes et le déchaînement de haine à l’endroit du MAK, depuis l’installation de notre Gouvernement Provisoire Kabyle, l’Anavad (Gouvernement).

 

Qui a pu intercepter cette liste en dehors des services algériens qui vous l’auraient directement ou indirectement remise ? Vous vous croyez manipulateur là où vous n’êtes qu’un pauvre manipulé.

 

De notre côté, nous considérons votre fausse information comme une attaque et un outrage à chacun d’entre nous et nous n’allons pas lâcher cette affaire de diffamation. Nous donnons pleins pouvoirs à notre représentation de MAK-France quant aux suites à donner.

 

Pour terminer, sachez, M. Arrami, vous vous faites consciemment ou non le relais et le complice du pouvoir algérien. En tous les cas, votre site web devrait désormais s’appeler antikabyle.com.

 

Notre collectif militant prendra part à l’Université d’Été du MAK (dans la limite des places disponibles) et surtout à déployer toute son énergie pour faire aboutir le plus rapidement possible le combat de notre Mouvement.

 

Tuvirett, le 15 juillet 2010

 

POUR LE CONSEIL UNIVERSITAIRE

MAK DE TUVIRETT -  FARID HIMOUM

 

 

                             TIMANIT I TMURT N YEQVAYLIYEN0

                 MOUVEMENT POUR LAUTONOMIE DE LA KABYLIE

                          LAMITIE FLANDRES-KABYLIE

     Sur invitation damis Flamands, une délégation kabyle composée du MAK et du CMA avait séjourné à Gent (Gand) du 23 au 25 février 2010.

Les rencontres ayant eu lieu avec des instances démocratiques flamandes et avec la société civile de ce peuple nous avaient permis dexprimer

un certain nombre de souhaits et dinquiétudes.

Parmi ces dernières figurait le surinvestissement militaire algérien en Kabylie et la crainte de voir, de nouveau, un corps darmée tirer sur la foule,

particulièrement le 20 avril 2010, comme en 2001.

Ce cri dalarme a reçu lattention quil mérite de la part de nos partenaires flamands.

Ainsi, avec beaucoup de satisfactions, nous avons appris par note transmise en mains propres, linformation suivante.

« Suite aux interpellations et aux questions posées par des députés, élus,  membres de la Chambre des Représentants et du Sénat belges,

le Ministre belge des Affaires Etrangères a insisté auprès du Gouvernement Algérien pour que la commémoration du Printemps Berbère et

du Printemps Noir,

le 20 avril 2010, se déroule en toute sérénité et sans violence ».

« A la même occasion, et de leur côté,  plusieurs députés/élus, membres du Parlement Autonome Flamand, ont adressé une lettre à lAmbassadeur

dAlgérie à Brussel (Bruxelles), exprimant leur fort souhait pour que la commémoration du Printemps Noir () le 20 avril 2010, puisse se dérouler

sans incident. » 

Le MAK tient à exprimer ses vifs remerciements aux élus flamands pour leur grande solidarité avec la Kabylie et le peuple kabyle.

Paris, le 15 avril 2010

P/ Le MAK, Ferhat Mehenni, président en exil.

              

                            TIMANIT I TMURT N YEQVAYLIYEN

                       MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE

                                                       DIPLOMATIE

                                   LE MAK RECU AU QUAI D’ORSAY

Mardi 23 mars, le MAK a été reçu au Quai d’Orsay par Mme Legendre chargée de la Section Algérie, de 18h 30 à 19h 30.

La délégation du MAK était composée de MM Ferhat Mehenni et Arezki Boussaid (Président du MAK-France) ainsi que de

Mme Djamila Amgoud, membre du Bureau Exécutif.

Après avoir passé en revue l’histoire chaotique des relations entre la France et la Kabylie, la Kabylie et l’Algérie, la délégation kabyle

a expliqué sa démarche pacifique pour une autonomie régionale que prône le MAK.

Elle a attiré l’attention sur les renforts militaires qui ne cessent d’arriver en Kabylie et le redéploiement annoncé de la Gendarmerie dans

toutes les municipalités kabyles, avec en plus, la mise sur pieds d’unités spéciales, les SS-I, aux prérogatives dépassant l’entendement.

Le MAK qui craint un nouveau massacre en appelle à l’opinion française et internationale pour éviter un nouveau drame.

Concernant la communauté kabyle en France, la délégation a formulé le souhait qu’elle ait plus de visibilité dans les médias français,

tant sa réussite et sa parfaite insertion dans la société française pourrait servir de modèle au reste des communautés immigrées.

Le MAK a également attiré l’attention de la diplomate française sur la nécessité de dispenser un enseignement de la langue kabyle pour

les scolarisés kabyles qui le souhaitent, dans l’Hexagone.

En plus de la répression permanente du fait kabyle en Algérie, l’accent a été mis sur la condition de la femme kabyle qui rejette le Code de la famille algérien bafouant ses droits légitimes.

Les actions que le MAK projette pour le 30e anniversaire du Printemps Berbère et le 9e du Printemps Noir (marches en Kabylie, rassemblement à Paris le 18 avril à 14h à République et le Sit-in devant l’Ambassade d’Algérie, le 20 avril à partir de 17H) ont été portés à la connaissance de la représentante de M. Kouchner.

Mme Legendre a tenu à rassurer la délégation du MAK en lui affirmant que la position exprimée par la France en matière de respect des droits de l’homme, au début des événements sanglants de 2001, reste inchangée.

Pour elle, la France reste attachée au respect des droits identitaires et linguistiques des peuples.

Paris le 24/03/2010

 

Arezki Boussaid - Président du MAK en France.

 

 

                              L’Autonomie, seule alternative viable du combat politique de la Kabylie

1. L’Etat-Nation ou la stratégie politique de décimation des cultures autochtones

Ainsi, il se trouve que je n’avais à aucun moment réussi à me donner le temps suffisant pour effectuer sereinement une analyse critique, lucide et objective de cette lumineuse proposition de l’autonomie de la Kabylie avant de me prononcer en conséquence. Car, je n’avais jamais pris le recul nécessaire pour la considérer des points de vue historique, sociologique et politique dans toute leur rigueur.

Bref, comme vous, je me suis invariablement prononcé par un conditionnement quasi-pavlovien voire par zèle irrationnel contre une telle proposition que je considérais déconcertante, dans le meilleur des cas, anachronique sinon carrément absurde. Brouillon, approximatif, expéditif, je le fus moi aussi ! Cependant, petit à petit, je me rendais compte que j’étais piégé par un substrat conceptuel profondément « ingurgité » et tout-à-fait arbitraire. C’est celui de « l’Etat-nation en construction », dérivant de l’adoption de la pensée jacobine, héritée de l’ex-puissance coloniale. Il est depuis 1962 le soubassement conceptuel et doctrinal de l’Etat Algérien. C’est à partir de ce faux postulat de base que je tentais inefficacement de me déterminer face à cette audacieuse alternative. Ce faisant, je réalisais subrepticement que je demeurais toujours aliéné par un lourd fardeau, en partie hérité de nos ainés, et surtout par des reflexes psychologiques et une mentalité saturée de conventions d’origine coloniale desquelles ma pensée n’avait pu se libérer totalement. Je suis encore tout confus de me découvrir à ce point aliéné.  Mais, en persévérant honnêtement dans ma studieuse réflexion, car vouant toujours le même amour charnel à ma patrie et mon peuple kabyles, le même attachement totalement désintéressé, je découvrais l’extrême fragilité et l’inconsistance de mon argumentaire et, du coup, je me sentis paradoxalement devenir un Kabyle, d’origine amazighe, encore plus libre que je ne croyais l’être ! En osant soumettre à l’analyse objective le concept même d’Etat-Nation et son pendant, le jacobinisme doctrinal de l’Etat central, toutes les apparentes apories s’effilochaient une à une comme les frêles flocons de neige fondant aux premiers rayons du soleil printanier ! Que pouvais-je sauver de consistant de cette imposture conceptuelle d’ « Etat-Nation en construction » ? Rien d’autre qu’un mauvais souvenir, désormais évanescent, une vision de l’esprit parfaitement illusoire et sans aucune portée sur le vécu réel du peuple kabyle. Il ne reste que cette lancinante question de savoir comment construire un avenir à mes enfants de manière pragmatique, en rapport avec cet ensemble algérien auquel je continue toujours de revendiquer fermement mon appartenance et que, raisonnablement, nul ne peut me contester.

Les Kabyles et le concept d’Etat-Nation 

Au terme de cette profonde réflexion, je réalisai en fait, que nous les Kabyles, nous sommes parmi les Algériens les plus fortement aliénés par ce concept d’Etat-Nation et les plus fervents défenseurs « pavloviens » de cette pensée jacobine d’essence foncièrement colonialiste. Nous sommes ainsi pris dans notre propre piège : nous nous découvrons partagés entre le désir de reconnaissance de notre spécificité nationalitaire kabyle par l’Etat algérien, d’une part et notre irrationnel désir d’adhésion à un nationalisme mythique, un algérianisme outrancier, univoque et uniforme, façonné cependant selon nos propres repères, nos propres valeurs socioculturelles et notre propre conception politique de l’Etat ! Or, celui qui donne du contenu aux mots et du sens aux identités  est celui qui détient le pouvoir qui nous est hostile. Où est alors la cohérence dialectique dans cette démarche pour le moins inconsistante ? Où est, chez nos adversaires, le respect dû à l’Autre, cette vertu cardinale que nous valorisons tant, en tant que Kabyles? Où est chez les Algériens avec lesquels nous pensons devoir partager le même destin de citoyenneté, le scrupule du respect inconditionnel des différences culturelles et des valeurs qu’assument librement d’autres groupes et d’autres communautés humaines? Que faire alors ? Doit-on continuer de réprimer implacablement nos pulsions identitaires et nos aspirations nationalitaires légitimes ? Doit-on, à ce prix, continuer à se complaire dans la vaste entreprise de dépersonnalisation mise en branle par le pouvoir et devoir accepter d’être déchus de notre dignité humaine comme au temps de la colonisation ? A quoi auront servi alors les innombrables et héroïques luttes multiséculaires de nos ancêtres acharnés contre les envahisseurs successifs de l’Afrique du Nord et celles de nos ainés contre le colonisateur français, ou encore celles plus récentes, de 1963 à ce jour ? Doit-on répudier froidement notre héritage identitaire multimillénaire sur l’autel et au nom d’une  uniformité algérianiste, forcément réductrice ? Au nom d’un supranationalisme hégémonique, douteux et hypothétique qui, au bout de bientôt un quart de siècle, n’a même pas pu tenir la promesse de nous réconcilier avec nous-mêmes, allons-nous répudier notre dignité citoyenne et la plénitude de notre personnalité authentique ? Ce sont là des questions auxquelles tout Kabyle soucieux de préserver sa personnalité, sa langue, son identité et son héritage culturel ancestral pour sa descendance, est mis en demeure de répondre. 

Nécessité de répudier le jacobinisme de l’Etat Algérien

Pour ma part, il devient désormais clair que le centralisme uniciste de l’Etat Algérien est un avatar de l’époque coloniale dont il faut se débarrasser au plus vite. C’est aujourd’hui une nécessité vitale, absolue. Et c’est précisément l’un des objectifs doctrinaux que vise le combat politique que mène actuellement le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie au sein d’une Algérie qu’il souhaiterait résolument plurielle. En effet, de par sa nature, le jacobinisme ne pourra jamais s’adapter à la mosaïque des peuples et des cultures qui emplissent nos terres nord-africaines, qui constituent l’ancienne colonie française, incidemment baptisée « Algérie ». Celle-ci en a gardé, après la libération, la même dénomination que lui voulurent ses ex-Maîtres. Il s’en fallut de peu qu’elle gardât les mêmes sceaux de souveraineté  de tous points de vue : structure ethnologique, anthropologique, sociologique, linguistique, politique et historique de l’ensemble Nord-africain (Tamazgha). La libération totale et effective de cet ensemble algérien aurait dû devenir réalité immédiatement après le départ des Colons et restituer à l’ensemble de ses habitants autochtones, leur dignité humaine dont ils furent spoliés durant plus d’un siècle. Il aurait fallu également les réhabiliter dans leur personnalité identitaire, culturelle et politique en leur conférant pleine jouissance d’un digne statut de citoyen. Force est de constater que tel n’a malheureusement pas été le cas. Bien au contraire, les pseudo-citoyens algériens, y compris leurs plus hauts responsables politiques du pays, croyant s’être libérés du joug colonial, portent jusqu’à ce jour, bien inscrits sur leurs documents d’identité, des patronymes aussi fantaisistes que méprisants que les sinistres Bureaux Arabes coloniaux leur avaient, non sans arrogante moquerie d’ailleurs, arbitrairement assignés. Ces pseudo-citoyens de l’Algérie « indépendante », totalement dépersonnalisés se retrouvent dans un pays censé être le leur mais sans jouir de leur véritable identité, ni même des droits fondamentaux dont disposent tous les hommes libres de ce monde : les libertés individuelles, liberté de pensée,  d’expression, de confession, d’association, de création artistique, de circulation, et surtout de choisir et d’élire souverainement leurs représentants et leurs responsables politiques. Ceux qui s’étaient emparés du pouvoir par trahison, alors que le peuple n’avait pas encore fini de défiler avec ses drapeaux dans les rues d’Algérie pour fêter sa soi-disant victoire, se sont substitués par des crimes de sang à l’ex-puissance coloniale. Ainsi, tout ce jargon des droits de l’Homme et leurs pendants, les libertés fondamentales, nobles attributs et synonymes de dignité humaine entière, n’est malheureusement devenu pour les pseudo- citoyens d’Algérie que littérature creuse.

Quand réalisera-t-on, enfin, que l’ensemble algérien ne pourra jamais être viable avec une organisation jacobine de l’Etat ? Quand est-ce que les Algériens réaliseront-ils que le jacobinisme est tout à fait incompatible, voire incohérent avec les réalités sociologiques, culturelles et linguistiques des peuples qui composent l’Algérie ? Refuser d’en prendre acte c’est donc assumer le fait de commettre le crime de décimer des communautés humaines entières, aux réalités culturelles bien spécifiques. Le centralisme étatique n’est d’ailleurs qu’un schéma d’organisation politico-administrative destiné à les opprimer pour les dépersonnaliser jusqu’à leur totale extinction, Le centralisme jacobin est un procédé « moderne », ou « civilisé » des génocides culturels. A peu près comme ceux qui veulent appliquer la charia et qui sont partisans de l’anesthésie pour amputer la main du voleur. De fait, le jacobinisme est une politique d’oppression, de dépersonnalisation et d’acculturation, une relique du colonialisme. Il constitue de ce fait un  facteur d’agression permanent, endémique à l’encontre du peuple kabyle. A ce titre, son destin est d’être résolument combattu par des moyens politiques adéquats. Ainsi, nous le voyons, pour prémunir notre identité culturelle contre ce processus d’extermination qui ne dit pas son nom,  pour sauvegarder notre dignité citoyenne pleine et totale, nous n’avons aucune autre alternative que de répudier le jacobinisme de l’Etat algérien tout comme cela a été conséquemment fait pour son géniteur, le colonialisme. 

Affirmation du nationalisme kabyle

Si bien qu’aujourd’hui, il y a un fait que nul ne peut honnêtement feindre d’ignorer encore moins de nier : En  Algérie, il n’y a pas une seule nation, pas plus qu’il n’y a qu’un seul peuple. Il est vrai cependant que pour des raisons stratégiques, les vicissitudes de l’histoire ont parfois amené ses diverses composantes à agir momentanément ensemble, à contracter des alliances conjoncturelles plus ou moins longues. Organiser la résistance dans des rangs unitaires pour combattre quelque envahisseur ou ennemi commun, poursuivre ensemble des objectifs ponctuels a été un fait récurrent de l’Histoire de l’Afrique du Nord. Cependant, il serait erroné d’admettre que les 7 années et demi de guerre contre l’ex-puissance coloniale française aient été suffisantes pour effacer et gommer toutes les spécificités identitaires et culturelles propres à chacune de ces entités  que l’Histoire a mis plus de deux mille ans à façonner ! Cela relève d’un mythe, c’est une aliénation profonde que de le penser. Du au brassage multiséculaire d’une multitude de groupes de peuples venus de diverses longitudes et latitudes du globe tout au long de l’histoire multimillénaire nord-africaine, il en résulte plusieurs entités sociologiques, communautés et nations, chacune unie soit par une même langue, soit un même rite religieux, une même histoire régionale, ou tous ces éléments combinés, tel le cas du peuple kabyle précisément, qui a ainsi gardé une très forte spécificité historique et identitaire. Durant plus de deux millénaires, le peuple kabyle a résisté successivement aux Romains, aux Byzantins, aux Arabes, aux nombreuses dynasties musulmanes y compris à celles nées chez lui comme la Fatimide, aux Espagnoles, aux Turcs et aux Français jusqu’à 1871. Son destin aujourd’hui est de restaurer son autorité ancestrale sur son territoire. Malgré le brassage ininterrompu avec d’autres cultures, d’autres civilisations, l’usure du temps et les bouleversements politiques qu’il a connus à travers les siècles n’ont pu réussir à anéantir l’esprit unitaire, nationalitaire et de liberté chez chacun de ses habitants. Aujourd’hui, le nationalisme kabyle longtemps demeuré latent, sans cesse refoulé par ceux qui ont profondément intériorisé ce concept aliénant et létal d’Etat-nation, semble s’affermir au sein même de la jeunesse. Cependant, pour en parler, beaucoup d’intellectuels kabyles, souvent frileux ou soucieux de préserver un obséquieux conformisme, préfèrent plutôt user de l’ubuesque euphémisme « particularisme kabyle», non sans connotation péjorative d’ailleurs, là où, par honnêteté intellectuelle, par rigueur morale, ils devraient le désigner tout simplement par son nom. C’est là même une preuve supplémentaire, s’il en fallait, de leur degré d’aliénation. Par le passé, il y a un peu moins d’un siècle maintenant, nos ainés avaient une maturité et un réalisme qui faisaient de la fin du colonialisme leur obsession et leur priorité absolue. Cela avait restreint leur champ de vision qui se retrouva amputé de leurs intérêts et de l’avenir des générations qui allaient vivre dans une Algérie indépendante. Nous ne pouvons que saluer leurs sacrifices et leur générosité et ce, en dépit de tout ce qui en a découlé comme conséquences dont nous pâtissons encore et ce temps perdu !

2.      Le problème identitaire en Algérie, analyse critique : quelle solution ?

C’est désormais un anachronisme historique. Depuis la naissance du mouvement national (1926), nous tentons d’intégrer la dimension amazighe à la diversité algérienne, que ce soit dans les résolutions et statuts des partis nationalistes ou dans le corps doctrinal des textes fondamentaux de l’Algérie postindépendance. Ce faisant, nous nous montrions toujours les défenseurs zélés du concept de l’Etat-Nation. Plus opiniâtre et plus contradictoire que nous tu meurs ! A travers notre combat politique autant résolu que généreux, nous espérions parvenir un jour à démocratiser le pays, sans nous soucier à aucun moment si notre objectif était ou non partagé par les autres  peuples et les autres régions de ce si vaste pays commun ! Ce fut une incohérence, voire une erreur monumentale ! Il est toujours malsain d’imposer ses valeurs à l’autre, on les assume soi-même ; il est toujours déplacé de prendre ses désirs et ses revendications pour ceux des autres y compris lorsque la différence n’est pas conçue comme un danger mais plutôt comme une richesse à partager. Ainsi, pour résoudre le problème des langues, nous demandions résolument que tamazight soit la langue de tous les Algériens, sans nous soucier pour autant si ces derniers partageaient cette aspiration. On se retrouve malgré nous dans une posture d’oppresseurs, une attitude similaire à celle du pouvoir qui impose l’arabe à tous les Algériens, et que nous sommes censés pourtant combattre ! L’autre illustration de nos chroniques inconsistances est la revendication du triptyque identitaire, politiquement formulé par nous-mêmes, les Kabyles, et fait d’un montage identitaire de compromis à travers lequel nous tentions de faire une place à notre « composante amazighe ». Ce bricolage identitaire était dès le départ voué à l’échec pour au moins deux raisons. La première est que, nous-mêmes, nous n’avons jamais été prêts à assumer  l’arabité, voire même l’islamité pour certains d’entre nous, comme un élément constitutif de notre identité. La deuxième fait que  notre kabylité était sacrifiée sur l’autel du générique qu’on appelle « amazighité » !  Comment fut-ce possible ? Il est difficile pour les Algériens et en particulier nous les Kabyles de concevoir que nous puissions dans un même Etat-Nation cohabiter avec d’autres peuples quand rien ne nous unit, quand nos identités respectives nous opposent. Il apparait donc clairement que la seule solution envisageable pour cette problématique réside simplement dans le rétablissement du peuple kabyle dans sa spécificité identitaire propre à lui : Taqbaylit (intraduisible en français) en laissant toute la latitude aux autres citoyens algériens de se définir eux-mêmes comme ils l’entendent. Soulignons ici que le seul élément Taqbaylit renvoie, dans la langue kabyle, à un syllogisme identitaire complet. En effet, à lui seul, il englobe toutes les spécificités identitaires kabyles. On lui rattache à la fois :

1 - la langue kabyle

2 - l’ensemble des valeurs sociales et code d’honneur kabyles, traduit quelquefois par « kabylité ».

3 - la femme kabyle (matrice génitrice, féconde et gardienne de ses valeurs ancestrales)

4 - et enfin, le pays, la KABYLIE, comme le chantait entre autres, feu MATOUB Lounès dans « W’akka i m-d-yessawlen », album édité en 1980 :

Kker a Taqbaylit                 Sbedd lqedd-im

Zig macci d targit               Iban-ed yisem-im,

……

Ssendjaq  yuli                     deg igenni ad yettrefrif.

Xas isah yezri                     newwi-t-id s nnif

……

W’akka i m-d-yessawlen     d arraw-im ay-en

3.      Unité territoriale et unité historique de la Kabylie

Unité territoriale de la Kabylie

Au début du 20ème siècle, Boulifa décrivait le territoire de la Kabylie en ces termes [1].  Du point de vue géographique déjà, la chaine du Djurdjura, décrivant un arc de cercle, partant de Cap Djinet près du col de Tizi n’At Aicha (Thenia) à l’Ouset jusqu’au piton Yemma Gouraya qui domine Bgayet à l’Est constitue un rempart hermétique isolant la Kabylie du reste de l’Algérie en lui conférant une certaine unité territoriale. Par ailleurs, dotée d’un  système de ramifications continues et régulières, celui-ci a de tout temps protégé, le pays et ses habitants Iqvayliyen (Izwawen, Kabyles), sédentaires depuis au moins deux millénaires, contre toutes les incursions possibles du dehors.  Du coté du Nord, une série de chainons parallèles au littoral complète cette protection ; quoique d’une altitude moins élevée que la chaine-mère, leur masse, également peu accessible, se présente comme une muraille, un rempart qui s’oppose aux moindres tentatives d’empiètements extérieurs aussi bien des hommes que des éléments. Cette configuration géographique confère donc l’unité territoriale à la Kabylie. Tout au long de l’histoire, la Kabylie se fut toujours présentée comme une ile inabordable, une région qui restera longtemps fermée à la curiosité et aux convoitises de l’étranger ou du conquérant. Ainsi protégés par leurs montagnes, auxquelles ils s’attachent intensément, les habitants de ces hautes régions eurent la bonne fortune de se prémunir et de préserver leurs caractères identitaires spécifiques du joug et de la corruption multiforme de l’étranger pendant de longs siècles.

Unité historique de la Kabylie

La Kabylie, jalouse sans doute de son identité, de sa liberté, de ses intérêts et de son indépendance, résistant à toute pénétration extérieure d’allure même pacifique, vécut libre durant sa longue histoire, échappant aux agressions, à la violence et la domination des divers conquérants de l’Afrique du Nord  jusqu’à cette fatidique année 1871, date où elle fut déchue de sa souveraineté. La Kabylie, défaite en 1871, vit jusqu’à nos jours sous humiliation. Ses habitants furent systématiquement expropriés de leurs terres et déchus de leur personnalité, leur identité et leur honneur flétris, notamment en 1895;  ses notabilités et ses responsables politico-religieux furent sommairement et physiquement éliminées. Certains furent contraints à l’exil forcé ou carrément déportés outre-mer (Nouvelle Calédonie). La langue Kabyle fut  progressivement persécutée (jusqu’à être interdite dans l’enceinte des premières écoles), les spécificités socioculturelles du peuple kabyle et ses institutions villageoises furent petit à petit mises de côté.  Leurs constitutions ne furent plus reconnues. Pour coiffer le tout, la Kabylie, bien que s’étant montrée toujours solidaire de l’ensemble algérien, demeurait depuis cette date toujours marginalisée et méprisée politiquement par tous les pouvoirs centraux qui se furent établis à Alger, que ce soit sous le régime colonial ou après « l’indépendance ». Nous n’avons vécu, depuis, que sous des pouvoirs spoliateurs de la souveraineté populaire.

Par ailleurs, c’est à peu près, à partir de cette année 1871 qu’il convient de dater l’irruption du phénomène d’émigration au sein de la société kabyle. Ses habitants, faute de collaborer avec le pouvoir central, furent en effet contraints de s’expatrier de la Kabylie, fuyant la répression et les mesures coercitives avilissantes de l’occupant. Ils ont migré vers des horizons plus cléments en se disséminant en diasporas un peu partout à travers plusieurs régions d’Algérie ou de l’Afrique du Nord d’une façon générale, et même outre-mer. En somme, ce furent des conséquences désastreuses inéluctables qui sanctionnent toujours toute perte tragique de souveraineté politico-territoriale par un peuple aimant la liberté. En effet, pour revenir à son histoire, il faut sans doute bien souligner que les trois siècles de la domination turque en Algérie ne parvinrent nullement à ébranler l’indépendance des Kabyles. A l’instar de leurs ancêtres, ceux-ci ont su résister à l’envahisseur en défendant leurs libertés, en protégeant leur culture, leur langue, leurs traditions et leur cohésion contre toute ingérence étrangère. Si certaines tribus de la basse Kabylie ont subi l’influence politique des conquérants turcs, sous prétexte de l’Islam, en revanche aucune d’elles n’a définitivement accepté leur loi et encore moins adopté leur langue, leur rite religieux ou leurs coutumes.

Voici ce que nous encourrons en confiant aveuglément notre précieuse souveraineté à un pouvoir central corrompu jusqu’aux os, comme ce fut le cas jadis, à l’époque de la Régence d’Alger, avec le pouvoir corrompu de l’Odjak. En effet, devraient-on rappeler qu’une fois l’ennemi français débarqué sur nos rivages, l’armée des Janissaires et des yoldaches se fut si promptement volatilisée et ce fut aux farouches et valeureux Izwawen (Kabyles) qu’on fit appel pour faire face aux bataillons de l’ennemi bien armé et très bien entrainé à la bataille qu’il avait méthodiquement préparée ! En effet, le 14 juin 1830, au matin, le maréchal de Bourmont débarqua à Sidi Fredj avec pas moins de 40 000 hommes. Le 19 juin, lors de l’unique bataille de Staoueli, les troupes françaises prennent l'avantage sur l'armée des kabyles. Cette défaite des kabyles ne fut possible qu’à cause de l’absence de logistique que le Dey ne leur avait pas assurée en cette contrée étrangère pour eux. Pire, les combattants Kabyles se retrouvent pris entre deux feux ! Le Dey avait en effet promis une forte récompense pour toute tête de Roumi tué, et ce sont des Kabyles, au faciès européen, que les hordes des Janissaires se mirent à tuer pour encaisser les primes promises par la Régence Turque d’Alger.

Le 5 juillet, les troupes françaises occupent Alger et, le jour même, le dey Hussein signe l'acte de capitulation, non sans ménager ses intérêts bassement personnels. Il s’était assuré de conserver ses biens personnels ainsi que son droit à l’exil vers le lieu de son choix. Les caisses de ce qui reste comme État seront bien entendu pillées et il quitte définitivement, sans le moindre remord,  le pays avec sa famille à bord d'un navire français à destination d'un port italien. Le 11 juillet 1830, 2 500 janissaires d'Alger sont expulsés pour l'Asie Mineure. Ainsi, nous le voyons, après 313 années, sans la moindre peine, les Turcs abandonnent cette « Algérie », qui ne fut jamais leur patrie, pourtant un pays qu'ils ont gouverné depuis plus de trois longs siècles !!! Le souvenir du désastre de cette tragédie, notamment de la malheureuse défaite de Staoueli du 19 Juin 1830 est encore vivace dans la mémoire kabyle. Elle fut l’unique bataille à laquelle furent confrontés les soldats français et elle fut livrée par les braves Zouaves (Izwawen, Kabyles) avant la chute d’Alger et la capitulation du Dey Hussein le jour même ! Pris au dépourvu et cueillis à court d’armes et de munitions, aux portes d’Alger en juillet 1830 ils durent laisser sur le carreau des milliers de morts [2]. Ainsi, au moment où l’hideuse occupation coloniale française progressait et s’étendait sur tous les territoires abandonnés par les indus occupants Ottomans, et par la faute de ce pouvoir turc corrompu et traître, la Kabylie fut prise au dépourvu. Elle n’avait pas encore réussi à trouver un moment de répit et de paix pour se consacrer à l’édification institutionnelle de son Etat. Ce fut ensuite l’inéluctable bataille d’Icherriden au printemps 1857 qui consacra la supériorité militaire française sur la Kabylie et le prix que les Kabyles durent payer, à cause de leur absurde imprévoyance politique, fut exorbitant. A la longue, la Kabylie cesserait un jour d’exister en tant qu’entité nationalitaire séculière !

4.      Le fait religieux et la laïcité en Kabylie face au péril de l’islamisme politique

Le fait religieux en Kabylie

Commençons cette analyse par l’invocation des faits saillants de l’histoire de la Kabylie. Les confédérations villageoises kabyles, d’essence foncièrement républicaine étaient si bien assises sur un fondement social autonome des plus solides qu’elles étaient satisfaites de leur mode de fonctionnement selon une organisation sociopolitique propre à elles et librement consolidée par la pratique et l’usage au fil des siècles. Ni la famille, ni la cité ne voulurent prêter l’oreille à toutes sortes d’innovations que les puissances dominantes successives ne cessaient de leur proposer d’adopter, car celles-ci furent perçues comme étant dangereuses, susceptibles d’ébranler et de porter atteinte à cet équilibre séculier, devenu naturel pour la société kabyle. Ainsi, sur le plan religieux, la Kabylie avait fini par avoir un islam spécifique majoritaire, adapté à sa conception de la spiritualité et de la temporalité. On l’appelle d’ailleurs l’islam kabyle. Il est aujourd’hui la cible de divers prosélytismes religieux auxquels la Kabylie a toujours opposé une résistance très vive tout le long de son histoire. Nous devons rappeler un fait indéniable sur lequel se fonde notre propos. En effet, il est notoirement connu que sur le plan juridique, les seules lois d’essence islamique qui furent admises par toutes les confédérations villageoises kabyles, respectées et harmonieusement intégrées par leur société, furent uniquement celles qui étaient conformes à l’esprit et à la lettre des Kanouns séculiers, (l’Azref, le Droit coutumier, proto-constitution), souverainement établis par Tajmayt (l’Assemblée du village). Dès lors que son droit coutumier lui donnait entièrement satisfaction, Tajmayt continuait résolument à méconnaitre toutes les autres dispositions et exigences juridiques du Coran car jugées incompatibles avec leurs Kanouns.

Le laïcisme, valeur ancestrale du peuple kabyle

Devant une telle opposition aussi catégorique, la loi coranique (Charia) se trouva donc impuissante à s’implanter dans la cité kabyle. Le caractère théocratique de la législation musulmane ne pouvait alors s’allier avec l’esprit essentiellement républicain et laïc du peuple kabyle. Les grands bouleversements induits par l’arrivée violente de l’islam en Tamazgha n’avaient pas pu affecter profondément la Kabylie et ce principe séculier. La loi foncièrement laïque du peuple kabyle ne toléra, dès le début, aucun empiétement sur son domaine social et politique. Ainsi, ni le régime féodal, ni le régime théocratique auxquels les Turcs essayèrent, à partir du XIe Siècle, de les soumettre, par l’influence de quelques personnages religieux, ne purent supplanter définitivement les coutumes et traditions kabyles antiques [1]. Bien plus, les confédérations villageoises kabyles, basées sur l’esprit républicain et démocratique et sur leur amour irréfragable de liberté, ont su préserver l’essentiel de leurs traditions et leur culture, survivre aux dures et longues périodes d’agitation et d’anarchie qui secouaient régulièrement le reste de l’Afrique du Nord. Armé d’un esprit réfractaire à toute sujétion étrangère, voulant toujours jouir du maximum de sa liberté, animé par son génie et sa volonté de fer, le Kabyle a toujours défendu résolument le régime républicain légué par ses ancêtres. Les influences d’essence autocratique ou théocratique qui purent se constater par certaines périodes dans la vie sociale des Kabyles ne sont que des compromis stratégiques de survie, des accidents dont l’histoire n’ignore pas les raisons et les origines.

Pour conclure ce bref survol de l’histoire, nous devons rappeler également un fait beaucoup plus récent qui remonte seulement aux premières élections pluralistes de l’Algérie postindépendance, en juin 1990, plus précisément. En effet, la spécificité sociopolitique laïque de la Kabylie fut mise en évidence d’une manière éclatante que nul ne peut raisonnablement contester. Alors que le principal parti islamiste algérien de l’époque prônant avec véhémence l’instauration d’une république théocratique islamique en Algérie, triomphait magistralement sur tout le territoire algérien, en Kabylie, le peuple Kabyle s’est prononcé nettement contre lui, en votant pour le seul parti politique en lice qui prônait résolument le projet républicain, démocratique et laïc. Cela s’était répété aux législatives de décembre 1991. Quel meilleur argument que celui-ci pourrait-on opposer à ceux qui continuent de nier absurdement la spécificité sociopolitique, le fait religieux et le laïcisme de la Kabylie au sein de ce vaste ensemble algérien ? En vérité, l’unique explication pertinente de ce comportement vient du fait qu’en s’islamisant, tout en sauvegardant sa langue ancestrale, le Kabyle n’a pris de l’islam que ce qui est conforme à l’esprit laïc et républicain de ses lois et de ses traditions socioculturelles séculières. Ce faisant, on peut dire que  le Kabyle s’est majoritairement islamisé sans rien renier de lui-même. 

L’irruption de l’islam politique dans l’ensemble algérien

Examinons maintenant les menaces récurrentes d’agression qui planent sur la spécificité sociopolitique et culturelle de la Kabylie, résultant notamment de l’ingérence de la religion dans le champ politique. Soutenue et encouragée par les structures institutionnelles du pouvoir central, la religion est instrumentalisée au service de la politique. L’origine de la crise algérienne de ces trente dernières années est justement le fait de l’irruption de l’intégrisme islamiste sur la scène politique. Pourtant, il est bien connu que le fanatisme et le fondamentalisme, de quelque religion qu’ils soient, ne conduisent qu’à des résultats négatifs. Les tyrannies religieuses du Moyen-âge ne menèrent les peuples, en Europe ou en Afrique du Nord, qu’à la barbarie dont les effets ont été néfastes au progrès et à la civilisation du genre humain. Le fondamentalisme et le fanatisme sont pour ainsi dire des pathologies religieuses aux effets dévastateurs. Ils conduisent le peuple qui en est atteint à sa déchéance et à l’avilissement de ses valeurs de liberté, de justice, de tolérance, de création.... Nous en savons quelque chose en Algérie à la fin de ce 20ème siècle ! Il est bon de diagnostiquer ici brièvement l’origine de ce mal.

Pourquoi la Kabylie est demeurée à l’abri de cette pandémie dévastatrice ?

En effet, nous devons souligner que cette dangereuse pathologie qu’est l’islam politique hégémonique en Algérie, même promu par les structures de l’Etat-Nation, ne s’est pas encore répandue en milieu kabyle. Cependant, s’il venait à s’y implanter il menacerait dangereusement la cohésion et la paix sociales du peuple kabyle. Mohammed Arkoun, l’imminent islamologue kabyle de notoriété internationale, nous a suffisamment éclairés sur l’origine et la propagation de ce fléau [4]. En effet, le fondamentalisme religieux en général est basé sur un postulat archaïque selon lequel toute forme de connaissance scientifique qui introduit un regard purement historique, sociologique, linguistique, anthropologique et critique sur la croyance orthodoxe et les rites qui l’expriment, doit être à priori écartée. Il refuse dès lors de s’interroger. On devine alors ce que devient toute religion quand elle renonce aux exigences intellectuelles et scientifiques de la raison. Les dérives fanatiques dont on parlait ci-dessus aliènent profondément les rapports qu’entretient le citoyen avec lui-même déjà. En Algérie, l’intégrisme religieux nourrit les violences politiques après avoir poussé à la disparition des codes socioculturels traditionnels assimilés dès l’enfance, dans le cadre des cultures orales. Ces codes ont été remplacés par des dogmes nouveaux, soit par l’école publique pervertie (expurgée de sa mission d’éducation, du sens civique et de l’esprit critique) soit par la mosquée (dévoyée de sa mission spirituelle pure). Libre cours fut donné à un prosélytisme débridé et à la diffusion d’un islam caricatural, outrancier, réduit à des expressions rituelles, à des formules sans lien avec son patrimoine intellectuel, culturel, moral et spirituel. C’est donc un islam badigeonné de toutes les perversions qu’on tient soigneusement à l’écart de tous les acquis émancipateurs, pourtant incontournables et vivificateurs, de la modernité. La Kabylie fut épargnée de ce fléau du fait que  ses mosquées, même avec des imams spécialement nommés pour la contaminer et la gangréner, sont encore gérées selon la tradition respectant le code kabyle ancestral. À cet égard, la comparaison avec le parcours du christianisme en Occident face à la modernité, le pendant de la Renaissance, et aux révolutions scientifiques du « Siècle des Lumières » est très instructive. Ainsi l’islam en Algérie, en tant que profession de foi avant tout, se trouve depuis l’indépendance pris en otage à l’intérieur même des structures de l’État. Pouvoir et Opposition refusent toujours de suivre l’exemple de l’Église qui garde le monopole de l’autorité morale et spirituelle sur la société sans pour autant s’exposer, comme elle l’avait fait pendant de longs siècles du Moyen-âge, aux compromissions et aux errances qui sont le propre de tout pouvoir temporel. C’est cela le concept du laïcisme kabyle dont il est fait référence précédemment, que vous l’appeliez autrement ne change rien à la nature de ce fait religieux. 

La Kabylie s’oppose farouchement à l’islam politique

Voyons, en revanche, ce qui se passe dans un pays comme l’Iran, auquel aime souvent s’identifier l’Algérie officielle. La Révolution « islamique » de Khomeiny a opté pour l’histoire à rebours de celle ouverte par les Révolutions anglaise, américaine et française. Cette inversion des temporalités historiques par la pire violence politique au nom d’une religion, a plongé le monde actuel dans des guerres absurdes et sans issue visible favorable à la condition humaine. C’est là une voie que la société kabyle refuse obstinément d’emprunter. A cet égard, la Kabylie a constamment refusé cette impasse historique où prédomine la violence idéologique sur une base religieuse (voyez l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Algérie, etc.). Bien plus ! De tout temps la Kabylie s’est opposée à l’étatisation de la religion. L’islam soumis à une surenchère meurtrière n’est qu’un bricolage idéologique. En ayant pour base l’antikabylisme, il a généré l’union sacrée de l’État algérien avec des catégories sociales aliénées, il s’est lancé dans des guerres d’une autre époque. L’effondrement de l’idéologie prolétarienne a réactivé parmi les partisans de l’islam politique l’espoir d’un nouveau Califat mondial. Ils font leurs les promesses de l’eschatologie classique  mais en la vidant de la foi à laquelle ils substituent, par des récits aussi faux que brouillons, des fantasmes idéologiques. Ceux-ci sont injectés dans de frêles cerveaux d’innocents écoliers à travers l’école et la télévision. Ils sont aussi nous retrouvons dans les sermons hebdomadaires des mosquées, toutes contrôlées justement par le Parti-Etat-Nation (Pouvoir et Opposition confondus). Ces discours de la haine du Juif et du Chrétien auxquels est assimilé le Kabyle, sont aussi relayés dans les conversations courantes, dans les discours « élitistes », dans la littérature de bas étage et jusque dans les cassettes charlatanesques vendues à même les trottoirs… Le Parti-État-Nation qui avait exercé le monopole du contrôle sur l’islam comme “combustible politique fécond”, quelque peu dépassé sur le terrain de la légitimité par les leaders islamistes qu’il a lui-même fabriqué et crédibilisé, est désormais contraint de se livrer lui aussi à la surenchère islamiste et au racisme antikabyle. Le résultat en est que, dans le dos du peuple kabyle devenu l’adversaire commun, les couteaux sont en train de s’aiguiser.

L’affirmation du laïcisme ne peut se faire que dans le cadre d’une Kabylie autonome

Que pouvons-nous en conclure ? Si nous sommes aujourd’hui déterminés à revendiquer l’autonomie de la Kabylie, plus que nous ne l’avions fait naguère, c’est surtout par souci de prémunition non seulement de la Kabylie mais de l’ensemble de Tamazgha de ces effets pervers que suscite ce fléau ravageur. Il s’agit avant tout de préserver notre Kabylie ancestrale de cette fatale pandémie fanatique qui semble atteindre tous les états musulmans. L’islamisme dont nous devons nous prémunir risque de nous emporter les uns après les autres vers la déliquescence à travers un processus inexorable d’extinction. La Kabylie est trop chère pour que nous consentions à la laisser à la merci de l’impéritie et l’incurie d’un pouvoir central corrompu jusqu’à la moelle et faisant table rase de tous les idéaux de patriotisme avec une ahurissante irresponsabilité. Si donc l’histoire des religions nous conforte dans cette idée, elle ne nous en apprend pas moins par sa rationalité, son esprit critique et sa méthode discursive que la foi n’est pas toujours vérité absolue et qu’une croyance aveugle, coupée de sa raison, ne mène qu’à l’intolérance et au sectarisme. Ceux-ci sont des signes précurseurs de notre inéluctable décrépitude et de l’avilissement irrémédiable de notre pensée, moralement et intellectuellement. Ainsi, l’affirmation du laïcisme dans le cadre d’une Kabylie autonome apparait comme une exigence historique. Ainsi, les facultés de l’esprit – raison, imagination, imaginal, imaginaire, mémoire personnelle et mémoire collective – demeurent toujours en éveil, vigilantes, accueillantes à toutes les données qui tissent le passé, le présent et le futur des hommes en société. Car la Kabylie compte faire prévaloir cette valeur ancestrale perçue comme hygiène de l’esprit. En ayant son autonomie, la Kabylie préservera ses droits, ses libertés et sa vocation à la connaissance sans cesse partagée, revisitée, soumise à confrontation, testée continuellement dans sa validité, car évolutive face aux épreuves du temps. A l’instar des idées, la spiritualité et la manière de la vivre doivent évoluer avec le temps. «  Fides quaerens intellectum » (la foi en quête d’intelligence), répète l’adage théologique chrétien ; je rappelle cette formule pour souligner que, dans l’islam pris en otage par trop d’extrémistes, il n’y a ni théologie, ni philosophie ou toute autre éthique de la connaissance nécessaire dans toute pratique responsable des sciences de l’homme et de la société. Un peuple aliéné, car infecté par le virus du  fondamentalisme, se retrouve irrémédiablement condamné à l’atrophie qui l’empêche de se développer et de s’épanouir. Un peuple animé par cette maladie intégriste ne pourrait survivre longtemps et sa dégénérescence devient inéluctable. Il faut en prémunir le peuple kabyle !

Aujourd’hui, après avoir héroïquement libéré l’Algérie de la domination et du joug colonial français, étant dotée de qualités et de richesses humaines parmi les plus remarquables, la Kabylie ne peut plus vivre entravée, assujettie à cette humiliation d’un autre âge. En effet, pour reconquérir son indépendance, elle s’employait à toujours aller par des voies difficiles, des sentiers sans issue. Elle est à ce jour en quête de sa liberté perdue en cette année fatidique de 1871, l’année de la révolte (aseggwas n tnekkra). Ce faisant, privée de son autorité, elle n’a fait que reproduire les mêmes erreurs, les mêmes tragédies avec leur lot d’infortunes et de désillusions. La répression à laquelle elle s’expose depuis 1962 est toujours suspendue comme une épée de Damoclès au dessus de sa tête. Ce pouvoir ne manquera pas de lui rendre la vie encore plus laborieuse, plus pénible qu’elle ne l’a jamais été ! Alors, Basta ! De cette vie de déchéance, de prison à ciel ouvert, la Kabylie n’en veut plus ! A chaque fois, elle frôle de justesse son extinction, sa dissolution irréversible dans une nébuleuse arabo-islamiste. Les apothicaires apprentis-sorciers de ce pouvoir charlatan et intégriste, inculte et méprisant les réalités socioculturelles kabyles, ne cessent de s’évertuer à synthétiser une forme de « lotion magique » pour dissoudre la Kabylie !

Aujourd’hui, la nécessité de survie de la Kabylie nous interpelle plus que jamais. Nous ne voulons plus sombrer dans les limbes de l’histoire moyenâgeuse, à cause de l’impéritie du pouvoir central. Nous sommes mis en demeure de se réapproprier nos valeurs ancestrales protectrices d notre tissu social, restaurer et reconquérir plus d’espace, mais surtout plus de liberté, notre unique sève nourricière. A l’aube de ce troisième millénaire, prenons les devants. Un ennemi d’un genre nouveau, la mondialisation, est au seuil de nos foyers, dans les villages les plus reculés aux confins de nos montagnes. Cette adversité galopante charrie dans son sillage la menace grandissante de notre désintégration. Si nous n’y prenons garde, si nous ne nous donnons pas les moyens appropriés et les instruments efficaces pour nous en prémunir, elle ne fera de nous qu’une bouchée. L’heure est grave !

5.      L’autonomie de la Kabylie est une nécessité historique pour un nouveau départ

Nous voyons alors qu’après un examen minutieux de la question relative à l’entité kabyle, du point de vue politique, identitaire, sociologique, religieux, culturel et géostratégique, tous les arguments invoqués plaident d’une manière incontournable pour la nécessité de l’instauration en Kabylie d’un Etat régional doté d’une large autonomie et rattaché à l’ensemble algérien, son milieu naturel. Les valeureux fils de Kabylie doivent se sentir tous interpellés pour la concrétisation de cet objectif sur le terrain. Ils sont sommés par l’Histoire de riposter efficacement, dans l’unité des rangs, comme un seul homme. Les Kabyles devraient donner libre cours à toute leur intelligence, en multipliant leurs activités régénératrices et vivifiantes dans tous les domaines de la civilisation contemporaine. Et qu’importe si d’aucuns, au sein même de l’ensemble algérien, par esprit d’égoïsme ou de jalousie bien étroit, trouvent déjà notre entreprise trop ambitieuse, débordant les limites qu’ils lui auraient arbitrairement fixées. Car ce faisant et à coup sûr, les fils de la Kabylie ne manqueront pas demain de se faire vite distinguer dans le concert des nations. Ainsi, l’activité et le renouveau kabyles susciteront la juste reconnaissance qui leur fait défaut, particulièrement dans le bassin méditerranéen, eu égard à leur précieuse et incontestable contribution au progrès de l’Occident dont désormais ils sont partie intégrante. En effet, la dimension méditerranéenne par excellence du peuple kabyle devra être soulignée et affermie davantage. Car la société kabyle est, pour le sociologue Pierre Bourdieu, un véritable conservatoire de l’inconscient méditerranéen et sa tradition culturelle constitue "une réalisation paradigmatique de la tradition méditerranéenne". Son histoire est imbriquée avec celles des peuples méditerranéens. Sa culture et sa langue portent les influences de plusieurs cultures, phénicienne, latine, grecque, arabe, française…. L’inverse est également vrai. Le peuple kabyle doit naturellement s’inscrire dans toutes les dynamiques méditerranéennes et entretenir une relation privilégiée avec les peuples de la Méditerranée, creuset des grandes civilisations que compte l’humanité.

Cependant, cela relève même d’une loi dans l’évolution de l’être humain, le labeur et l’intelligence sont les seules conditions essentielles à tout homme qui aspire à l’émancipation, au bien-être et au progrès. Admirablement doué par la nature, le Kabyle, comme tous les êtres humains, a le droit et le devoir de chercher à perfectionner sa vie culturelle,  économique et politique, de faire en sorte que tous ses efforts tendent vers la réalisation de son idéal civilisationnel ancré dans son patrimoine ancestral. Aujourd’hui, comme autrefois, les bienfaits et les acquis de la modernité, à l’accomplissement desquels il a cependant pris une part active, en Algérie ou sous divers cieux à travers le monde, ne laissent guère insensible sa patrie : La Kabylie.  Engagée résolument et audacieusement dans cette voie de l’abolition du centralisme jacobin de l’Etat, relique du colonialisme français, la Kabylie est plus que jamais déterminée à affronter son destin. Elle doit se consacrer entièrement à la promotion de son indépendance socioculturelle et à la construction de sa propre économie moderne. Elle ne doit plus compter sur l’économie rentière du pouvoir central. Celle-ci est non seulement évanescente mais pernicieuse. En effet, la Kabylie, consciente de la force et de l’envergure de ses ailes, avide d’espace et de liberté, peut en toute sécurité quitter la cage dans laquelle on a de tout temps cherché à l’enfermer comme une bête féroce, en voie d’extinction, bien que trop exiguë pour la contenir. Elle a à s’envoler de ses propres ailes vers des horizons de liberté. Cette alternative bienfaitrice pour elle-même n’est pas incompatible avec l’ensemble algérien auquel elle pourra demeurer loyale, et solidaire comme ce fut le cas durant bien des épreuves à travers les tourments et les caprices de l’Histoire.

Voici, pour les Kabyles, quelques objectifs immédiats  atteindre dans le moyen terme:

1-        Se reconstruire en tant que nation porteuse de ce qui leur est spécifique : langue, institutions, histoire, coutumes et valeurs, mythes…

2-        Se recentrer sur ce qui leur est propre, en prônant les valeurs positives comme la démocratie directe et participative de Tajmayt (Assemblée villageoise), l’autonomie comme mode d’organisation, la solidarité, l’égalité, la bonne gouvernance, le respect des lois et la dignité humaine, et en s’ouvrant sur certaines valeurs actuelles, nécessaires pour avancer avec toute l’humanité acquise au progrès, en trouvant de justes mesures pour intégrer les femmes, la jeunesse. Les notions de libertés individuelles seront les conditions de leur pérennité.

3-        Créer de nouveaux espaces politiques culturels, économiques, sur leur propre territoire, devrait se conjuguer avec la recherche de collaboration avec d’autres ensembles ou parties de l’Algérie et du monde, méditerranéen notamment,

Ce n’est pas un repli sur nous-mêmes que nous recherchons, bien au contraire. Les individus comme les peuples fragilisés ont tous besoin, ponctuellement, de retrouver leurs repères pour se restructurer et reconstituer leurs forces. Toutefois, une fois cette étape franchie, nous pourrons avoir assez de capacités pour nous ouvrir sur les autres et nous enrichir à leur contact, sans risque de nous désintégrer.

En retrouvant leur personnalité, les Kabyles reconstitueront les liens et le ciment de leur communauté et pourront parler enfin en termes de droits et de destin collectif avec les autres.

Par conséquent, c’est parce qu’elle est mue par son charisme d’avant-garde nord-africaine, de matrice génitrice de modernité et de progrès, que la Kabylie prône aujourd’hui résolument son autonomie régionale. La Kabylie, de l’Etoile Nord Africaine d’Amar Imache et ses camarades jusqu’à nos jours,  s’est de tout temps distinguée par son atavisme et son attachement invétéré à la générosité et la solidarité à l’égard des autres composantes nord-africaines. Elle entend toujours respecter scrupuleusement la dignité des autres dans le respect de chacun à sa souveraine autodétermination à choisir librement le destin qu’il estime être approprié à sa société, sans pour autant que ce choix ne vienne s’imposer arbitrairement au peuple kabyle. La Kabylie est libre de définir de son coté souverainement les nouvelles perspectives qui lui paraissent historiquement viables et cohérentes avec ses caractères identitaires et civilisationnels (langue, histoire, institutions, valeurs, culture, coutumes et mythes…) afin de façonner elle-même son devenir pour être pleinement maitresse de son destin. Cette démarche sera à même de lui garantir son plein essor, tout comme celui de l’ensemble nord-africain. Car la Kabylie a de tous temps été (et elle le demeurera toujours) ouverte à l’amitié, à l’hospitalité et à la solidarité avec les peuples. En effet, son amour inné pour la liberté, ses luttes constantes et immémoriales pour l’indépendance, la défense et la sauvegarde de la dignité humaine, ses compétences et ses aptitudes travail, son amour pour l’ordre, ses qualités faites de loyauté, de prévoyances et d’organisation, son tissu social solidaire… permettent de lui prédire, dans cette voie d’émancipation, une évolution à une vitesse vertigineuse et la certitude chevillée d’un avenir brillant au sein du bassin  méditerranéen. Pour peu que son peuple consente aux sacrifices qui lui sont demandés en ce domaine et fasse résolument sienne cette ancestrale ambition de vivre en peuple libre épris de paix et de solidarité avec son environnement géographique et politique. Cependant, souvenons-nous en : L’autonomie ne se demande pas, ne se revendique pas et ne se décrète pas : Elle se construit avec détermination, patience et persévérance, abnégation et conviction. Ce à quoi nous nous attelons résolument.

Il s’agira alors d’un nouveau départ que tous les Kabyles patriotes espèrent et attendent. Celui-ci ne manquera pas d’ouvrir de nouvelles perspectives, ô combien attrayantes pour cette autonomie d’où, le moindre doute, viendra le salut de la Kabylie et de ses enfants. Car, en définitive, c’est à partir de ce concept que nous pourrons vraiment envisager de bâtir une démocratie authentique et durable autour de nous.Dahmen At Ali,

Militant de base du MAK

Références et notes :

1.    Si Amar Boulifa, « LE DJURDJURA à travers l’histoire, depuis l’Antiquité jusqu’en 1830, Organisation et in dépendance des Zouaoua (Grande Kabylie) »,  Alger, J. Bringau, 1925.

2.    Hamdan ben Othman Khodja, « L’Aperçu historique et statistique de la Régence d’Alger : Le Miroir », publié à Paris, en octobre 1833, directement en langue française. Il a été réédité à Paris par les éditions Sinbad en 1985. Son auteur, Hamdan ben Othman Khodja, un Kouloughli (fils d’un Turc et d’une autochtone, est un notable de la Régence d’Alger, riche propriétaire terrien et négociant, proche de l’entourage du Dey. Les fausses allégations que comporta cet ouvrage,  qui a été par ailleurs réfuté par le Maréchal Clauzel, nous édifient à plus d’un titre de la prévarication outrancière et de la décrépitude de du pouvoir des corsaires d’Alger. En effet, une lecture sereine et objective de cet ouvrage historique, et surtout du récit qui en est fait par l’auteur est révélateur à plus d’un titre de la profondeur du gouffre qui sépare les préoccupations réelles des derniers gouverneurs Turcs de la Régence d’Alger des aspirations patriotiques sincères et loyales du peuple kabyle. A travers ses pages, une brève lecture vous donne vraiment froid au dos et vous édifie de l’innommable mépris et la condescendance outrageuse réservés aux Kabyles par ces envahisseurs étrangers, combien même musulmans de confession. Nous saurons à  travers ce témoignage incontestable, écrit par une personnalité éminemment influente du pouvoir des deys d’Alger, qu’au cours des  pourparlers de négociation de la capitulation, les gouverneurs turcs étaient en fait occupés à sauver bassement leurs biens matériels, leurs intérêts personnels et quelques dividendes à travers leur collaboration avec les nouveaux Maîtres d’Alger. On découvrira avec effroi, qu’ils furent empêtrés dans une obséquieuse mesquinerie la plus dégradante et la plus vile, plutôt que de se préoccuper du sort des malheureuses populations autochtones opprimées et rackettées pendant plus de trois siècles. Ils ne feignirent encore moins d’invoquer ou de tenter de faire prévaloir une  quelconque justice internationale ou souveraineté imprescriptible sur ce qu’ils considéraient dans leurs écrits être  « leur peuple », professant pourtant la même religion qu’eux et qu’ils sont soi-disant censés administrer et protéger!  Malgré tous ces témoignages accablants, l’histoire officielle de l’Etat Algérien indépendant nous a imposé ce sinistre corrompu Hamdan Khodja, auteur de cette « précieuse pièce à conviction », comme, tenez-vous bien, « Le premier militant nationaliste algérien » !!! Quelle audacieuse supercherie! Vu le patriotisme pernicieux et hypocrite de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, il y a lieu de méditer vraiment sur notre devenir.

3.    Réfutation de l’ouvrage d’Hamdan Khodja : « Aperçu historique et statistique de la Régence d’Alger », rédigée et publiée par l’entourage du maréchal Clauzel dans l’Observateur des Tribunaux français et étrangers, juin 1834.

4.    Mohammed Arkoun, « Religion et laïcité: Une approche laïque de l'islam », L'Arbrelle, Centre Thomas More, 1989;

 

                                   Autonomie : La seule solution

Il est inutile d’épiloguer sur l’évanouissement du Mouvement citoyen de 2001 ; mais il a montré au moins à la face du pouvoir algérien que la Kabylie sait se mobiliser comme un seul homme lorsque l’adversité l’y contraint. En l’occurrence, l’assassinat, par des forces armées nationales censées les protéger, de 126 de ses citoyens innocents, à la fleur de l’âge pour la majorité d’entre eux, a été ressenti comme une entreprise génocidaire à l’égard de tout un peuple et a entraîné le 14 juin 2001, un mouvement citoyen pacifique unique dans les annales par son ampleur. Et 8 ans après le massacre, la blessure est restée intacte dans le cœur de chaque Kabyle comme un stigmate rédhibitoire à toute forme de compromission avec le régime actuel.

Cette manifestation pacifique dévoyée par le pouvoir qui l’a stigmatisée comme une “ invasion de Kabyles dans la capitale ” est une réaffirmation solennelle du peuple kabyle à vivre dans la liberté et la dignité en toutes circonstances. Cette tentative de détournement de l’opinion a produit l’effet inverse chez l’immense majorité des Algériens qui a vu, à travers ce mouvement populaire, une possibilité de réalisation de sa propre autodétermination.

Depuis, le pouvoir, à travers la gendarmerie et parfois l’armée, multiplie les provocations sanglantes par ce qu’il présente comme des “bavures” et son allié l’intégrisme s’affiche en pays conquis malgré un quadrillage militaire de la région digne d’un état de siège. Entre les deux, “des groupes armés non identifiés” organisent le racket et l’assèchement de la sève économique régionale par des assassinats d’entrepreneurs ou leur enlèvement en vue d’extorsion de sommes d’argent qui anéantissent leurs projets. En toute quiétude !

À ce jour, pas un gendarme, militaire ou policier, responsable de meurtre, n’a été inquiété ni par sa hiérarchie ni par la justice. Pas plus qu’aucun kidnappeur n’a été appréhendé.

Le phénomène est tel que le citoyen le plus ordinaire tire de lui-même la conclusion qu’entre tout ce beau monde il doit nécessairement exister une connivence qui, dans bien des situations vécues, parait comme une évidence. 

En fait, la mise en déréliction que subit actuellement la Kabylie de la part du pouvoir qui, dès 1962, a ravi la victoire aux Algériens en général et à la Kabylie en particuliers, remonte bien au-delà. Par la ruse, la compromission, l’assassinat et même la délation de patriotes au profit de l’ennemi, les tenants de l’idéologie arabo-islamique ont systématiquement éliminé les élites kabyles depuis l’épopée de l’Étoile Nord-africaine en 1926.

Aujourd’hui, la région subit une offensive acharnée de “normalisation” qui se manifeste par l’arabisation et l’islamisation à outrance.  L’imposition de la langue arabe a pour simple vocation de tuer la langue kabyle tandis que l’islamisation sert à dépersonnaliser le peuple kabyle et le dépouiller de ses valeurs ancestrales de liberté, de laïcité, de tolérance et de respect de l’autre. Et comme si les moyens financiers et humains déployés par l’État algérien, dans cette entreprise éperdue d’acculturation et d’aliénation de la Kabylie, ne suffisaient pas, ce dernier n’a pas hésité à brader une “souveraineté nationale” chatouilleuse en d’autres circonstances, pour appeler en renfort une puissance étrangère.

Mais las ! Les Kabyles ont pris définitivement conscience que dans de pareilles conditions, une seule option s’impose à eux pour assurer leur survie en tant que peuple à part entière : l’autonomie régionale dans les limites territoriales historiquement assises avant l’insurrection anticoloniale de 1871 (Tanekkra n 71).

Cette option n’est pas un choix, c’est une nécessité et l’autonomie, outre qu’elle est une bonne solution, se révèle être la seule solution. Quoi qu’il en soit, le peuple kabyle ne sera jamais enclin à aliéner ses droits historiques.

Plus que jamais la Kabylie a intérêt à se démarquer politiquement et administrativement d’une Algérie qui se transforme ouvertement en royauté d’un clan avec le compagnonnage d’un large éventail de partis politiques dont les représentants siègent sans état d’âme dans des assemblées où se votent à main levée les lois d’arriération du pays.

Actuellement, le pouvoir s’arroge tous les moyens dont dispose le pays pour consolider un appareil répressif destiné à contenir partout les révoltes citoyennes. En direction de la Kabylie, en plus de la répression et de l’intimidation, il fait usage d’un matraquage démagogique quotidien par le biais des médias publics dans le but de la stigmatiser et la désigner comme bouc émissaire de sa propre incurie. En dépit de tout cela, de plus en plus de compatriotes d’autres régions manifestent ouvertement leur solidarité à la Kabylie. Ces soutiens qui nous viennent de l’Algérie profonde sont un baume au cœur pour nous. Ils témoignent de la compréhension et de l’intelligence de nos concitoyens arabophones qui se rendent enfin compte que le combat de la Kabylie ne sert qu’à les tirer vers leur propre émancipation.

À quelque chose malheur est bon. C’est l’arrogance et le mépris du pouvoir envers les Algériens qui a fini par fédérer contre lui tous les peuples d’Algérie. Aujourd’hui, tout le monde sait qu’il ne reste dans le gouvernement que ceux qui sont capables d’immoler à leur cupidité tout le pays aux 4 coins cardinaux, comme certains Kabyles-de-Service qui prêtent à l’ennemi de leurs congénères, leurs mains, leurs discours et leur silence.

En plus des dénis linguistique, culturel et économique des peuples premiers, la falsification de l’histoire est aussi un moyen d’effacer leur existence même. Cette propension est l’apanage de tous les impérialismes et des régimes dictatoriaux qu’ils ont enfantés.

Ainsi, l’histoire officielle occidentale affirme que Christophe Colomb a découvert l’Amérique. Les Américains originels, c’est-à-dire ceux qu’on appelle les Indiens assurent pour leur part que ce sont leurs ancêtres qui ont “découvert” Christophe Colomb, moribond, l’ont soigné et sauvé d’une mort certaine.

Chez nous, les envahisseurs prétendent la même chose et l’outrecuidance du régime l’amène jusqu’à proclamer dans le préambule de la Constitution que « l’Algérie est une terre arabe ».

En Amérique, les peuples amérindiens qui étaient en voie de disparition recouvrent petit à petit tous leurs droits fondamentaux.

Chez nous, les dénis et la répression demeurent les seules réponses à des revendications légitimes.

Au sein du MAK, nous continuons sans faillir le combat pour notre peuple et avec lui parce que nous savons ce que sera demain.

Par Azru Loukad

Secrétaire national à la Culture et au Patrimoine

                                               Ferhat Mehenni.

          Président du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie :

« Le policier tunisien m’a dit : nous ne voulons pas de problème avec l’Algérie »

-  Vous venez d’être refoulé de Tunisie où vous vous rendiez pour y rencontrer votre mère. Pouvez-vous nous raconter les circonstances de votre refoulement ? Quel est l’argument avancé pour vous empêcher d’entrer dans ce pays ?

J’étais très heureux d’arriver à Tunis où, jusque-là, je n’avais jamais mis les pieds. Pour des raisons de sécurité, je n’avais avisé personne en dehors d’un neveu qui devait se débrouiller pour me ramener ma mère, très âgée, jusqu’à cette capitale d’un pays « frère ». Une fois sur place, je me suis dirigé vers un guichet et j’ai attendu mon tour pour les formalités policières d’entrée en territoire tunisien. L’opération a semblé déstabiliser quelque peu le policier ayant pris mon passeport. En introduisant mon nom dans le fichier de la police tunisienne des frontières, une information codée s’est affichée sur l’écran de son ordinateur. Il a demandé de l’aide à un de ses collègues, qui a appelé un chef hiérarchique en civil. Ce dernier me demande de le suivre, loin de la sortie des voyageurs. Là, il me demande de rester derrière l’enceinte d’un lieu qui fait office de bureau, où il appelle ses supérieurs.

D’un supérieur hiérarchique à un autre, il me pose des questions sur mon métier de chanteur auquel visiblement il ne voulait pas croire. Cela ne devait peut-être pas correspondre aux informations en sa possession. Au bout de 25 minutes, je lui demande ce qui ne va pas. La réponse ultime vient enfin : « Désolé, mais nous sommes au regret de vous remettre dans l’avion dans lequel vous êtes arrivé. » Il ajoute discrètement : « Nous ne voulons pas de problème avec l’Algérie ! » Une réservation est immédiatement faite et je fus le dernier passager à entrer dans l’avion du retour. J’ai passé, en tout, une demi-heure à l’aéroport Tunis-Carthage. Ma mère, qui s’apprêtait à prendre la route le lendemain, a éclaté en sanglots en apprenant par téléphone qu’à 84 ans, elle ne pourra pas m’embrasser. Et tout cela s’est passé le jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme ! Devrais-je en déduire que Bouteflika et son régime auraient fait de la petite et charmante Tunisie une république bananière ? Je ne me le permettrais pas.

-  Si on a bien compris, vous êtes également interdit d’accès en Algérie. Pourquoi ? Qu’est-ce que vous risquez si vous revenez au pays et est-ce que les autorités algériennes vous ont notifié que vous ne pouvez plus y revenir ?

Il n’y a pas d’interdiction officielle émise contre ma rentrée au pays. Mais le mandat d’amener lancé à mon encontre, dont la presse algérienne avait fait part en janvier dernier, n’est pas de nature à me rassurer sur mon sort si je venais à rentrer en Algérie. Des fuites m’ont également averti sur un scénario catastrophe selon lequel mon éventuelle arrestation serait suivie d’un attentat « terroriste » dans lequel je perdrais la vie. Je prends tout cela non pas pour de la vérité mais pour des vraisemblances. Je ne suis ni paranoïaque ni naïf. Il est certain que je rentrerai un jour chez moi. Ce sera quand je le déciderai.

Pour le moment, au vu des graves accusations portées contre moi, particulièrement par la presse arabophone faisant de moi l’ennemi public numéro un, le sioniste par excellence, le va-t-en-guerre de je ne sais quelle folie, je ne peux m’en remettre qu’à un dépôt de plainte symbolique auprès des tribunaux algériens pour diffamation, à partir de mon exil. Je ne me fais aucune illusion sur son aboutissement. Dès lors que la commission rogatoire dépêchée à Azazga ne pourra pas m’entendre, un PV de carence sera établi et le non-lieu prononcé. En Algérie, nous ne sommes pas dans un Etat de droit. Je ne peux oublier l’injustice faite à Benchicou ou les poursuites contre El Watan, Dilem, Belhouchet, Alilat... Les hommes et les femmes politiques qui font face à un pouvoir illégitime et terroriste savent tous les risques qu’ils encourent à chaque bravade de leur part.

-  Que comptez-vous faire pour reprendre votre droit de vous rendre dans votre propre pays ?

Je compte, en Algérie, sur le soutien de la Kabylie et des démocrates même si, chez ces derniers, la valeur solidarité a perdu de sa chaire. Ils ne sont plus nombreux à protester devant l’infamie. A l’assassinat de mon fils, aucun communiqué de quelque parti que ce soit ne fut rendu public. Je compte sur les instances internationales pour faire condamner un pouvoir qui fait de la liberté et des droits de l’homme son cauchemar. La sortie de M. Zerhouni, ministre de l’Intérieur, le 24 novembre dernier, à la conférence des ministres de l’Intérieur de la Méditerranée occidentale, est on ne peut plus claire. Pour lui, le danger en Algérie, ce ne sont pas les terroristes islamistes mais, en faisant les déductions qui s’imposent, les démocrates. Il rejoint en cela son inspirateur, Bouteflika qui, à la télévision, disait aux terroristes encore en 2005 « si j’avais votre âge, j’aurais été des vôtres ! ». Tirer sur de jeunes et pacifiques manifestants kabyles est plus courageux que d’aller éradiquer le terrorisme islamiste !

-  Le dernier match Algérie-Égypte a donné suite à une crise politique entre les deux pays, mais il a aussi réussi à susciter une prise de conscience des Algériens qui se sont mis à revendiquer leur identité berbère. Qu’en pensez-vous ?

Cette crise politique est avant tout un problème interne à l’Egypte. Il n’y a qu’elle qui, un mois plus tard, n’arrête pas de gesticuler. Elle considérait probablement jusque-là l’Algérie comme relevant de sa politique intérieure et non de ses affaires étrangères. Après le somnifère idéologique de la « oumma arabe » du nassérisme, le réveil est brutal. Toutefois, en Algérie comme en Egypte, on confère à un match de football une dimension qui lui est étrangère. On prend le sport pour de la politique là où la politique devrait faire valoir l’esprit sportif. Ceci dit, je ne crois pas en ce réveil des consciences par lequel les Algériens se mettraient à revendiquer une identité amazighe. Il n’y a que les Kabyles qui y croient. L’Algérie se décrète arabe et tous ses ténors officiels n’ont pas arrêté de le rappeler en répétant que cette victoire footballistique acquise sur l’équipe égyptienne était « avant tout une victoire arabe ! ». Là aussi, dur sera le réveil pour les Kabyles dont les repères ont été brouillés par l’euphorie, le temps d’une jubilation. Les problèmes sociopolitiques qui sont les nôtres ne peuvent être occultés par des victoires sportives. Et puis, tout cela va retomber à la première défaite qui ne manquera pas de survenir.

-  N’est-il pas le début d’une prise de conscience générale qui pourrait être un élément déclencheur pour une officialisation de la langue amazighe et la promotion de l’identité amazighe en Algérie ?

Il me semble que vous faites preuve d’un excès d’optimisme que j’aurais aimé partager avec vous et avec tous ceux qui y croient. Je refuse d’être naïf à ce point ! Par ailleurs, en ce qui me concerne, la reconnaissance officielle de l’amazighité, bien qu’elle aurait pu constituer un pas pour nous avant le Printemps noir de 2001, participe au contraire de nos jours à la dissolution de l’identité kabyle, travaille à la perte de nos repères identitaires. Or, c’est notre « kabylité » qui nous garantit autant notre amazighité que notre algérianité et non l’inverse. Les Algériens arabophones qui admettent leur dimension amazighe ne le font que du bout des lèvres, puisque de toutes les façons, ils sentent qu’au fond d’eux-mêmes ils l’ont perdue depuis toujours.

-  Cela fait longtemps qu’on ne vous a pas entendu parler du MAK. Que devient le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie ?

Le MAK est et demeure le seul espoir de la Kabylie et du peuple kabyle. Le MAK et le projet d’autonomie de la Kabylie sont les faveurs d’une refondation démocratique de la République. Il sort dans la rue quand il estime devoir le faire. Il appelle ainsi toute la jeunesse kabyle à participer aux marches qui auront lieu le jour de Yennayer, à Vgayet et Tizi Ouzou.

Par Madjid Makedhi

 

                                           TIMANIT I TMURT N YEQVAYLIYEN

                       MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE

                                         M. FERHAT MEHENNI REFOULE DE TUNISIE

En ce jour anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, le 10 décembre 2009, Ferhat Mehenni, opposant kabyle au régime algérien, a été refoulé à l’aéroport de Tunis-Carthage. Tunis, en exécutant servile des ordres et des basses besognes du dictateur algérien et de son pyromane ministre de l’intérieur, vient de ternir un peu plus son image et surtout de bafouer un droit universellement reconnu : celui de la libre circulation des personnes.

A  la demande insistante de sa mère, âgée de 84 ans, qui voulait le revoir au moins une dernière fois avant de mourir, le fils avait convenu avec elle de se rendre en Tunisie. Le choix de ce pays s’est imposé  pour sa mère du fait d’un côté de sa proximité par voie terrestre, et de l’autre d’un impossible visa Schengen. M. Mehenni aurait pu se rendre lui-même en Kabylie n’était le  mandat d’arrêt émis par le régime algérien contre lui, il y a de cela près d’un an, pour des raisons politiques. En Algérie sa liberté et surtout sa vie y seraient gravement menacées.

Arrivé à Tunis par le vol AF 2584, vers 15h 15’, il se présenta au guichet de contrôle des passeports. Le nom introduit dans le fichier de l’ordinateur de la police des frontières fait ressortir une information selon laquelle il serait recherché en Algérie.

Après des discussions policières au téléphone durant lesquelles il entendit dire « Nous ne voulons pas de problèmes avec l’Algérie ! », il a été mis aussitôt dans le même avion dans lequel il était arrivé et reprit malgré lui la voie des airs vers paris par le vol AF 2585 ; empêchant du coup une mère  qui devait y arriver le lendemain, d’embrasser enfin son fils exilé.

Bouteflika, non content d'interdire à un citoyen de rentrer chez lui, s'emploie à lui interdire de se rendre même dans d'autres pays.

La Tunisie qui se couche devant l’Algérie ne regarde que les Tunisiens. Le régime despotique d’Alger est quant à lui notre affaire. Cet épisode qui aurait pu se terminer de manière encore plus grave pour la victime vient rappeler les tentations hégémonistes et dictatoriales de l’Algérie sur les peuples voisins. Il nous montre une fois de plus, combien la construction d’un Etat kabyle est une nécessité vitale pour l’avenir des enfants kabyles.

Le MAK révolté par cet acte qui attente à la liberté d’un démocrate, élève une protestation solennelle contre la Tunisie et l’Algérie auprès des Nations Unies, de l’Union Européenne et des ONG dont Amnesty International, Human Rights Watch,  FIDH…

En ce jour symbolique de la célébration des Droits de l’Homme durant lequel le Président des Etats-Unis, Mr Barak Obama s’est vu remettre le Prix Nobel de la Paix, ce sont les dictateurs d’Alger qui ont à craindre pour leur avenir et non les démocrates épris de liberté.

Kabylie le 11/12/2009

                                      Conférence de Ferhat Mehenni

                             Le 12/09/2009 à la « Fête de l’Huma »

L’état-civil kabyle a été le fait de l’administration coloniale. Il a été établi suite à un recensement général de la population de la Kabylie en 1895.Jusque-là, les Kabyles n’éprouvaient pas le besoin de se compter ou d’établir un état-civil. Les denses relations qui encadraient les individus à travers les familles, les clans, les çofs, les villages, les fédérations et confédérations… étaient suffisantes pour établir l’identité de chacun. La Kabylie avait une telle organisation sociale que la traçabilité des familles était aisée pour qu’entre elles des contrats et des alliances se concluent en toute sérénité. Ce peuple qui n’avait jamais estimé bon de construire des prisons, la criminalité y était si rare, se passait aisément d’une police et de sa propension à ficher chaque individu. L’état-civil est avant tout un outil de contrôle des personnes et des groupes. C’est la liste d’appel dans une prison à ciel ouvert. C’est le besoin de prévenir d’autres insurrections kabyles, comme celle de 1871, qui avait poussé les militaires français à établir vers 1895 un recensement des villages et des populations qui n’aurait aucun sens sans un état-civil. En Kabylie l’état-civil est une étape supérieure de la victoire des forces militaires coloniales sur la société kabyle. Il est la marque et le témoin de la défaite des Indigènes. C’est le trophée narcissique du vainqueur. Le scalp d’un peuple ornant la ceinture du guerrier colonialiste français. L’acte était en soi suffisant. Avoir un état-civil des Kabyles était presque une fin en soi. C’était une obsession qui trainait depuis 1837, du temps où la Kabylie n’était pas encore défaite. En effet, un décret de cette année-là interdisait, dans l’Algérois, d’embaucher des Kabyles qui ne se faisaient pas recenser auprès de l’administration coloniale. Mais une fois la victoire acquise sur la Kabylie (1857 et 1871), pour connaitre approximativement le nombre de rebelles potentiels auxquels ils pourraient avoir à faire, les années à venir, les militaires chargèrent des Administrateurs de recenser les Kabyles qui s’avérèrent tourner alors autour de deux millions d’âmes. Ces administrateurs, dans l’exécution de leur tâche, ne montrèrent aucun respect pour les recensés qui se retrouvèrent, un par un et du jour au lendemain, attifés d’un nouveau nom qui peu à peu va supplanter (sans parvenir à l’effacer) leur véritable identité. Comme nous sommes au lendemain du rêve de Napoléon III de créer un « royaume arabe », les noms des Kabyles furent tous arabisés par les « Bureaux arabes ». Les Aït, At qui sont les préfixes patronymiques kabyles, sont remplacés par les Ben Bou, Ibn, Beni, Ould… arabes. Par ailleurs, pour distinguer les prénoms homnymes dans une même famille, il a été décidé de fonder des lignées distinctes à partir de chaque membre mâle d’une même fratrie. Ainsi, on se retrouve dans une même famille avec trois à quatre noms différents, sans aucun rapport avec eux. Mais comme en Algérie fraîchement colonisée la situation s’est répétée un peu partout, et qu’en plus l’Administrateur était à court de noms, il donna le même nom un peu partout en Algérie à des familles qui n’ont jusqu’ici aucun lien de parenté. On se retrouve dans cette étrange situation qui donne des noms différents à des membres d’une même famille tandis qu’on partage le même nom avec des étrangers. L’Etat algérien, en décidant d’arabiser l’état-civil kabyle a amené, par la graphie arabe, sa part de distorsion des noms légués par la colonisation sans pour autant les remettre en cause. Nous profitons de ce stand de la Kabylie à la Fête de l’Humanité 2009 à La Courneuve pour soumettre à débat entre Kabyles sur ce crime culturel commis contre notre véritable identité et poser la question de savoir si le moment ne serait pas venu de tenter d’en limiter les dégâts dans un premier temps et, dans un second temps d’en réparer les torts. Ne devrait-on pas, sous l’autorité d’une institution neutre à mettre sur pied, établir à titre symbolique une CARTE D’IDENTITE NATIONALE KABYLE pour ceux qui en feraient la demande et permettre ainsi à chacun de réhabiliter le nom de ses ancêtres ? Bien sûr, pour la traçabilité des noms, il sera fait référence sur la nouvelle carte à l’identité imposée par l’administration coloniale. La question épineuse de la nationalité des Kabyles pourrait être résolue par la citoyenneté. Aujourd’hui, tous les Kabyles se sentent appartenir à la nation kabyle. Donc il y aurait lieu d’indiquer sur cette carte symbolique pour chaque intéressé, la citoyenneté qui, pour d’aucuns serait canadienne, voire québécoise, américaine, pour d’autres française, allemande, suédoise, anglaise, hollandaise, norvégienne… Nous recueillerons vos avis et vos votes à travers nos sites web et ceux qui nous sont amis, les réunions publiques en Kabylie et dans la diaspora... En fonction des résultats que nous aurons au bout de 45 jours de campagne de discussions et de positions affichées, nous abandonnerons le projet ou nous mettrons sur pied les structures et moyens à même de réaliser symboliquement cette réparation de notre histoire.
 
Le témoignage de Kamel Mezoued Kamal Mezoued est kabyle. Il est né en Algérie, mais il vit en France depuis 15 années. Il est éducateur spécialisé. Il nous raconte l’histoire mouvementée de son nom de famille. Demandez à ma mère comment je m’appelle, elle vous dira : Kamal At-Aissa. En Kabylie, cette région de montagnes du nord de l’Algérie, là où je suis né, cela signifie "Kamal descendant d’Aissa". Nous, les Kabyles, sommes l’un des nombreux peuples berbères dispersés dans le nord de l’Afrique. Ne nous confondez pas avec les Arabes : nous avons des origines et une langue bien distinctes. Mon nom de famille kabyle n’est pas un nom arabe. Je m’appelais donc Kamal At-Aissa. Et puis, il y a eu le jour de mon entrée à l’école, le jour où tout a changé. Nous étions en 1975, j’avais 6 ans, et je m’en souviens comme si c’était hier. Au moment de faire l’appel, l’instituteur prononça le nom de "Kamal Mezoued". Je n’ai pas réagi. Ce nom m’était complètement étranger. Pourtant, c’est bien de moi qu’il s’agissait. Ma deuxième surprise, ce jour-là, fut d’entendre que mes camarades avaient eux aussi des nouveaux noms. Tous avaient un point commun : ils commençaient par la lettre M. Au début, j’ai pris ça pour un jeu. Après tout, mes copains aussi avaient tous changé de nom ! C’était peut-être comme ça, à l’école ? Mais plus le temps passait, plus la question me taraudait : pourquoi donc ce changement de patronyme ? Pourquoi m’appelais-je Kamal Mezoued ? Et qu’était devenu Kamal At-Aissa ? Ma mère, à qui je demandais des explications, était incapable de m’en donner. Comme tous les gens du village, elle m’appelait toujours Kamal At-Aissa. Je me retrouvais en fait avec deux noms de famille ! La confusion s’installa dans mon esprit. D’autant plus que selon les professeurs, à l’école, la prononciation de mon « nouveau nom » changeait sans arrêt. Pour les uns c’était Mezoud, pour d’autres Mezouad, voire carrément Merzoud… Bref, c’était un peu compliqué. Avec le temps, j’ai fini par accepter ce nouveau nom, et même à le défendre. Je fais toujours attention à ce qu’il soit bien prononcé : "me-zou-ed" Un jour, enfin, un vieil homme de mon village m’a donné l’explication de ce brutal changement d’identité. Au XIXe siècle, lors de la conquête de l’Algérie, la France a mis en place dans le pays un réseau de "bureaux arabes". Leur but initial était de créer un contact entre les autorités françaises et les autochtones. Les Français avaient besoin d’être au plus près de la population, pour comprendre sa langue, sa culture, ses règles politiques – et ainsi mieux la contrôler. Peu à peu, ces bureaux se sont aussi vus confier des tâches plus administratives : ils rendaient la justice, percevaient les impôts, s’occupaient de l’état civil…Et c’est ce dernier point qui nous intéresse. Les "bureaux arabes" ont en effet participé à la politique d’arabisation de la Kabylie. Comme nous l’avons déjà vu, le kabyle, langue berbère, n’a rien à voir avec l’arabe. Or, la population kabyle avait la mauvaise habitude de se soulever contre le colonisateur français, notamment lors des révoltes de 1871. L’ "arabiser", donc lui enlever son identité, était une manière de casser sa cohésion. C’est ainsi que les noms de lieux, mais aussi les noms de famille kabyles, ont été systématiquement remplacés par des noms arabes. Souvent très fantaisistes, comme en témoigne l’histoire de mon arrière-grand-père. Celui-ci, en allant s’inscrire à l’état civil, eut la mauvaise idée de s’encombrer d’une outre. Qui, en arabe, se dit "mezoued". L’officier d’état civil n’eut pas à se creuser la tête longtemps pour trouver un nom arabe à mon bisaïeul… Et depuis ce jour, notre nouveau nom de famille – Mezoued - est gravé dans le marbre de l’état civil. Sauf au village, où ma famille s’appelle toujours At-Aissa. Mais alors, me demandez-vous, pourquoi tous mes camarades kabyles portaient-ils eux aussi un nom arabe commençant par la lettre M ? Parce qu’il avait été décidé que tous les noms "arabisés" d’un même village commenceraient par la même lettre. C’est aussi simple que cela.   Kamal Mezoued 

                                       Université d’été 2009

MAK et peuple kabyle : une parfaite symbiose

Le MAK a organisé son Université d’été du 1er au 04 août 2009 au village Tizi n Tsemlal, dans la daïra d’Adekkar.

Cette manifestation politique et culturelle a été dédiée aux militantes et militants disparus :

- Saïd El hadj Djilali,

- Amezyan Mehenni,

- Mme Lhadj Ouerdiya,

- Mme Naït Sid Yamina ,

- Mokhtar Boufaden,

- Mustapha Mouzaï.

Les tentatives d’intimidation sur les organisateurs de l’événement ont été nombreuses mais vaines. Pas moins de 4 visites étaient effectuées par la police et la gendarmerie. Devant la détermination et la force morale affichées, les représentants des autorités ont versé dans des provocations où le ridicule le dispute avec l’incongruité. Ils ont demandé par exemple s’il n’y avait pas de délégation juive invitée et si M. Ferhat Mehenni n’aurait pas été miraculeusement parachuté à Tizi n Tsemlal pour prendre part aux travaux. À signaler que ces intimidations n’étaient pas le fait d’agents plus ou moins zélés mais effectuées par les commissaires de police de Leqser et de Vgayet en personnes. Ainsi, le discours qu’on croyait relever de lubies de pseudos journalistes de la presse arabophone est érigé en doctrine officielle puisque des représentants les plus officiels de l’État tiennent le même langage.

Après un recueillement solennel observé en mémoire de toutes les victimes kabyles, l’Université d’été du MAK a été officiellement ouverte par M. Muhend Larvi Tayev, Président du Conseil national. À sa suite, le Secrétaire général du Mouvement et d’autres membres de l’Exécutif ont pris la parole.

Jour 1 :

Les travaux ont été entamés par la lecture de la communication transmise par M. Ferhat Mehenni, Président du Mouvement.

La teneur de la communication porte essentiellement sur l’aspect organique. Il a été souligné  que suite à la formidable mobilisation populaire du 20 avril 2009, le MAK se doit de dépasser tout amateurisme dans son action future. Le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie doit tendre à s’ériger progressivement en autorité parallèle acceptée par le peuple kabyle.

La discipline, les diverses formes de militantisme, la stratégie ont été passées en revue et largement débattues au cours de la séance.

Jour 2 :

L’Université d’été du MAK a reçu une délégation du Congrès Mondial amazigh composée de représentantes et représentants des Canaries, du Maroc, de Libye et d’Algérie. M. Belkacem Lounès, Président du CMA a délivré une communication particulièrement suivie sur les droits des peuples amazighs consacrés par la communauté internationale et entérinés par certains états concernés dont l’Algérie.

En soirée, M. Hachim Mohand Ouamer a animé une conférence sur l’expérience vécue dans le Mouvement citoyen par la frange non dialoguiste.

Jour 3 :

Dans la matinée du troisième jour, M. Mouloud Boumekla a délivré une communication sur l’expérience du Mouvement citoyen en tant que partie prenante de la frange dialoguiste avec le Gouvernement algérien.

Au cours de l’après-midi, le Docteur Saïd Chemakh, enseignant au Département de langue et culture amazighes de l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Wezzu et chercheur associé à l’Inalco (Aix-en-Provence) a animé une conférence sur le thème de la littérature kabyle. Cette conférence assidûment suivie par l’assistance a donné lieu à un débat riche et dense.

En soirée de cette 3ème journée des travaux, le Docteur M.L Tayev, Président du Conseil national du MAK et enseignant à l’Université Mouloud Mammeri a animé une conférence sur le thème de la saga des républiques kabyles qui ont jalonné l’histoire de notre pays. Le débat qui s’en était suivi est la fidèle illustration d’une ambiance de convivialité fusionnelle où aucune frontière n’existe entre rhéteur et assistance.

Jour 4 :

L’entame de la dernière journée a été inaugurée par la conférence donnée par M. Ahmed Cheballa, Secrétaire national aux perspectives économiques. Dans son message, M. Cheballa a mis en exergue l’existence de potentialités économiques avérées de Kabylie. La conférence de M. Cheballa se veut aussi une réponse cinglante et documentée à tous les nihilistes qui ânonnent encore la sentence qui consiste à ressasser que la Kabylie autonome ne peut être viable économiquement.

À la suite de M. Chebbala et pour en conforter les thèses, M. Naït Amara Moussa a animé une remarquable conférence sur le thème bien réel de“ La budgétisation économique dans la Kabylie autonome ”.

L’Université du MAK a eu le privilège de recevoir un ami Flamand qui a exposé un aperçu sur l’expérience de la Flandre, une région de Belgique qui aspire à son indépendance.

Pour sa part, M. Chérifi Ahcène a fait part de son témoignage sur l’expérience vécue par lui-même et d’autres camarades lors de l’affaire dite des “poseurs de bombes” en 1976.

En dernier lieu, M. Bouaziz Aït Chébib, Secrétaire national à l’organique, a animé une conférence sur le boycott scolaire où il a rétabli bien des vérités sur les tenants et aboutissants de cette action militante qui reste un haut fait dans l’histoire du Mouvement Culturel Berbère.

L’Université d’été du MAK de 2009 a clôturé ses travaux à 1h 00 du matin du mercredi 5 août.

Le MAK tient à rendre un vibrant hommage à l’abnégation de ses hôtes de Tizi n Tsemlal, en particulier M. Arezki Mohamed dont le courage et la persévérance ont assuré la pleine réussite des travaux de l’Université d’été 2009 du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie.

 Kabylie, le 5 août 2009

                                 128e victime : Communiqué du MAK

                                  FARID ACID

             Le 128e martyr du printemps noir

 

Farid ACID, un jeune de Tizi-Ghennif (80km Sud-Ouest de Tizi-Ouzou), vient de rendre l’âme. Alors qu’il n’avait que 21 ans lors des événements du « printemps noir » (Kabylie 2001) il fut atteint par les gendarmes qui, dans sa localité aussi, avaient ouvert le feu sur les manifestants dont il faisait partie. Il avait fallu beaucoup d’interventions pour avoir jusqu’à un élévateur à même de le faire monter dans l’avion qui l’avait transféré en France. Après huit années d’hospitalisation à l’Hôtel-Dieu de Nantes, condamné à la chaise roulante pour le restant de sa vie, il avait de temps en temps nourri espoir de guérison. Il vient d’y succomber à ses blessures.

Le MAK s’incline à la mémoire de Farid ACID et assure la famille de cette 128eme victime de sa solidarité et de sa compassion.

Le MAK rappelle qu’il saisira bientôt les instances internationales sur les jeunes kabyles assassinés par le pouvoir algérien de 2001 à 2004.

Ce martyr nous rappelle cruellement tous ses camarades et nous invite au recueillement pour leur rendre hommage. Il nous rappelle aussi que tant que la Kabylie n’aura pas son autonomie régionale, les assassins qui nous gouvernent peuvent récidiver.

Paix à nos martyrs

TIMANIT I TMURT N IQVAYLIYEN - M—A—K

Vive la Kabylie libre et autonome

Kabylie le 31/08/2009

 

                                    L’AUTONOMIE POUR LA MARTINIQUE :

                                    UNE REVOLUTION FRANCAISE

 

Le président de la république française, M. Nicolas Sarkozy, a annoncé vendredi 26 juin 2009 qu’il propose aux Martiniquais un référendum sur l’autonomie de leur territoire. Cette information entièrement censurée en Algérie est pourtant un événement capital sans précédent en France et dans les pays qui relèvent de la sphère d’influence de celle-ci. Elle signe à elle seule la fin du centralisme étatique à la française dont les dérivés africains, pires que la version originale qui, en métropole a su tant bien que mal évoluer, sont nécessairement appelés à s’effondrer. L’autonomie de la Martinique va être pour le jacobinisme ce que la chute du Mur de Berlin a été pour l’ex Bloc de l’Est.

Le MAK salue cette sage initiative et encourage la France à la suggérer aux pays anciennement colonisés par elle afin qu’ils puissent évoluer dans le sens du respect de la volonté de leurs peuples.

En tous les cas, contrairement au président algérien, une fois de plus M. Nicolas Sarkozy, en agissant comme il vient de le faire, se révèle dans toute la splendeur d’un homme d’Etat. Il a refusé de céder sous la pression au moment des grandes grèves qui avaient secoué ce Territoire d’Outre Mer au début de l’année en cours mais s’empresse, une fois la tempête passée, de reprendre l’initiative et de faire une proposition de sortie définitive de crise.

En comparant cette attitude d’un homme qui a le souci des aspirations profondes des peuples qui l’ont élu et celle d’un Bouteflika qui fait , après le « printemps noir » de 2001 durant lequel plus d’une centaine de jeunes et pacifiques manifestants kabyles furent tués, comme si de rien n’était, le contraste est saisissant.

Les autonomies régionales qui commencent à se répandre à travers le monde depuis six mois (autonomies régionales en Bolivie avec la révision constitutionnelle du 25 janvier 2009, accession du Groenland à son autonomie vis-à-vis du Danemark ce 21 juin 2009), s’avèrent pour le moment comme de vraies solutions aux conflits identitaires qui minent de nombreux pays. Leur succès démontrent, si besoin est, la justesse de notre combat que diabolise le pouvoir algérien et la presse sous ses ordres. C’est d’ailleurs pour ne pas mettre en relief la légitimité du MAK que cette information sur le référendum pour l’autonomie martiniquaise reste toujours censurée en Algérie. Jusqu’à quand ?

Le MAK invite les tenants du pouvoir algérien à avoir de l’audace et un meilleur sens des responsabilités en proposant sans tarder un référendum  à la Kabylie sur son autonomie. Une plaie se cicatriserait.

Paris le 27 juin 2009-06-28  - P/Le MAK, Ferhat Mehenni, Président

                                 

                                           APPEL DE FERHAT

                                              Québec - Kabylie

 

Avant de prendre le chemin du retour pour Paris, Ferhat Mehenni a lancé un ultime appel pour l'adhésion des Kabyles à son projet politique en Amérique du Nord. Le Mouvement de l'Autonomie de la Kabylie compte bien tirer profit de sa présence à l'Instance Permanente des Peuples Autochtones aux Nations Unies. Dans une entretien accordé à notre correspondante, Ferhat Mehenni suggère l'idée de ce qu'il faut bien appeler un impôt communautaire.

 

KABYLE.COM :

Azul Mas Mehenni, la Kabylie était présente pour la première fois à l'Instance Permanente des Peuples Autochtones aux Nations Unies. Vous avez parlé au nom de la Nation Kabyle un peu en chef d'Etat, pouvez-vous nous parler de votre intervention ?

 

Ferhat MEHENNI :

C’est en effet, pour la première fois que le peuple kabyle est représenté es-qualité à cette tribune des Nations-Unies. L’Algérie qui ne reconnait même pas la Kabylie en tant que région administrative devrait en méditer la leçon. La  Kabylie est arrivée à maturité pour réclamer son droit à la maîtrise de son destin. Nous ne nous arrêterons pas à cette action d’éclat. S’il faut actionner toutes les instances et l’opinion internationales pour aboutir à la reconnaissance du peuple kabyle, nous le ferons. Les martyrs kabyles de 2001-2003 réclament toujours justice. Comme celle de l’Algérie est désactivée par la loi sur l’amnistie et la « réconciliation nationale », nous allons nous adresser à la justice internationale. Certes, les moyens financiers nous manquent mais nous comptons sur la mobilisation de tous les Kabyles pour y pallier.

 

K. C. :

En Kabylie, le pouvoir algérien s'adonne au lynchage médiatique de votre Mouvement de l'Autonomie de la Kabylie. On annonce une nouvelle visite de M. Bouteflika à Tizi-Ouzou pour les jours à venir, qu’en pensez-vous?

 

Ferhat MEHENNI :

Il est vraisemblable que cette visite soit la réponse du pouvoir à notre montée au créneau contre lui à la tribune des Nations-Unies. Le faire réagir de cette façon est pour nous une victoire. Ceci dit, nous sommes contre cette visite et M. Bouteflika n’est toujours pas le bienvenu chez nous. Le jour où il demandera pardon à la Kabylie et au peuple kabyle pour tous les crimes commis par le régime qu’il incarne, nous pourrons envisager une autre attitude.

Pour le moment, si sa santé de vieillard le lui permet, nous savons qu’il va réquisitionner les fonctionnaires pour lui faire la haie d’honneur et ramener par train et par bus quelques milliers de personnes étrangères à la Wilaya de Tizi-Ouzou pour l’acclamer en arabe dans nos rues.  Pour autant, il ne trompera personne sur son attitude raciste et belliqueuse envers les Kabyles. Si, c’est un plan de développement qu’il souhaiterait annoncer, il n’a pas besoin de venir jusqu’à Tizi-Ouzou. Il peut l’annoncer de n’importe quel lieu non seulement d’Algérie, mais du monde entier, y compris depuis Genève où il est pour des soins d’urgence. Et puis, quel crédit accorder à des annonces de plans de développement économique qui n’existent même pas sur papier encore ?

 

K. C. :

Revenons à votre voyage en Amérique. Vous avez rencontré les membres de la communauté Kabyle à Washington et à New-York,  pouvez-vous nous faire un résumé de vos rencontres ?

Ferhat MEHENNI :

Je suis honoré par l’accueil que la communauté kabyle  m’a réservé. Aux États-Unis, ce sont les Kabyles qui habitent à Philadelphie qui ont demandé à ceux de New York d’organiser cette rencontre. Ils étaient venus même de régions ayant un décalage horaire avec  le lieu du rendez-vous. J’ai salué individuellement chacun d’entre eux. Par contre à Montréal, il y a concentration de Kabyles dans cette mégalopole qui en compte environ trente mille. Il y en  a quand même qui étaient venus d’Ottawa et de la ville de Québec. J’ai remarqué que les mentalités ont évolué positivement en faveur du MAK et du projet d’autonomie pour la Kabylie. La conférence à l’UQAM a été une occasion de faire le point sur notre propre histoire de ces dix dernières années. J’espère avoir contribué à en donner un éclairage objectif. Il est fort probable que je rende visite à cette communauté deux fois par an pour faire le bilan de notre action et prendre ses conseils pour les actions à venir pour l’autonomie de la Kabylie.

K. C. :

Une conférence a eu lieu à Montréal le samedi 6 juin, un fief important pour votre mouvement dans la diaspora...

Ferhat MEHENNI :

Aujourd’hui, tout le monde s’est rendu compte de l’impasse qui était la nôtre en suivant, jusque là, la ligne de l’ex Mouvement Culturel Berbère se limitant à la revendication de « tamazight langue nationale et officielle ». Nous voyons qu’en tant que Kabyles, en tant que peuple, la langue est certes très importante, mais pas suffisante. Seule la maîtrise de notre destin par nous-mêmes est en mesure de résoudre les problèmes qui sont les nôtres et qui se sont aggravés au fil des décennies depuis l’indépendance de l’Algérie. Par ailleurs, la justesse de nos positions et notre fidélité à nos valeurs et à nos principes ont permis de reconstruire l’espoir là où les déceptions, voire les trahisons avaient détruit toute idée de confiance en notre classe politique. Toutes les arguties développées par les adversaires du projet d’autonomie régionale, de même que les mensonges colportés contre nous ont eu le temps de montrer leur véritable nature. L’accueil qui m’a été réservé par la communauté kabyle en Amérique a pour moi la même signification que la marche du 20 avril 2009 en Kabylie : Une adhésion à un projet crédible, portant les espoirs d’un avenir plus sérieux pour nous en tant que peuple.

 

K. C. :

Vous avez  participé à la marche pour la langue française organisée par  le MMF, vous avez également rencontré plusieurs personnalités politiques du Québec, pouvez-vous nous faire un résumé de ce qui a été discuté ?

Ferhat MEHENNI :

J’ai été invité au rassemblement du Mouvement Montréalais pour le français. J’y ai été par solidarité et j’y ai rencontré toutes les personnalités québécoises œuvrant pour la défense de la langue française au Québec. Un compte rendu sur ces rencontres va être publié demain.

K. C. :

Quelle conclusion feriez-vous au terme de ce voyage ?

Ferhat MEHENNI :

Le militant que je suis n’est jamais tout à fait satisfait de son action. J’aurais aimé faire plus que mes moyens actuels ne le permettent. Cependant, j’ai des motifs de satisfaction : Avoir réussi à faire entrer pour la première fois la langue kabyle dans le Palais des Nations Unies, début d’internationalisation de la question kabyle, développement d’un réseau de solidarité international avec le peuple kabyle, conférences et débats enrichissants pour notre cause et adhésions de nombreux cadres au MAK. Nous pouvons toujours faire mieux.

Je remercie les organisateurs de ces rencontres et ceux qui s’y sont rendus. Je félicite pour leur sens de la solidarité toutes celles et tous ceux qui ont cotisé pour payer mes frais de voyage. Il serait bon d’ailleurs que le réflexe de solidarité par une petite cotisation mensuelle devienne régulier.

Nous sommes sur la bonne voie. Le pouvoir algérien va réagir soit par la répression, soit par la séduction (voyage de Bouteflika en Kabylie) soit par le mensonge contre nous, comme il l’a fait avec ses journaux tels « Ennahar ». Il pourrait même les combiner ensemble. Mais du fait que nous avançons à grands pas vers notre liberté, ses réactions sont d’ores et déjà vouées à l’échec. Aussi, donnez-moi la main, j’ai besoin de l’aide de chaque Kabyle.

Tanemmirt  

Entrevue réalisée le 8 juin 2009 par Tassadit Ould-Hamouda pour Kabyle.com

                                                           

                                                                            - NATIONS UNIES

INSTANCE PERMANENTE DES PEUPLES AUTOCHTONES

HUITIÈME SESSION

COORDINATION DES AUTOCHTONES FRANCOPHONES

C—A—F

L’ALGÉRIE OPPRIME LE PEUPLE KABYLE

L’UNE DES PREMIÈRES NATIONS

AMAZIGHES D’ALGERIE

Massa Taselwayt, inevgawen n lherma, imceyâen n igherfan imenza, azul sghur Tamurt n Iqvayliyen. Meqqar d sin wawalen-a s teqvaylit di tejmaât n legnas yedduklen,  ad nelli yissen tiwwura n tudert tagraghlant tunsivt i weghref aqvayli.

Madame la Présidente, honorables représentants des peuples autochtones, le peuple kabyle vous salue dans sa langue pour marquer son entrée officielle au Palais des Nations Unies, en ce mardi 26 mai 2009.

Le peuple kabyle est, depuis l’indépendance de l’Algérie (1962), le souffre-douleur du régime qui s’est imposé par la force. En stigmatisant chaque jour les Kabyles et en les désignant à l’opinion comme une grande menace sur l’unité nationale, le pouvoir algérien s’en sert comme bouc-émissaire et comme un formidable moyen de diversion politique à l’échelle du pays. La Kabylie a une forte personnalité qui lui donne une identité indissoluble dans tout ensemble politique qui ne la reconnait pas et ne la respecte pas pour ce qu’elle est.

Ainsi, les 47 années que viennent de passer ensemble ce pouvoir et la Kabylie sont faites d’un interminable bras de fer dont les apogées sont cycliques :

-Insurrection armée en 1963-65, révolte pacifique au « printemps amazigh » de 1980,

-création de la première Ligue Algérienne des Droits de l’Homme en 1985,

-Boycott scolaire durant toute l’année 1994-95

-Révolte pacifique suite à l’assassinat du grand chanteur populaire kabyle Matoub Lounès en 1998.

-Assassinat de 126 manifestants pacifiques kabyles par les gendarmes algériens en 2001-2003 auxquels s’ajoutent plus de 1200 handicapés à vie par balles réelles.

-Boycott de toutes les élections présidentielles depuis 1999 dont les dernières, le 9 avril avaient donné lieu à de violents affrontements entre les citoyens kabyles (surtout dans la région de Tuvirett : Rafur, Imceddalen, Cherfa, At Hamdun, Taqervuzt, Tazmalt, At Zellal…) et les troupes dépêchées par Alger pour voter à la place des électeurs.

-Il y a 10 jours encore, Tala Ifassen et la localité de Vouândas (Kabylie-Est) ont connu des échauffourées opposant 1600 gendarmes aux citoyens de la localité qui exigeaient le rattachement de leur localité à une circonscription administrative kabyle. Trente neuf d’entre eux viennent d’être injustement condamnés à la prison lors d’un procès expéditif dans lequel leur défense n’était pas assurée.

Il faut rappeler que si le pouvoir mobilisait ne serait-ce que 800 gendarmes pour éradiquer le terrorisme islamiste, on n’en entendrait plus parler en Kabylie, et ce, en très peu de temps.

L’oppression identitaire

Le déni d’existence opposé au peuple kabyle, l’une des premières nations de ce qu’il convient d’appeler l’Algérie, fait de son identité, de sa langue, de sa culture et de son histoire un tabou. Pour le pouvoir algérien, le Kabyle ne doit avoir ni identité, ni langue, ni territoire. La Kabylie ne devrait même pas avoir de nom puisque, d’après lui, elle n’aurait pas d’existence. Le problème nodal est donc existentiel. Selon les tenants du régime algérien, elle ne devrait exister qu’une fois son identité morte, digérée par celle d’un pouvoir raciste, antikabyle.

L’occupation militaire et l’insécurité

Actuellement, et surtout depuis les élections présidentielles de 2004, Bouteflika, le président dont l’élection a toujours été sujette à caution, a quadrillé militairement l’espace kabyle pour prévenir une insurrection armée qui n’existe que dans sa tête. Malgré cette présence massive de militaires sur notre territoire, le ministre de l’Intérieur vient d’annoncer qu’il va y déployer des renforts de gendarmes auxquels il promet une caserne dans chaque commune de la Kabylie. A-t-on une intention génocidaire contre le peuple kabyle au sommet de l’État algérien? Nous sommes forcés de le croire dès lors que l’insécurité est savamment entretenue dans cette partie du pays où les terroristes islamistes qui y sont des étrangers se promènent en toute impunité depuis 15 ans. Les kidnappings d’entrepreneurs y sont devenus une industrie très lucrative, plus d’une vingtaine en trois ans. Les faux-barrages routiers, souvent dressés à quelques centaines de mètres de ceux, officiels, tenus par des forces conjointes de la gendarmerie et de l’armée, rackettent de pauvres citoyens dans les voitures quand ils ne donnent pas lieu à des assassinats de jeunes appelés sous les drapeaux.

Le sabotage économique

Les autorités algériennes sabotent l’économie de la Kabylie pour en affamer le peuple et le réduire à la mendicité. Cela en faciliterait la soumission et l’aliénation, la dépersonnalisation. Ce sabotage se réalise à travers plusieurs pratiques :

§       Obstruction à l’investissement public et privé par le refus d’agrément aux projets de création d’entreprises et d’industries viables.

§       Refus d’assiette de terrain devant servir à l’implantation de l’usine ou de l’entreprise de services

§      Refus d’accès à des devises pour l’importation de machines-outils

§      Pression fiscale inégalée ailleurs et par laquelle, d’une part le pouvoir écume la plus value dégagée afin d’éviter son réinvestissement, et d’autre part pour pousser les industriels qui y sont implantés à quitter la région pour d’autres cieux plus cléments.

Même l’agriculture a été prise pour cible. C’est à coups d’incendies allumés par des gendarmes et des militaires que les autorités ont anéanti en l’espace de deux ans (2007-2008) plus d’un million cinq cent mille oliviers, ces arbres mythiques dont l’espèce est endémique, remontant à des millénaires et qui font l’économie, la santé et la fierté de la Kabylie.

Ses forêts (environ 200 000 ha) sont soumises à des incendies criminels depuis plus de vingt ans sans que les autorités ne s’en inquiètent ou tentent de les éteindre. Bien au contraire, y compris lorsque les flammes lèchent les maisons, les militaires interdisent à leurs propriétaires de les éteindre. Les seules années où nos forêts n’ont pas brûlé, ce sont celles durant lesquelles la Kabylie avait chassé les gendarmes de son territoire, pendant les « événements du printemps noir 2001-2003.

La démagogie de l’Algérie à l’ONU

Démagogique, l’Algérie a souscrit à toutes les déclarations de l’ONU sur les droits humains et a même voté celle du 13 septembre 2007 sur les Droits des Peuples autochtones. Sur le terrain, elle en viole l’ensemble des dispositions.

Avec l’appui de la communauté internationale et des organes des Nations Unies chargés du respect des pactes internationaux relatifs aux droits sociaux économiques et culturels, nous espérons faire ensemble pression sur le pouvoir algérien pour que le peuple kabyle puisse jouir de l’ensemble de ses droits que seule une autonomie régionale qu’il revendique à travers le MAK, lui donnera. La marche qu’il a organisée à cet effet le 20 avril dernier à Tizi-Wezzu et qui a drainé plus de 20 000 manifestants en est une preuve édifiante.

J’en appelle personnellement à toutes les consciences éclairées de par le monde pour aider ce peuple de 10 millions d’âmes qui, même en état de légitime défense, préfère une solution politique, l’autonomie régionale, à une solution militaire.

La solution de l’autonomie est celle qui pourrait régler bien des conflits dans le monde dont celui de l’Afghanistan, du Kenya, de l’Irak, de la Côte d’Ivoire, de la Somalie ou, plus proche de nous, celui opposant l’Algérie à travers le Polisario au Maroc qui, depuis quelques années, propose avec sagesse une autonomie régionale pour la bande du Sahara anciennement colonie espagnole.

Après avoir été à l’avant-garde de l’Algérie dans sa lutte de libération nationale, la Kabylie assume avec fierté le même rôle pour nombre de peuples du monde en bute à des problèmes de déni d’existence et d’oppression identitaire et culturelle.

New York, Palais des Nations Unies, le 26/05/2009

Ferhat Mehenni - Président du Mouvement pour l’autonomie e la Kabylie

             La gendarmerie algérienne terrorise le village kabyle d’At Zellal

  L’après réélection de Bouteflika

Mission punitive contre la Kabylie après le boycott des présidentielles

LE REGIME DE BOUTEFLIKA impose la responsabilité collective aux populations innocentes de Kabylie

Le pouvoir algérien vient d’inventer une nouvelle mission à la Gendarmerie en Kabylie. Celle de terroriser les citoyens du village d’At Zellal.

En effet, depuis l’élection de Bouteflika, les gendarmes arrêtent systématiquement dans les barrages routiers tous les citoyens du village At Zellal pour les embarquer à la brigade de Freha où ils subissent un interminable interrogatoire avant d’être fichés.

Ils ciblent sans distinction tous les citoyens de la contrée d’At Zellal. Certains gendarmes astreints à cette corvée qu’ils réprouvent se désolent et invoquent des ordres venus « d’en haut ».

Pour rappel, c’est dans ce même village que les citoyens ont détruit les urnes pour empêcher la mascarade de l’élection présidentielle du 9 avril 2009. La vengeance de Bouteflika s’effectue sans quartier et ne se gêne aucunement de s’en prendre aux vieux, aux handicapés et même à des jeunes filles, tous parfaitement innocents.

Cette pratique qui rappelle le principe de la responsabilité collective imposée à la population par l’armée coloniale est la nouvelle trouvaille de Bouteflika pour exprimer sa haine et son ressentiment envers les populations kabyles.

La hargne brutale de Bouteflika a transformé l’Armée algérienne qui se dit digne héritière de la glorieuse ALN en bourreau de son propre peuple.

Le MAK dénonce avec la plus grande fermeté cette mesure discriminatoire et le climat de terreur envers des villageois pacifiques mais politisés. Il met en garde le pouvoir qu’il tient pour responsable de ces dérives alimentant un climat de haine entre les populations civiles de Kabylie et les services de sécurité transformés en services de répression.

Les partis politiques démocrates, les syndicats, les représentants de la société civile et les intellectuels où qu’ils soient doivent réagir à cette folie avant qu’il ne soit trop tard, car la population kabyle, unie et solidaire ne se laissera pas indéfiniment maltraiter. Déjà, les citoyens d’At Zellal et des environs envisagent de riposter à la mesure de l’affront qu’ils subissent. La situation est grave.

 

                                               Kabylie, le 11 mai 2009

 

                                                LE TERRORISME EN KABYLIE

Plus le terrorisme redouble de férocité, plus Bouteflika, depuis son arrivée au pouvoir, pense en amadouer les partisans barbus en les caressant dans le sens du poil. De reddition en capitulation devant les terroristes islamistes, le pouvoir algérien a encouragé les partisans de l'Etat théocratique auxquels il offre, cerise sur le gâteau, la construction à Alger de la plus grande mosquée d'Afrique à coups de milliards de dollars. Cet argent qui aurait pu être utilisé pour déminer les forêts kabyles et les débarrasser des semeurs de la mort est ainsi gaspillé dans une vaine entreprise de charmeurs de serpents.qui, sentant leur victoire toute proche, s'en servent de moyen de propagande pour recruter des jeunes que l'école elle-même prépare à prendre les armes dès l'adolescence au nom d'Allah !

Qu'entre temps les Kabyles soient soumis à l'insécurité totale ne semble déranger personne au sommet de l'Etat. Bien au contraire, les "faux barrages" dressés par des terroristes, les kidnappings de nos entrepreneurs pour les racketter, les pousser à quitter la Kabylie et partir investir ailleurs, le quadrillage militaire dont la mission réelle ne paraît pas être la lutte antiterroriste dont nous avons grand besoin....sont autant d'éléments qui relèvent d'une politique insensée visant à nous faire payer notre attachement à notre identité, notre langue, notre culture et notre liberté.

La mine qui vient d'endeuiller Azrou N Koulal et la région de Michelet en tuant le jeune Karim, vient nous rappeler tous les dangers auxquels nous sommes volontairement exposés par le pouvoir incarné par Bouteflika.

Le MAK qui s'incline à la mémoire de la jeune victime, dénonce de toutes ses forces cette collusion du terrorisme islamiste avec les autorités algériennes contre le peuple kabyle épris de paix.

P/ le MAK
Ferhat Mehenni - Prague le 26/04/2009

                                                 

                                                     CENSURE !!!!

 

       Le Président du MAK a accordé une interview à Amnay Iflissen qui l'avait proposée à sa rédaction qui l'avait refusée. Alors, il s'est adressé à d'autres rédactions qui, en raison de la solution d'autonomie pour l'ex Sahara Espagnol, ont elles aussi, gentiment repoussé la demande de publier.

Heureusement que nous avons le net où les ennemis de la liberté d'expression ne peuvent nous atteindre.

Entretien avec Ferhat Mehenni

Amnay Iflissen : Comment expliquer à la jeune génération ce qu'est le 20 avril ?

Ferhat :

La jeune génération a sa propre histoire et son glorieux « printemps noir ». Il est son repère et sa boussole militante. Il restera gravé en lettres de lumière et de sang dans sa mémoire. C’est en connaissant cet épisode de leur vie que les jeunes d’aujourd’hui seront amenés à se poser la question de ses origines, de sa genèse. Le simple fait de se demander pourquoi le printemps noir avait eu lieu à cette date précise, les amènera automatiquement vers le printemps berbère de 1980. C’est en effet dans le cadre des cérémonies commémoratives de ce dernier que Guermah Massinissa fut assassiné par la gendarmerie et que l’Histoire s’était emballée une fois de plus en Kabylie.  Ainsi, le printemps noir est la suite plus dramatique du printemps berbère. La génération kabyle de 1980 avait brisé la peur de la prison pour sa langue et son identité, celle du printemps noir a fait voler en éclats la peur de la mort pour sa dignité. Comme les deux générations se donnent encore la main, la compréhension du printemps berbère par les jeunes kabyles d’aujourd’hui est d’autant plus aisée que leurs deux révoltes ont pratiquement les mêmes causes : le déni identitaire opposé par le pouvoir algérien au peuple kabyle.

Amnay Iflissen :  Est ce qu'il ya eu un "avant" 20 avril 1980?

Ferhat :

L’Histoire est une succession de causes et d’événements dont les derniers sont presque toujours conditionnés par ceux qui les ont précédés. Elle est quasiment linéaire. Imaginez une boule de neige qui roule de manière ininterrompue et vous saisirez la marche des peuples et du monde.

Bien sûr qu’il y avait un « avant » 20 avril 80. Il y a eu le soulèvement de la Kabylie contre le pouvoir algérien en 1963 sous la direction du FFS de Hocine Ait Ahmed. Et avant le FFS de 1963, il y avait la colonisation française, le Mouvement National et sa Crise berbère de 1949, la guerre d’indépendance et l’assassinat d’Abane Ramdane… Ce que l’on peut dire est que depuis 1962, la défiance entre la Kabylie et le pouvoir algérien est permanente. Un feu ne s’éteint entre eux qu’une fois un autre allumé. La Kabylie a besoin de reconnaissance pour ce qu’elle est. La lui refuser c’est la pousser chaque jour un peu plus vers l’extérieur du pays et c’est ce que tous les « présidents » algériens, de Ben Bella à Bouteflika sont incapables de comprendre et d’admettre, encore moins de réparer.

Amnay Iflissen : Qu'en est-il du 20 avril 1980 au 20 avril 2009 ? Quel chemin parcouru?

Ferhat :

Le 20 avril 1980 est un jalon de notre histoire. Ses revendications très timides étaient celles formulées en fonction des contraintes historiques de l’époque. A mesure que le temps passait, le MCB gagnait en audace jusqu’aux revendications de respect des droits de l’homme (1985), de démocratie (octobre 1988) et de tamazight langue nationale et officielle (boycott scolaire de 1994-95). Enfin, le printemps noir couvé par tous ces faits historiques a donné naissance à la revendication d’une autonomie régionale que la Kabylie n’est plus la seule à porter aujourd’hui, en Algérie. Chez nos voisins, au Maroc notamment, pour résoudre la question de l’ex Sahara espagnol et mettre un terme à la guerre qui y sévit depuis 1975, c’est la solution autonomiste qui est proposée et qui est en passe de triompher.

Amnay Iflissen : Quelles sont les actions  qui doivent se faire encore afin d'atteindre l'objectif?

Ferhat :

Les seules actions à mener sont celles qui consistent à arracher notre autonomie régionale et faire en sorte que notre langue, sans avoir à l’imposer à qui que ce soit ailleurs, devienne langue nationale et officielle en Kabylie.

Amnay Iflissen : En conclusion, avez-vous un message à transmettre au peuple Amazigh?

Ferhat :

Je dis juste ceci : Il n’y a pas UN peuple amazigh, mais DES peuples amazighs, certes frères mais différents. Il n’y a pas UN peuple algérien mais DES peuples d’Algérie qui ont à coexister dans le respect et la reconnaissance de chacun. Si cela est inconcevable pour certains «Algériens», nous serons alors condamnés à vivre perpétuellement des «Berriane» de Maghnia à El Tarf et d’Alger à Tamanghasset.

Interview réalisée par internet le 17 avril 2009

                                        DECLARATION DE FERHAT A PRAGUE

                                             Déclaration de Ferhat Mehenni à Prague

Je viens  pour la première fois en République  tchèque. Le pays de la « Charte des 77 » restera  pour nous et pour toute l’humanité  un symbole de la résistance pacifique d’un peuple contre sa domination par un pouvoir qui n’est pas le sien. Le « printemps de Prague » fut un tel séisme dans le monde de 1968 que l’une de ses répliques s’est appelée le « printemps berbère » de 1980 dont je suis venu commémorer l’anniversaire dans cette capitale historique de la « Révolution de velours » ; cette aire de la Raison où s’est réalisé entre deux nations sœurs le premier divorce politique à l’amiable de l’Histoire contemporaine. Au-delà de la belle architecture de cette ville, alliant tradition et modernité, j’y trouve comme en Catalogne, en Flandre ou au Québec, au Pays Basque ou en Corse, en Ecosse ou en Kabylie, l’ancrage de tout un peuple dans une mémoire dédiée au combat identitaire.  J’y trouve aussi, cette audace de l’idée européenne se construisant sur la base de l’adhésion volontaire des peuples et non sur la contrainte, le déni, l’humiliation et la soumission. En me penchant sur la trajectoire historique de la Tchéquie, j’ai l’impression de me mirer dans celle de la Kabylie, à quelques exceptions près. En se tendant la main, nos deux peuples pourront sûrement développer un compagnonnage fraternel et instructif. En attendant, nous poursuivons seuls notre voie vers la liberté.

Sans la Kabylie, et pour la troisième fois, l’Algérie vient de réélire à sa tête un homme qui porte la responsabilité morale du massacre de 126 Kabyles, lors du « printemps noir » de 2001. En venant  chez nous, fin mars 2009, dans le cadre de sa campagne électorale, accabler leur mémoire en défendant les gendarmes qui avaient tiré sur nos jeunes, Bouteflika a fait preuve de cynisme et d’arrogance, de haine et défiance qui ont toujours caractérisé l’attitude du régime algérien envers la Kabylie depuis, 1962.

Hormis l’épisode de l’insurrection armée de 1963 et qui était typique de toutes les révoltes de l’époque dans les pays dits du « Tiers monde », pacifiquement et avec dignité, la Kabylie tient la dragée haute à un pouvoir qu’elle n’est toujours pas prête à reconnaître.

De son côté le régime algérien qui se définit comme arabo-musulman n’a de cesse de fourbir ses armes et de mobiliser  toutes ses ressources pour arabiser la Kabylie, la dépersonnaliser. Même les repentis terroristes islamistes qu’il a amnistiés, en dépit du Droit et du bon sens, sont transférés en Kabylie où il leur octroie logements et locaux de commerce pour s’y installer définitivement et œuvrer à convertir les Kabyles à l’islamisme, vecteur de l’arabisme.

La dernière empoignade entre les deux parties est celle des présidentielles du 9 avril 2009 où Bouteflika a envoyé des troupes pour voter et faire voter de force la Kabylie. La bravoure des citoyens kabyles, face aux grenades lacrymogènes et autres assauts violents est telle qu’elle rappelle celle du peuple tchèque face aux chars soviétiques.

De ce haut-lieu de la résistance du civisme contre les politiques de l’infamie et de l’horreur, permettez-moi de louer devant le monde entier la vaillance du peuple kabyle qui, après tant d’épreuves, reste toujours debout, continue de se battre pour ses droits légitimes. Et c’est  au moment où d’aucuns annonçaient sa fatigue et son renoncement politiques qu’il se dresse comme un seul homme pour boycotter  les élections présidentielles. C’est à ce moment où d’aucuns croyaient chez lui, l’espoir enterré  qu’à l’appel du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie il est descendu dans la rue pour dire clairement qu’il est décidé, plus que jamais, à prendre en main son destin et gagner respect et liberté face à son oppresseur, le pouvoir  algérien.

Permettez-moi, à partir de cette patrie de Vaclav Havel, de saluer la mémoire de ceux parmi les miens qui sont tombés depuis 1963 pour notre liberté, de témoigner ma reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui ont été torturés, blessés, incarcérés, handicapés à vie pour briser en eux la volonté de se battre pour leur identité. Permettez-moi de vous dire toute la grandeur et la noblesse du peuple kabyle qui va, je l’espère, accéder à son autonomie régionale, dans un proche avenir.

Ferhat Mehenni

Prague le 24/04/2009

                         Timanit i tmurt n iqvayliyen

         Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie

                           M-A-K - 20 AVRIL2009

                    LA MEMOIRE  ET L’AVENIR

   Tafsut Imaziγen yak° d tafsut taverkant.

Il y a 29 ans, grâce à de valeureux militants, la revendication identitaire a fusé en public pour défier la peur, l’anathème et le déni.

Il y a 29 ans, nous y étions et d’autres nous ont rejoints dans un flot ininterrompu de jeunes, sans cesse renouvelé. Ainsi, il y 8 ans, le pouvoir algérien a tiré sur nos enfants désarmés en faisant parmi eux 126 morts et des milliers de blessés. Nous sommes réunis pour honorer leur mémoire et leur combat.

Hier déjà, nos sœurs et nos frères sont sortis Place de la République à Paris pour porter notre voix et nos espérances. Nous ne le remercierons jamais assez de leur courage et de leur disponibilité. Qu’ils sachent que leur mobilisation est allée droit dans nos cœurs.

Aujourd’hui, 20 avril 2009 ; à Tizi Wezzu, le MAK imprime une autre page de notre histoire.

Nous sommes venus de Tubirett, de Vgayet, de Vumerdes, de Tiaret, de Aïn Oussera, de Djelfa, d’Alger et d’ailleurs pour soutenir la renaissance de la Kabylie que nous ressentons comme le fleuron de notre propre renouveau et de notre propre libération.

Ces soutiens qui nous viennent de partout sont pour nous le meilleur témoignage de la justesse de notre combat.

Cette marche que nous venons de faire est l’expression de notre reconnaissance pour toutes les générations de Kabyles qui avaient consentis de lourds sacrifices pour que nous arrivions aujourd’hui au combat pour l’autonomie de la Kabylie. Elle est mémoire et avenir.

Les intimidations et la répression qui n’ont pu venir à bout du combat identitaire et linguistique des acteurs des années de parti unique ne peuvent, aujourd’hui comme toujours, que renforcer notre détermination à aller de l’avant.

Si l’assassinat de nos frères lors du « printemps noir » a montré le vrai visage du régime face à la Kabylie, il n’a pas pu pour autant arrêter la marche de l’Histoire vers notre destin de liberté. Bien au contraire, il lui a fait faire un bond qualitatif inégalé avec la naissance du MAK.

Le rejet par la Kabylie des élections présidentielles du 9 avril 2009 est une énième gifle pour tous ceux qui, au pouvoir, n’ont jamais conçu d’autre politique que celle de la répression contre les Kabyles. Le message que la Kabylie a toujours envoyé à Alger est celui-ci : « J’exige respect et reconnaissance de mon identité, de mon peuple et de mes droits légitimes à la place du déni d’existence qui m’est opposé ! »

C’est le message délivré par nos parents à la France coloniale qu’elle envoie inlassablement à l’Etat algérien depuis 1963 ; que ce soit avec le FFS d’alors, en 1980 avec le MCB, en 2001 avec les Ârchs et aujourd’hui avec le MAK.

Nous l’envoyons désormais en clair, sans cryptage ni sous-entendu, en prenant à témoin l’Histoire et l’opinion.

Tizi-Ouzou le 20 avril 2009

                            

 
Agenda