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Quelle chaîne TV d'un
Etat Panarabe pour un peuple amazigh?
Edité avant une heure de la conférence de
presse que Said Mammad, directeur de la nouvelle chaine amazighe, organisera
pour le lancement de la chaine dite amazighe.
Après de longues discussions et volets dans les coulisses du Makhzen
/ Pouvoir marocain depuis 2007, un projet d'une chaîne Amazigh en 2010 sera-t-il un rêve/réalité après de nombreuses
sorties médiatiques de "ministre de communication" dans lesquelles il
a essayé, comme ses prédécesseurs de retirer ses responsabilité, vis-à-vis la
situation actuelle de la langue de la majorité du peuple marocain au niveau de
l’'audiovisuel, d'accorder et d'octroyer la langue et culture amazighes sa
place naturelle dans une chaîne dite "Nationale".
Des rumeurs/promesses que les Imazighen sont fatigués d'entendre
et dont ils n'ont jamais pu croire. Ses rumeurs se sont propagées au sujet
d'une "chaîne" amazighe à l'horizon de décembre, après l’avoir étaient
à l'horizon du mois de novembre, puis de juin 2007. Une information que même la
chaîne "Aljazira" a confirmé quelques jours après sa diffusion en Afrique
du Nord. Un autre projet visant selon eux, "la liaison de "Maghreb
Arabe" au Moyen Orient" dans le cadre de leur rêve mythique perdu du « Monde
arabe".
Pourtant l'intégration de l'Amazigh dans l'audiovisuel est un
aspect parmi tant d'autres dans les revendications que le Mouvement Amazigh ne
cesse de relancer dès sa renaissance sans jamais se demander comment serait une
chaîne d'un Etat qui se considère panarabe bien que son peuple soit Amazigh.
D'abord ces rumeurs, que l'Etat marocain a l'habitude de faire circuler, entre
dans le cadre des perturbations et des réactions d'apaisement nés de la colère exprimée
sur la scène par le mouvement amazigh tout
au long de ces derniers jours contre le mépris dont l'Etat marocain fait preuve
envers les revendications légitimes amazighes, notamment l'intégration de l'Amazigh
dans les services publiques et les mas medias après l'échec attendu
"d'intégration et promotion de la langue amazighe dans l'école "nationale".
Supposant qu'une chaîne de télévision sera en œuvre prochainement, sera-t-elle
une copie conforme de l'expérience de la scolarisation de l'Amazigh d'IRCAM ?
Une autre chaîne dominée par la pensée arabe et qui va nous
traduire le contenu des programmes en Arabe et en Français, suivant le statut
que la charte d'éducation non nationale a donné comme rôle à Tamazight dans l'école,
juste un parlé/soutien pour faciliter la méthode d'apprentissage de la langue "sacrée"
arabe.
Qu'est ce que vous attendez d'un Etat qui nous considère comme des
étrangers sur notre terre ? Qu'est ce que vous attendez des ministres panarabes
qui se moquent de nos revendications ?
En 2007, on doit encore supplier, comme majorité du peuple, une
élite panarabe pour enseigner notre langue et permettre à notre culture
d'apparaître sur les mas medias sans exploitations folklorique.
Vu la situation actuelle de notre cause, et l'indifférence de l'Etat marocain
envers les revendications amazighes, la chaîne qu'ils vous préparent sera une
copie conforme des programmes des autres chaînes panarabes non nationales. Tout
simplement, ils vont vous dire en Tamazight d'IRCAM, que le Maroc est un pays arabe,
que Rabat est la capitale de la culture "Arabe" a organisé le sommet
de rencontre des "intellectuels" "Arabe", que le sommet de
panarabisme Arabe vont tenir leur congrès dans la plus charmante ville "arabe",
Marrakech, et que le sommet Arabe sera organisé à Fès à l'invitation du gouvernement Marocain…et que…et que…
Et à la fin de chaque mois, quand il n’y aura plus de programme
pour remplir la soirée de samedi, ils vont vous permettre de voir
"Ahwach" et Rwicha, en même temps, ils vous donneront en spectacles
aux touristes qui croiront enfin que, les Imazighen ne sont plus, sur cette
terre amazighe, que comme de bons serviteurs pour attirer un tourisme façonné
sur mesure dans le laboratoire du Makhzen.
Par Omar Zanifi
Le Maroc et l’Algérie
Communiqué du M.A.K.
La famille qui avance et celle qui recule
Le Roi du Maroc vient de lancer un vaste chantier
de « rénovation et de modernisation
de l’Etat » en installant, dimanche 3 janvier 2010, une Commission
Consultative de Régionalisation (CCR) avec à sa tête son actuel ambassadeur en
Espagne. Dans son discours prononcé à Marrakech, à l’occasion du 10e
anniversaire de son arrivée au Trône, Mohammed VI a réaffirmé sa volonté de
faire bénéficier toutes les régions du pays de ce nouveau mode de gouvernance
qui est l’autonomie élargie dont le Sahara va être le premier bénéficiaire.
En Algérie, la Commission Sbih, chargée de proposer un schéma de régionalisation,
a rendu ses conclusions depuis cinq ans. Bouteflika l’a jeté dans le tiroir des
enterrements où gisent déjà le rapport Issad sur la refonte de la justice et
celui de la Commission du même nom sur le « printemps noir » de 2001.
Toujours obsédé par sa propre succession à lui-même, notre assoiffé de pouvoir
lui a préféré une révision constitutionnelle à la Bokassa Ier, en humiliant un
parlement croupion et un pays castré.
Ce contraste saisissant entre une monarchie populaire qui se démocratise en
se modernisant et une « démocratie populaire » qui se fossilise en se
monarchisant montre à lui seul qui est « la famille qui avance et
celle qui recule »[1][1]. Il met en relief deux attitudes
opposées : Celles de dirigeant ayant l’amour de leur pays et ceux qui ont
la haine de leurs peuples.
Le MAK félicite les Marocains pour ce progrès qui va les propulser dans la
modernité. En même temps, il dénonce
l’immobilisme des « décideurs » algériens basé sur une incapacité à
concevoir une Kabylie autonome et nous condamnant de fait à être à la traîne de
la marche du monde.
Pour pousser les gouvernants que nous subissons chez nous à aller dans le
sens du progrès et de l’Histoire, les Conseils Universitaires du MAK de Vgayet
et de Tizi-Ouzou appellent à des marches dans ces deux capitales kabyles pour
mardi 12 janvier 2010 à 10h. Notre Mouvement fera de ce Yennayer un rendez-vous
avec notre destin de liberté. Même si le régime algérien ne se préoccupe que de
la rente pétrolière pour ses tenants, le MAK est décidé à faire accéder le
peuple kabyle à la maîtrise de son avenir.
P/ Le MAK
Ferhat Mehenni
Grèce : Agression islamiste
Le militant Amazigh FADEL ALAYET, un réfugié politique
en Grèce a été victime, pour la deuxième fois, de violence physique
et tentative d'assassinat perpétrées à son encontre par un groupe supposé
d'extrémistes islamistes.
L’agression a provoqué chez la victime des souffrances
physiques et psychologiques néfastes.
En raison de ses activités politique, Mr Fadel ALAYYET
préparait l’organisation d’un colloque international sur les droits des
Amazighs (berbères) en Afrique du Nord Afrique.
Le colloque qui allait avoir lieu en Grèce devrait
être animé par l'avocat Ahmed Dgherni, président du Parti Démocratique Amazigh
et par Rachid Moumni, représentant du Congrès Mondial Amazigh en Belgique. Mr
Fadel ALAYYET a été menacé de mort par ses agresseurs qui lui ont demandé
d’annuler le colloque et ne pas inviter le Maitre Ahmed Dgherni qu'ils
qualifient d’«anti-Islam» vue que ce dernier adhère a la pensée occidentale et
promovoit la laïcité en Afrique du Nord.
Un appel a été lancé par le congrès Mondial Amazigh
aux autorités grecques pour prendre les mesures nécessaires contre les
agresseurs et appelons tous les autres pays européens ainsi que toues les
Organisations Internationales progressistes à fournir une protection juridique
pour les militants amazigh résidant dans l'Union Européenne.
Hanane AARRACHI
- Réponse à un démagogue
Vous
avez donc poussé l’insolence jusqu’à m’accuser d’être ce que je suis, un
amazigh libre, qui porte un coup dur à votre ronronnement rhétorique. Le
discours du mouvement amazighe vous agace, vous enrage à vous faire perdre les
quatre points cardinaux, à vous pousser à hurler et à braire, tel un possédé.
Votre seule et unique manière de répondre sont, évidement, les insultes et
l’invective, fidèle en cela à la tradition de tes ancêtres foqahha qorayshites
à la barbe hirsute et qui semblent avoir abandonné leur appartenance au genre
humain pour adopter une autre « nature » inqualifiable.
Vous
dites que les amazighs sont contre l’Etat et ses institutions, pour plaire à
vos maîtres qui vous instrumentalisent comme une marionnette. Vous m’accusez
aussi de soutenir l’Etat d’Israël parce que j’ai dénoncé la barbarie et les
horreurs du mouvement terroriste du Hamas et affirmé que la Palestine n’est pas
ma cause.
Je
vous réponds que les amazighs ne sont contre personne. C’est un peuple opprimé
qui revendique ses droits les plus légitimes sur sa terre. Personne ne vous
empêche de renouer avec vos origines et vos aïeuls, allez, si c’est votre
désir, vous faire exploser à Kaboul, Beyrouth, Riad ou Gaza. Je serai votre
cauchemar quotidien du moment que ma seule existence physique vous rappelle, à
vous et à vos paires, l’incertitude de vos convictions fallacieuses édifiées
sur des mensonges énormissimes et une propension maladive à vous présenter
comme « meilleure nation envoyée aux hommes ». Personne ne vous a
délégué pour cette mission. Cessez donc de délirer.
Quant
à l’Etat d’Israël qui constitue votre bête noire, sachez que ce n’est pas une
fiction : c’est un Etat nucléaire, démocratique qui demande des comptes à
ses responsables, président ou ministres. C’est un îlot de démocratie dans une
mer de dictature arabe. Les potentats arabes qui vous servent de repères
incarnent la honte de l’humanité, avec des tyrans qui oppriment leurs peuples
livrés à un esclavage justifié métaphysiquement. Des républiques héréditaires,
des monarchies esclavagistes, des oligarchies militaro religieuses…Comment
daigner vous qualifier l’Arabie Saoudite et le Koweït d’Etats alors que cette
contrées, dirigées par des gangs mafieux, n’ont ni constitutions, ni syndicats,
ni partis politiques, ni presse libres, ni cadres émanant de la société
civile ?
Les
valeurs que ta civilisation de bédouins véhicule inspirent la honte et devrait,
en principe, te pousser à l’humilité. Je te rappelle que lors de la guerre de
Bosnie, un émir qatari a demandé à la communauté internationale que les veuves
bosniaques soient mises sous sa protection au Qatar : tu peux deviner
pourquoi. La tradition des harems a du l’inspirer, et en
« carnivore » patenté, il a osé étaler ses fantasmes bestiaux aux
yeux du monde ! Les défaites de tes ancêtres, dont tu sembles si fier,
sont le fruit des orgies et des « nuits rouges » qu’ils organisaient
sur des terres conquises. Relis les lettres adressées par les Kalifs de Bagdad
et de Damas à leurs gouverneurs en Afrique du nord, les sollicitant à leur
envoyer la chaire humaine, sélectionnée, pour assouvir leurs fantasmes
libidinaux ! Tu peux donc renouer avec la terre de tes aïeuls arabes pour
y manger des dattes, te faire soigner avec l’urine de la chamelle, cumuler des
dizaines d’amantes (Jawari), donner à ta descendance les noms de mule (Jahch),
de chiot (Koulaib)…Tu auras droit à quatre femme et au « mariage de
plaisir ». Tu seras réconforté dans l’au-delà en bénéficiant de 72 vierges
et un phallus en érection permanente. Quant à ton accusation des amazighs
d’être contre le régime marocain, elle s’inscrit dans la continuité des tes
géniteurs qui ont diabolisé Oufkir, Ababou, Chalouati, le général Hammou, Addi
Ou Bihi et bien d’autres. Ta posture de rapporteur est démasquée et nous n’en
sommes pas impressionnés. Ceci fait partie de vos valeurs rétrogrades de
collaborateurs notoires qui ont épaulés l’armée du colonisateur lui servant de
traiteur et de fournisseur d’habits et d’alimentations. Vos soirées de gala organisées
à chaque victoire du colonisateur sur la résistance amazighe nous sont connues.
Vos barbouzes déguisées en « marxistes » au sein des universités
marocaines sont aussi démasquées. Continue donc à organiser tes festivals de
musique arabe où sont invités des « artistes » arabes du Moyen orient
qui sentent la pouffiace et la pédophilie. Adresse-toi à tes émirs du golfe
pour te plaindre de l’éveil, identitaire amazigh en Afrique du nord. Ils te
gaveront de dollars.
Tu
vas droit dans le mur et ma conviction s’en retrouve renforcée. L’amazighité
est ma raison d’être. Tes élucubrations ressemblent au chant du cygne. Je
m’inscris, comme a affirmé Feu Tahar Djaout, dans le cadre des sociétés qui
avancent, contre, donc, ta société qui recule. L’amazighité est une lumière qui
veut éclairer le monde des ténèbres que vous voulez faire subir à l’Afrique
du nord. J’ai choisi l’avenir. Tu as
choisis la décadence.
A
bon entendeur - Salut.
Par :
Moha Moukhlis
- L’arabisation
des Berbères par le prénom :
Une pratique colonialiste toujours en
vigueur au Ministre marocain de l’Intérieur sous le règne de Hassan II, Driss Basri est
décédé le 27 août 2007 à Paris. Mais la liste de prénoms autorisés qu’il avait
établi en 1996, elle, est toujours bien vivante, selon les consulats marocains à l’étranger eux-mêmes, et tous les parents qui
ont commis l’impardonnable crime de donner un prénom berbère à leur enfant. Pour
embellir son image et parce qu’il s’est engagé dans un processus démocratique
aux yeux du monde depuis l’avènement de Mohamed VI, l’état marocain a promulgué
un dahir en 2002 qui a officiellement mis fin à l’utilisation de ce document.
Cependant, même si elle a perdu son caractère officiel, la liste est toujours
évoquée par les officiels de l’état civil, au Maroc ou à l’étranger. Des
circulaires sont discrètement envoyées aux consulats
et ambassades du Maroc établis à l’étranger, par le ministère marocain de
l’Intérieur. Une situation qui confirme la continuité de la politique
d’arabisation entreprise par le makhzen. Rappelons aux non informé(e)s les
dessous politiques, idéologiques et religieux que dissimule cette liste
officiellement morte. Et que les dirigeants arabistes tardent à enterrer...
Précisons d’abord que la liste de prénoms autorisés en question contient
quelques prénoms berbères conformistes. Il faut aussi rappeler que des prénoms
berbères étaient interdits bien avant l’œuvre de l’ex-ministre. Celui-ci n’a fait que rendre le rejet des prénoms berbères de
manière officielle. Des parents ont été jusqu’à menacés de prison, dans les
années 1950 par exemple, quand ils ne donnaient pas de prénoms arabes à leurs
enfants. De plus, les prénoms que la quasi-majorité des Berbères porte ne sont
pas, pour la plupart, des prénoms « islamiques » mais des prénoms arabes, à
connotation religieuse, ce qui est différent. En fait, les prénoms
véritablement islamiques ne sont guère nombreux. Parmi ces derniers « figurent
les noms qui font référence à des préceptes ou symboles islamiques, certains
noms de la famille ou de l’entourage de la famille du prophète Mohamed » écrit
Jana Tamer, auteur d’un ouvrage sur ‘Les sources étonnantes des noms du monde
arabe’. D’ailleurs, même le prénom Mohamed, hyper-sacralisé, était antérieur à
l’islam, porté par un évêque du Qatar au VIIème siècle. Aujourd’hui, il n’est donné que par les
musulmans. Il existe d’emblée des prénoms arabes dits « chrétiens » comme
Ghattas ou Sauma.
En outre, les agents de l’état civil ne font pas tous référence, de manière
systématique, à la liste autorisée de prénoms. Fort heureusement, il existe des
parents qui n’ont jamais eu de problèmes
liés au choix du prénom de leurs enfants et qui ont même donné des prénoms
berbères à tous leurs enfants. Par contre, beaucoup ont du se confronter à une
réalité archaïque. Les plus courageux se livrent à une véritable bataille
juridique, après laquelle ils réalisent que «le Maroc qui bouge » n’existe que
dans la bouche des politiciens démagogues. Les plus pessimistes se contentent,
contre leur gré, de donner des prénoms arabes à leurs enfants et de déformer
ces prénoms arabes en les berberisant. Mais la réalité montre que la plupart
des parents berbères préfèrent les prénoms arabes à connotation islamique aux
prénoms de leurs ancêtres. De ce fait, les parents berbères, de
confession musulmane, en plus de dévaloriser leur culture, méprisent les
prénoms traditionnels qu’ils jugent sans valeur islamiquement incorrects, et
préfèrent donner à leurs enfants des prénoms arabes. En réalité, dans le cas
des Berbères, il n’existe aucun choix du prénom.
Ce « choix » est imposé indirectement aux parents, influencés par l’idéologie
arabo-musulmane, noyau dur de la politique d’arabisation.
Il est donc erroné, pour ne pas dire mensonger, d’affirmer que les Berbères
sont hostiles à l’interdiction des prénoms amazighs.
Au Maroc, ou plus généralement en Afrique du Nord, et parallèlement en Europe,
l’émergence d’une prise de conscience identitaire et politique chez les
populations berbérophones dérange les autorités politiques des deux continents
qui s’acharnent ensemble et par de multiples moyens, à arabiser ces millions de
citoyens. Le but est de les empêcher de revendiquer leurs droits les plus
élémentaires, à savoir la reconnaissance de leur existence, de leur langue et
de leur culture. Ainsi, les enfants sont les premières victimes de la politique
d’arabisation puisqu’on les arabise dès la naissance en leur imposant un prénom
arabe. Il s’agit là d’une méthode terriblement efficace quant on sait le poids
et l’influence psychologique du prénom dans le développement de l’enfant. La
politique d’arabisation frappe, donc, en premier lieu, le nouveau-né et se
poursuit sauvagement tout
au long de sa vie. Elle crée des frustrations identitaires chez les jeunes ;
ces derniers n’hésitent pas, après une longue période de crise d’identité, à
rejeter leur prénom pour en adopter d’autres, même
officieusement. Le prénom courant n’est pas forcement le prénom déclaré lors de
la naissance. On devrait plutôt demander « Comment t’appelle-t-on ? » plutôt
que « Comment t’appelles-tu ? ». Parce qu’en principe, on ne choisit pas son
prénom. Ce prétexte ne doit pas exclure le droit d’en être fier. Le prénom doit
constituer un héritage culturel. D’autres contestataires optent pour des
prénoms occidentaux.
Ces cas ont aussi le rejet de l’arabisation (voire de l’arabité) en commun, en
plus des motifs identitaires.
Toujours est-il que ceux qui « choisissent » le prénom sont naturellement les
parents. « Ex-enfant », le parent a donc subi les autres phases de ce processus
politique, qui d’ailleurs n’épargne aucune période de la vie, ni aucun secteur.
Par conséquent, on assiste à un cercle vicieux qui ne peut être brisé que par
une prise de conscience identitaire radicale, un phénomène qui pourrait
engendrer
des revendications autonomistes, liés à la décentralisation des pouvoirs par
exemple. Ce que les autorités politiques d’Afrique du Nord et d’Europe,
notamment de France, cherchent à tout prix à
étouffer. Nicolas Gueguen, docteur en psychologie cognitive et enseignant
chercheur en Bretagne, rejoint cet avis. « D’un point de vue historique, les
contraintes sur les prénoms ont toujours été un
instrument du pouvoir pour casser des revendications politiques, des aspirations
indépendantistes, nier l’existence de groupes culturels à l’intérieur d’une
culture et vouloir forcer et unifier une communauté composée de groupes
différents. La France qui veut toujours donner des leçons à tout le monde
n’échappe pas à cette règle. Impossible il y a encore 30 ans de donner, en
Bretagne, un prénom breton un peu différent des classiques Yann ou Soizic ».
L’on sait bien que la France et le Maroc partagent de nombreuses affinités…
En fait, il ne suffit pas d’affirmer que l’imposition du prénom résulte d’un
vaste programme politique mais c’est surtout la conséquence d’un processus
colonialiste. Le marquage colonial consiste à re-nommer, après avoir fait
disparaître le nom indigène. Le même principe est appliqué au « système
anthroponymique qui a été touché en profondeur », à la toponymie et affecte
plus généralement l’onomastique, selon Francis Manzano, universitaire lyonnais
: «L’anthroponymie est en effet le vecteur d’une arabisation en quelque sorte
identitaire, puisqu’elle touche l’identité même de la personne. Le mouvement de
mise sous tutelle de Dieu par les noms de personnes dépasse bien entendu très
largement le Maghreb.Ainsi, pendant des générations les catholiques ont été
baptisés Jean, Pierre ou Jacques avec différentes correspondances dans la
famille romane. Au Maghreb, c’est évidemment Mohammed, véritable
anthroponyme-racine, et la riche série des Abd + X, qui traduisent tous la
soumission à Dieu ». Et il ajoute, comme Germaine Tillon, qu’en ce qui concerne
les noms, il est difficile de sortir du tourbillon. « Ces noms se redonnent indéfiniment,
et des rituels précis d’attribution du nom peuvent être observés, comme celui
de donner au fils aîné (position capitale par rapport au terroir et au non
fractionnement de l’héritage) le nom du grand-père ». (Berbères, berbérité :
noms, territoires, identités). La pratique n’est pas seulement l’œuvre des
conquérants arabo-musulmans. Les peuples « missionnés » ont aussi été victimes
avec les missionnaires chrétiens de pratiques similaires. « Revenir à l’acte premier
et radical de toute pratique coloniale. A savoir d’office et d’emblée, nommer
ou renommer, pour statuer, assurer et prolonger sa renommée, autrement dit pour
renommer sa renommée .Un geste stéréotypé commandé par ce réflexe « naturel »
de supériorité affichée, mais aussi par toute une stratégie des maîtres (…)
toujours soucieux de marquer leur territoire et de signer leurs conquêtes de
leur volonté de maîtrise. Car nommer dans ce contexte, c’est s’approprier, clôturer, exercer
un pouvoir sur la chose nommée. Mais nommer ou re-nommer au mépris des
appellations comme si tout était jusqu’ alors voué à l’existence ». (Identités
autochtones et missions chrétiennes :
Brisures et émergences, de Philippe Chanson).
En outre, l’instrumentalisation de l’islam (entre autre), consiste (entre
autre) à valoriser la culture arabe et, corollairement, à dévaloriser, voire
mépriser la culture berbère, et par extension toutes les cultures non arabes.
Par conséquent, les prénoms arabes sont subitement substitués en prénoms
islamiques, une stratégie judicieuse qui stimule la foi des musulmans non
arabes, les incitant
ainsi à choisir « les plus beaux prénoms » - arabes – pour leurs enfants. On ne
peut sous-estimer la connotation religieuse des prénoms arabes lorsque des
oulémas proposent même des avis religieux (fatwas) pour recommander, voire
obliger les parents musulmans à donner des prénoms arabes à leur progéniture.
Parce que pour ces docteurs de la foi, l’islam doit régir tout le quotidien du
croyant, le prénom doit coûte que coûte rappeler la foi de celui qui le porte.
De plus en plus
d’Occidentaux convertis à l’islam n’hésitent pas à rejeter leur identité
culturelle et optent pour des prénoms arabes.
Cette « conception ethniciste » de la religion vient contredire tous les
discours élogieux sur l’universalisme de l’islam même si l’on sait qu’islamité
et arabité sont deux éléments qui s’épousent fidèlement. Le prénom arabe, qui
n’est qu’un prénom parmi d’autres, n’est plus réservé aux enfants arabes ; il
devient un symbole de la Oumma, le moyen de reconnaître, repérer les musulmans
et donc de les dissocier des non musulmans. C’est une manière de briser les
frontières culturelles ou nationales et de mettre en exergue l’unité et l’homogénéité
culturelle de la Communauté des Croyants. Mohamed est français, indonésien,
iranien, berbère mais seulement pour lui-même.
Le regard que l’Autre – qu’il soit musulman ou non - porte sur lui est constamment
en décalage avec sa véritable identité. Ainsi, Mohamed, même s’il est berbère,
est forcement arabe et musulman aux yeux de l’Autre. Le prénom arabe porte donc
une forte connotation religieuse car il fait souvent référence à des
personnages qui ont plus ou moins marqués l’histoire de l’islam. Marie-Louise
Moreau, qui a étudié Le marquage des identités ethniques en Casamance
(Sénégal), note que de plus en plus de prénoms portant une empreinte religieuse sont choisis massivement
dans les familles musulmanes et chrétiennes. Elle ajoute que « les choix ne
reflètent pas nécessairement une adhésion à une religion, ils sont surtout
symptomatiques de la perception que les communautés ont d’elles-mêmes et des
autres groupes ». Comme nous le disions au début, la majorité des parents
berbères (musulmans) choisissent eux-mêmes de porter un prénom arabe à leurs
enfants pour des raisons religieuses. Si on peut appliquer le point de vue de
Mme Moreau sur les parents berbères, il n’empêche que l’on ne peut sous-estimer
le poids de l’islamisation quant au choix du prénom qu’ils opèrent pour leurs
enfants. Manzano parle de « vraie déferlante onomastique arabo-islamique dont
on trouverait des centaines, des milliers d’exemples à travers le Maghreb ».
Il est important de rappeler que les Berbères ont leur propre conception de la
religion et que les prénoms qu’ils sont censés portés sont séculiers.
L’arabisation et son corollaire, l’islamisation démontrent que cette conception
de la religion n’est plus ; l’on assiste à un phénomène massif d’assimilation à
tout ce qui est islamique, chez de plus en plus de familles berbères. En effet,
l’identité, jadis essentiellement culturelle, est aujourd’hui réduite à une
identité exclusivement religieuse ou bien à une identité culturelle
arabo-musulmane ; le cœur même de l’islam étant la culture arabe, et donc ses
valeurs et sa langue. Porter un prénom arabe, pour l’Occidental, s’apparente à
la volonté de vouloir afficher, voire imposer, sa religion. Le prénom arabe
fait systématiquement référence à la religion musulmane même si l’on sait que
Mohamed peut-être aussi bien musulman
qu’athée. « Le choix d’un prénom doit respecter certaines normes culturelles.
D’un point de vue prophylactique, on devrait mieux contrôler cet aspect au
niveau des services d’état civil pour mettre fin aux noms mais aussi prénoms
aux connotations péjoratives » avertit Ben Rejeb. Mais veut-on entendre son
propos ?
Nous disions que les prénoms berbères puisent leur aspect séculier dans la
culture de leurs ancêtres et ne font donc référence à aucune idéologie, encore
mois à la religion. Dans les cultures laïques, le prénom fait référence à la culture de celui qui le porte et non à la foi qui
est naturellement une affaire intime, de croyances personnelles entre le
Créateur et sa créature. En plus de cet argument, à l’heure actuelle, face à
l’agression de l’arabisation, le choix d’un prénom berbère ne relève pas
seulement de la normalité des choses. Il constitue un véritable acte militant,
née d’une prise de conscience identitaire. Celle-ci est le seul moyen efficace de faire disparaître
la liste de prénoms autorisés. Les quelques cas de discriminations constatés ne
suffisent pas à inciter les officiels à ne plus utiliser la liste de prénoms autorisés car ils restent marginaux.
D’ailleurs, il ne faudrait pas se contenter de donner un seul prénom berbère à
ses enfants mais plusieurs, afin d’insister sur l’aspect militant du choix du prénom, son caractère revendicatif. Basée sur un
maximum de pression associative, cette initiative pratiquée massivement devrait
enterrer cette liste raciste en un rien de temps. L’image et la réputation du
Royaume du Maroc à l’étranger doivent rester dorées. A tout prix. De plus, il
faut préciser que lorsque le ressortissant d’un état voyou se voit subir de
telles discriminations dans des pays, que l’on dit « libres », on ne comprend guère
pourquoi ce ressortissant continue à s’attacher à la nationalité qu’il
l’empêche d’exercer son libre droit. Le rejet d’une nationalité – quand elle
est possible – n’a jamais été synonyme d’un geste antipatriotique…
En tout cas, malgré l’illusoire transition démocratique que l’on évoque
constamment, cette discrimination montre que le thermomètre de la santé
démocratique du pays indique toujours une forte fièvre...L’universitaire breton
ajoute que « Si cette pratique est constante, elle disparaît dès que la
démocratie est vraiment installée et que le pays n’a plus peur de possibles
dés-unifications. Lorsque ce sentiment sera acquis par le pouvoir marocain, les
prénoms berbères pourront alors être utilisés ». Soit. La démocratie, on peut continuellement
en rêver. On sait bien que la démocratie sera quand le peuple voudra. Quand un
peuple donne des prénoms étrangers à ses enfants, cela veut tout simplement
dire qu’il programme lui-même la disparition de sa progéniture et qu’il ne veut
pas exister en tant que tel. Autrement dit, à chaque fois qu’un berbère naît,
il n’est pas. A peine sorti du ventre de sa mère, il naît étranger, étranger à lui-même,
étranger à l’égard des autres de surcroît. Les Berbères sont-ils un peuple
endormi, bon à terminer son somme dans les poubelles de l’Histoire ? Espérons
qu’il s’agisse seulement d’une (très) longue période d’hibernation…
Alahyan Izza
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